dimanche 27 juin 2010

LUC 9.51-62 (1 Rois 19.16-21, Galates 5.1-18)











1 Lorsque approchèrent les jours où il devait être enlevé du monde, Jésus prit la décision de se rendre à Jérusalem.
52 Il envoya devant lui des messagers qui se mirent en route et entrèrent dans un village samaritain pour lui préparer un logement.
53 Mais on refusa de l'accueillir parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem.
54 Voyant cela, ses disciples Jacques et Jean dirent: «Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer [comme l'a fait Elie]?»
55 Jésus se tourna vers eux et leur adressa des reproches [en disant: «Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes animés.
56 En effet, le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver.»] Et ils allèrent dans un autre village. 57 Pendant qu'ils étaient en chemin, un homme lui dit: «[Seigneur,] je te suivrai partout où tu iras.»
58 Jésus lui répondit: «Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas un endroit où il puisse reposer sa tête.»
59 Il dit à un autre: «Suis-moi.» Il répondit: «Seigneur, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père.»
60 Mais Jésus lui dit: «Laisse les morts enterrer leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu.» 61 Un autre dit: «Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d'aller d'abord faire mes adieux à ceux de ma maison.» 62 Jésus lui répondit: «Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu.»



Chers frères et soeurs,
chers amis,

On sent chez Jésus de l'impatience et peut-être même de l'irritation quand ces disciples reviennent de ce village samaritain qui a refusé de le recevoir. Une nouvelle fois, les disciples ne comprennent pas. Une nouvelle fois, ils ont échoué à saisir ce qui se passait devant leurs yeux. Des reproches, Jésus leur en a déjà adressés et il leur en adressera encore. Mais il est peut-être particulièrement saisi par la déception en ce moment où, comme le dit notre premier verset, il prend la ferme résolution de se rendre à Jérusalem. La traduction Darby, très littérale, donne une bonne idée du Grec « il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem ». Pensez aux visages de ces athlètes avant la course, concentrés, tendus vers l'effort à accomplir, déterminés. Jésus, comme le dit le prophète Esaïe, rend son visage semblable à du granit et s'en va vers son but ultime. Il nous faut comprendre que ce passage ouvre une nouvelle partie de l'Evangile de Luc. Jusque là, Luc nous a raconté le ministère de Jésus en Galilée (4.16-9.50). A partir de maintenant, nous n'avons plus ce minsitère circulaire en Galilée. Au contraire, Jésus va tout droit, vers Jérusalem, là où il sait qu'il va donner sa vie pour les péchés du monde et rendre ainsi témoignage de l'amour de Dieu pour nous tous.
Alors quand les disciples parlent d'envoyer le feu du Ciel sur ce village inhospitalier, Jésus leur répond qu'il ne savent de quel esprit ils sont animés. Bien sûr, le prophète Elie, des centaines d'années auparavant avait fait foudroyé plus d'une centaine d'hommes qui lui avaient manqué de respect et donc insulté Dieu. Mais Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé (Jean 3.17). Les disciples veulent une grande manifestation divine, un bon coup de napalm céleste sur ces mécréants. Ils ne comprennent pas que la puissance de Dieu va se mainfester dans la faiblesse de la Croix. Nous aussi, prenon bien garde, quand nous cherchons à défendre l'honneur de Dieu à ne pas le faire par des moyens ou des paroles qui insultent ce même honneur.

Et puis il y a ces « candidats disciples » qui disent qu'ils vont suivre Jésus. Eux non plus ne comprennent pas ce qui est déjà en train de se jouer. Leur promesses sont faites d'un coeur partagé. Ils traînent des pieds. Jésus, lui, « trace sa route » et va droit au but.

Sincèrement, quand nous lisons ce passage, l'attitude de Jésus peut nous sembler dure, cassante.
C'est d'abord un homme qui vient vers Jésus et lui dit « Seigneur, je te suivrai partout où tu iras ». Matthieu nous dit que cet homme est un scribe, un membre de l'élite religieuse et intellectuelle et certainement pas pauvre non plus. On imagine déjà les disciples se frotter les mains: « regardez, les gens bien se tournent vers nous; ils suivent Jésus, on commence à percer ». La réponse, elle, est tranchante: «Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas un endroit où il puisse reposer sa tête.». Jésus prévient, il met en garde: es-tu sûr au moins de ce que tu veux faire? En réalises-tu toute la portée? Le disciples n'est pas plus grand que le maître, et l'opposition que je rencontre, ceux qui me suivent vraiment la rencontreront aussi. Je crois que Jésus savait qu'il y avait chez cet homme un manque de détermination, et il l'invite à s'examiner. Nous aussi, posons-nous la question: sommes-nous prêts à suivre Jésus sur le chemin et à en payer parfois le prix?
Le deuxième homme, c'est Jésus qui l'appelle. Il est a priori prêt à partir, mais demande une chose: pouvoir enterrer son père. Que veut-il dire par là au juste? Que son père vient de mourir et qu'il veut attendre la cérémonie qui avait lieu un an après le décès? Ou bien veut-il attendre jusqu'à la mort de son père, c'est à dire pour uen durée indéterminée avant de se mettre en route? En tout état de cause, cet homme veut bien partir, mais plus tard, quand ce sera plus commode. Le plan de Jésus lui, ne peut pas attendre. Il va à Jérusalem, maintenant et il ne peut pas faire une pause sur le chemin.
Laisse les morts enterrer leurs morts; c'est-à-dire, cesse de te laisser retenir par les affaires de ceux qui sont spirituellement morts car moi seul je peux donner la vie.
C'est alors qu'arrive le troisième disciple: « permets-moi d'aller d'abord faire mes adieux à ceux de ma maison. ».

Là aussi, la réponse fuse, directe, implacable presque « «Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu.». Il faut se souvenir qu'à l'époque, les charrues étaient traînées par des animaux et dirigées depuis l'arrière par le paysan, qui devait bien vérifier l'alignement de la charrue et de la bête pour tracer un sillon bien droit. Impossible à faire si l'on regarde en arrière. D'ailleurs la langue latine avait un mot pour désigner ces paysans qui regardaient en arrière. Il voulait littéralement dire « hors du sillon » et a donné notre mot « délire ». Oui c'est un délire que de prétendre avancer droit dans notre vie chrétienne et regardant toujours par dessus notre épaule, montrant ainsi nos regrets, nos désirs cachés de ménager la chèvre et le chou. Mais Jésus nous le dit: s'engager derrière lui, c'est aussi être prêt à couper des ponts avec notre vie passée et à porter nos regards et nos coeurs sur le chemin qu'il nous invite à prendre.

Aujourd'hui, cette question de ce que mener une vie de disciple de Jésus-Christ veut dire se pose encore à nous. Dans l'église, on a souvent été partagé entre un légalisme oppressant et un relâchement destructeur.
« Je viendrais bien au culte, mais le dimanche matin est le seul moment où je peux faire la grasse matinée ». C'est vrai pour beaucoup, et d'ailleurs nous avons créé des cultes de maison hebdomadaires pour adapter la vie de l'église au nouvelles évolutions. Il n'en demeure pas moins vrai que quand j'entends cette parole dans la bouche de ceux qui le samedi soir, loin de se coucher à 21h, passent la nuit devant la télé, je me dis qu'il y a aussi un problème de priorités.
« J'enverrai bien une cotisation plus importante à la paroisse, mais les temps sont durs » me dit celui qui vient de me présenter sa voiture flambant neuf et le téléphone portable de sa fille de 10 ans, le quatrième de la famille. Là aussi, question de priorités.

Mais nous refusons tout autant d'imposer des règles, d'enfermer les croyants dans un carcan. Alors que faire? Je crois que Paul nous aide dans son texte de ce matin à comprendre que la vie de disciple de Christ doit toujours être saisie dans la dimension de la liberté.
« Frères et soeurs, c'est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres. »
Galates 5.13. Dans un texte fameux, Luther a exprimé cette idée de façon suivante

« Un chrétien est un libre seigneur sur tout et n'est soumis à personne. Un chrétien est un esclave asservi en tout et est soumis à tous. ».

Cette liberté parfaite, complète, cette liberté qui nous permet d'aimer, c'est Jésus qui nous l'a donnée. Si nous croyons en lui, nous sommes libres. Libres de toute inquiétude sur notre relation avec Dieu. Nous n'avons pas à faire de bonnes oeuvres pour avoir la paix avec Dieu. Les bonnes oeuvres, Jésus les a faites à notre place, et de façon parfaite, contrairement à nous. Dieu n'a pas besoin de vous bonnes oeuvres, vous n'avez pas besoin de vos bonnes oeuvres, votre prochain, en revanche, pourrait les apprécier.

C'est toujours aussi dur pour Jésus que de trouver des disciples consacrés. Je suis le premier à m'enfoncer dans la médiocrité. Souvent, nous devons nous forcer à faire ce que nous savons être juste. Et quand nous le faisons, notre orgueil est tel que nous en tirons une vaine gloire. Pour une chose bien que nous faisons, il y en a vingt que nous négligeons. La vérité, mes amis,c'est que nous sommes remplis de bonne volonté et encore plus remplis de bonnes excuses...
Pourtant, Dieu nous appelle, encore et toujours, à nous centrer sur la vie qu'il nous a donné en Jésus. Cette vie, elle n'est pas radicalement séparée de notre vie normale. Elle concerne aussi notre famille, notre travail et les collègues, nos amis, les copains à l'école. C'est un engagement total, un boulot à plein temps: on n'est pas chrétien que le dimanche matin de 10h à midi et les soirs d'étude biblique.

Alors, fixons nos regards sur Jésus, qui est le modèle même d'un amour qui sert les autres. Jésus a toujours eu le contrôle sur sa vie. Ne pensez pas que ceux qui l'ont condamné à la Croix étaient vraiment en charge de ce qui se passait. C'est Jésus lui même qui s'est engagé volontairement sur ce chemin que nous le voyons prendre aujourd'hui. Il a pris sa croix, et, plus important encore, il l'a prise pour vous. Il l'a fait pour vos péchés, pour vos échecs, pour tout ce qui vous pèse. Il l' a fait pour votre incapacité chronique à prendre votre propre croix. Voilà pourquoi Jésus a "dressé sa face" pour aller à Jérusalem. Voilà pourquoi rien n'allait pouvoir se dresser sur son chemin. Jésus a refusé de se laisser arrêter par quoique ce soit sur le chemin qui vous a rendus libres.

Dans notre deuxième lecture de ce matin, nous avons entendu Paul dire:
« C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Tenez donc ferme dans cette liberté et ne vous placez pas de nouveau sous la contrainte d'un esclavage ». La liberté que Jésus nous a apportée n'est pas la « liberté » dont on parle trop dans notre société: liberté d'être égoïste, de mener une misérable vie nombriliste, liberté de marcher sur les autres parce que « j'fais c'que j'veux ». C'est au contraire la liberté d'aimer, non pas pour gagner quelque chose, mais parce que nous suivons celui qui sera toujours avec nous sur le chemin, qui nous relèvera quand notre pied aura buté, qui nous gardera toujours prêt de lui pour nous montrer la voie: Jésus-Christ.
Christ vous a déjà libérés. Marchez dans sa lumière. Que ceux qui sont spirituellement morts enterrent leurs morts, mais vous, suivez Jésus et avancez dans son Royaume. Amen
.

mardi 22 juin 2010

LUC 9.18-24



18 Un jour, Jésus priait à l'écart et ses disciples étaient avec lui. Il leur posa cette question: «Qui suis-je, d'après les foules?»
19 Ils répondirent: «D'après les uns, Jean-Baptiste; d'après certains, Elie; d'après d'autres, un des prophètes d'autrefois qui est ressuscité.»
20 «Et d'après vous, qui suis-je?» leur demanda-t-il. Pierre répondit: «Le Messie de Dieu.»
21 Jésus leur recommanda sévèrement de ne le dire à personne.
22 Il ajouta qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, par les chefs des prêtres et par les spécialistes de la loi, qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite le troisième jour.
23 Puis il dit à tous: «Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge [chaque jour] de sa croix et qu'il me suive,
24 car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera.




« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup et qu’il soit mis à mort ».
Jésus s’adresse aux disciples.
Pour la première fois, il leur annonce explicitement sa mort prochaine.
Surtout, il présente la croix et la souffrance qui l’accompagne comme une nécessité : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup ».
En qualifiant ainsi sa mort, Jésus semble bien loin de la bonne nouvelle que nous attendons.
Pire encore, c’est comme s’il venait confirmer nos pires soupçons.
Le christianisme, au fond, serait une religion morbide, où un Dieu pervers exigerait la souffrance d’un innocent pour pardonner aux hommes.
Nous connaissons l’indignation d’un Nietzsche devant un pareil message, Nietzsche qui écrit : « Dieu a offert son fils en sacrifice pour la rémission des péchés. D’un seul coup, c’en était fini de l’Evangile… Le sacrifice, et sous sa forme la plus répugnante, la plus barbare : le sacrifice de l’innocent pour les péchés des coupables. Quel effroyable paganisme ! ».

Bien sûr, nous ne partageons pas forcément la colère de Nietzsche.
Mais, soyons honnêtes, nous sommes souvent « gênés aux entournures » par cette mort et surtout par la signification qu’on lui donne habituellement.
Si Dieu est vraiment amour, alors avait-il besoin de sang et, pire encore, du sang de son propre fils ?
Et si ce n’était pas pour apaiser la colère de Dieu, pourquoi la croix était-elle nécessaire ? Pour quoi, ou plutôt : pour qui ?
Enfin, si Dieu est vraiment amour, alors a-t-il besoin de notre souffrance pour être réconcilié avec nous ?
Parce que nous ne trouvons pas de réponses vraiment satisfaisantes, nous ne savons plus trop quoi faire de la croix, alors qu’elle est, sans jeu de mots, le point crucial de l’Evangile.
Seulement, n’y aurait-il pas maldonne ?


« Quelle bonne nouvelle pour aujourd’hui ? », nous demandons-nous.
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup et soit mis à mort », répond Jésus.
Et nous allons voir que, paradoxalement, il s’agit bien d’une bonne nouvelle.

Dans sa lettre aux Romains, Paul nous met sur la piste.
Il nous dit que Jésus doit mourir sur la croix, moins pour changer quelque chose en Dieu que pour changer quelque chose en nous.
Plus précisément, Jésus doit mourir sur la croix pour nous aider à changer de logique, à passer de la logique du sacrifice à la logique de la grâce.

Voici à quoi ressemble la logique du sacrifice :
Je suis soumis à cette logique lorsque je crois que l’essentiel se mérite et que tout a un coût, même l’amour de Dieu.
A l’origine, pourtant, le sacrifice n’était pas un marchandage, mais une recherche de communion.
En offrant le sacrifice d’une bête ou d’une partie de la récolte, le croyant invitait symboliquement Dieu à partager un repas avec lui.
Mais, peu à peu, le sacrifice a pris un tout autre sens.
« Je veux obtenir quelque chose de mon dieu : le pardon de mes fautes, le salut, la santé ou la prospérité. Pour l’obtenir, je paie, je paie en offrant un sacrifice : le sacrifice de mes richesses, mais aussi le sacrifice de mes envies, de mes désirs.
En échange, le dieu me donnera ce que je désire… du moins en principe ».

Cette logique sacrificielle a imprégné la foi chrétienne… y compris dans sa compréhension de la croix.
Pourtant, tout au long de sa vie, Jésus a essayé de montrer un autre chemin.
Il a proposé une vie plus ouverte, plus respectueuse des autres et de soi-même, une vie réconciliée avec Dieu.
Jésus a même proposé de remplacer le sacrifice par l’amour de Dieu et du prochain. Mais les hommes ont persisté dans leur logique ; ils l’ont même appliquée à Jésus. Parce qu’il dérangeait trop, il valait mieux qu’il meure.
Comme le dit Caïphe : « Votre avantage, c’est qu’un homme meure pour tout le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » (Jean 11/50).
Quant à sa mort, les chrétiens y ont souvent vu le règlement d’une dette envers Dieu.

Ne croyez surtout pas que c’est de l’histoire ancienne.
Aujourd’hui encore, beaucoup de croyants pensent qu’il est nécessaire de se sacrifier, de donner à Dieu son bonheur ou sa joie de vivre, non par amour mais pour lui arracher un verdict favorable.
« Tu souffres, Dieu te le rendra ».

Ne croyez pas non plus que notre société, prétendument moderne et laïque, ne soit pas concernée. Elle a éliminé les dieux, mais n’a pas changé de logique.
Il faut toujours offrir des sacrifices.

Ce peut-être le sacrifice de son temps.
Aujourd’hui, toute personne active doit courir sans cesse, passer du travail au club de gym, sans oublier d’aller chercher les enfants pour les conduire au judo.
Quant à ces derniers, ils doivent meubler tous leurs temps libres: « Vacances remplies, vacances réussies », martèle l’Education Nationale.
Même les retraités exhibent fièrement un agenda surchargé.
Le sacrifice est aussi de mise dans la vie professionnelle.
Les entreprises sont même des divinités exigeantes.
Elles demandent à l’employé de lui sacrifier, non seulement son temps, mais aussi son énergie et ses capacités. Tout doit lui être offert. Et si ce sacrifice n’est pas suffisant, alors c’est l’entreprise, elle-même, qui vous sacrifie.

Enfin, comme le 20° siècle l’a malheureusement démontré, le sacrifice peut être collectif. Dès que la situation d’un pays devient trop mauvaise, alors, nous le savons bien, ce sont les peuples voisins, les pauvres, les étrangers ou les marginaux ou les minoritaires qui sont sacrifiés.
Sacrifier ou se sacrifier : pour la paix sociale, pour la prospérité économique, pour se sentir aimé, pour être sauvé.
Par la croix, le Christ montre, en pleine lumière, les conséquences de la logique sacrificielle. Il nous oblige à constater qu’elle conduit à la mort et qu’il faut donc y renoncer.
Surtout, par sa vie et par sa mort, le Christ nous fait découvrir que cette logique ne sert à rien.
Depuis ce jour, en effet, depuis la croix, Dieu sait que nous sommes capables du pire. Il sait que, si le Christ venait aujourd’hui, il serait réduit au silence de la même façon.

Pourtant, il confirme son alliance et l’étend même à toute l’humanité.
Pourtant, il pardonne aux hommes.
Pourtant, il redouble dans son amour.
Pourtant, il ressuscite Jésus et nous ouvre les portes de la résurrection.
Tout cela, par grâce.
Vous le voyez, la croix barre un chemin pour en ouvrir un autre, un chemin de vie, un chemin de grâce.


Oui, il fallait que le « Fils de l’homme souffre beaucoup et soit mis à mort ».
Il le fallait, non pour Dieu, mais pour toi ; non pour changer les sentiments de Dieu à ton égard mais pour que tu changes de sentiments à l’égard de Dieu ; non pour t’enfermer dans une logique du sacrifice et de la dette, mais pour que justement tu en sois libéré.

Parce que le Christ est mort, tu peux changer de logique et vivre maintenant sous celle de la grâce.
Tu n’as plus besoin de te sacrifier dans l’espoir d’être aimé.
Tu n’as plus besoin de souffrir afin d’être pardonné.
Tu n’as plus besoin de te nier pour aimer les autres.
Tu n’as plus besoin de te perdre dans le travail pour te croire performant.

Tu es libre.
Libre de rendre un culte à ton Dieu parce que tu l’aimes.
Libre de servir ton prochain sans régler par là une dette.
Libre d’aimer tes enfants sans les rendre débiteurs.
Libre de travailler sans y perdre ta vie.
Libre de te donner gratuitement.

Oui, la croix contient une bonne nouvelle paradoxale : le Christ s’offre en sacrifice pour que tu n’aies plus besoin, ni de te sacrifier ni de sacrifier les autres.
« Il faut que le Fils de l’homme souffre », dit Jésus.
« C’est pour que vous soyez vraiment libres que le Christ vous a libérés », répond Paul, comme en écho.

vendredi 18 juin 2010

Au programme du dimanche 20 juin

Chers membres et amis de notre église,

Nous vous invitons à nous retrouver tous ensemble dimanche 20 juin pour un repas tiré des sacs à midi, dans la petite salle de La Couarde.

par ailleurs, la radio d4b diffusera le même jour dans le cadre de Chrétiens Aujourd'hui une émission tirée des archives de l'Heure Luthérienne. (de 9h à 10h, 90.4 à Melle et 101.4 à Niort, disponible aussi sur Internet).

à bientôt!

renseignements: 05.49.32.83.47.

dimanche 6 juin 2010

1 ROIS 17.8-24 (LUC 7.11-17)





8 Alors la parole de l'Eternel lui fut adressée: 9 «Lève-toi, va à Sarepta, qui appartient au territoire de Sidon, et installe-toi là. J'y ai ordonné à une femme veuve de te nourrir.»
10 Il se leva et partit à Sarepta. En arrivant à l'entrée de la ville, il y vit une femme veuve en train de ramasser du bois. Il l'appela et dit: «Je t'en prie, va me chercher un peu d'eau dans une cruche, afin que je boive.» 11 Et elle alla en chercher. Il l'appela de nouveau et dit: «Je t'en prie, apporte-moi un morceau de pain dans ta main.» 12 Et elle répondit: «L'Eternel, ton Dieu, est vivant! Je n'ai rien de cuit, je n'ai qu'une poignée de farine dans un pot et un peu d'huile dans une cruche. Je suis en train de ramasser deux morceaux de bois, puis je rentrerai et je préparerai cela pour mon fils et pour moi. Nous le mangerons, après quoi nous mourrons.» 13 Elie lui dit: «N'aie pas peur, rentre et fais comme tu l'as dit. Seulement, prépare-moi d'abord avec cela un petit gâteau et apporte-le-moi. Ensuite, tu en feras pour ton fils et pour toi. 14 En effet, voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Israël: 'La farine qui est dans le pot ne manquera pas et l'huile qui est dans la cruche ne diminuera pas, jusqu'au jour où l'Eternel fera tomber de la pluie sur le pays.'»
15 Elle partit et se conforma à la parole d'Elie. Et pendant longtemps elle eut de quoi manger, ainsi que sa famille et Elie.
16 La farine qui était dans le pot ne manqua pas et l'huile qui était dans la cruche ne diminua pas, conformément à la parole que l'Eternel avait prononcée par l'intermédiaire d'Elie.
17 Après ces événements, le fils de cette maîtresse de maison tomba malade. Sa maladie fut si violente qu'il cessa de respirer. 18 La femme dit alors à Elie: «Que me veux-tu, homme de Dieu? Es-tu venu chez moi pour rappeler le souvenir de ma faute et pour faire mourir mon fils?»
19 Il lui répondit: «Donne-moi ton fils.» Et il le prit des bras de la femme, le monta dans la chambre à l'étage où il logeait et le coucha sur son lit.
20 Puis il fit appel à l'Eternel et dit: «Eternel, mon Dieu, est-ce que tu vas faire du mal, au point de faire mourir son fils, même à cette veuve qui m'a accueilli chez elle?»
21 Puis il s'étendit trois fois sur l'enfant, fit appel à l'Eternel et dit: «Eternel, mon Dieu, je t'en prie, que l'âme de cet enfant revienne en lui!»
22 L'Eternel écouta Elie: l'âme de l'enfant revint en lui et il retrouva la vie.
23 Elie prit l'enfant, le descendit de la chambre jusque dans la maison et le donna à sa mère en lui disant: «Vois, ton fils est vivant.» 24 La femme dit alors à Elie: «Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu et que la parole de l'Eternel dans ta bouche est vraie.»



Chers frères et soeurs,

Pour comprendre ce qui se passe, il faut se rappeler les circonstances historiques. Nous sommes dans la première moitié du neuvième siècle avant Jésus-Christ. Le roi Akhab règne en Israël, le Royaume du Nord. Mais c’est un roi infidèle. Il a épousé une étrangère païenne et cruelle, Jézabel. Il introduit le paganisme dans le pays, il construit un temple pour les dieux païens. Il importe la religion de Baal. Dans la croyance du temps, Baal est le dieu de l’orage et de la pluie : on le représente tenant un éclair de foudre dans la main. On l’invoque pour obtenir la pluie et de bonnes récoltes.

Alors intervient le prophète Elie, le champion de la foi. Son nom signifie : “Le Seigneur est mon Dieu”. C’est tout un programme ! Au nom de ce Dieu unique et vivant, il annonce au roi une longue période de sécheresse : elle durera trois ans. On aura beau adorer Baal et le prier, il ne pleuvra pas. Ce sera la démonstration de l’impuissance de ce Baal, de ce faux dieu, la preuve qu’il n’existe pas et qu’on a tort de lui rendre un culte.

A la suite de cette parole, une situation de détresse s’installe. Il ne pleut pas, ce qui est dramatique pour un pays aussi sec que la Palestine, qui n’a pas de réserves d’eau. On ne peut plus cultiver, les produits agricoles deviennent rares. Un peu plus tard, le roi enverra son ministre parcourir les campagnes à la recherche de fourrage pour les bêtes. On en est là, à peu près dans les mêmes conditions que dans le Sahel dans les années 80.

Au milieu de cette misère, Dieu préserve le prophète Elie. Il l’abrite au bord d’un torrent, pour qu’il puisse boire. Des corbeaux, à moins que ce ne soit des Arabes, lui apportent de la nourriture. Petit détail, en effet, en hébreu le mot qui veut dire “corbeau” ressemble à une voyelle près au mot qui veut dire “Arabe”. Mais le torrent sèche, Elie est obligé de partir. Dieu lui dit de se réfugier à l’étranger, dans le territoire de Sidon, la ville qui s’appelle maintenant Saïda, sur la côte du Liban. Cette époque là à dû être difficile à vivre pour le prophète. Parce que Dieu l'envoie dans le pays même d'où vient Jézabel; chez les païens! Et puis Dieu lui dit qu'il a demandé à une veuve de le nourrir. Rendez vous compte: une veuve, une des personnes les plus faibles et vulnérables en temps normal et bine plus encore en temps de famine!
Pourtant, cette femme accueille Elie. De toute façon, d'un point de vue humain, elle n'a plus grand-chose à perdre: le soleil brûle toujours autant, les vivres sont épuisés: c'est la fin. C'est à ce moment qu'Elie apporte à cette femme cette phrase qui traverse l'Ecriture: « n'aie pas peur! ». N'aie pas peur, Dieu va pourvoir et nous n'allons pas mourir de faim, ni toi, ni ton fils, ni moi. Et la promesse est tenue.

Voilà qui serait déjà assez merveilleux à considérer, mais l'histoire continue, et de façon tragique. Le fils de la veuve, qui représente tout ce qu'elle a au monde, tombe malade et meurt. Horrible tragédie. Avoir survécu à la famine pour succomber à la maladie. Et pour la mère, passer ainsi de la joie du miracle au coup de massue de la cruauté de la mort qui frappe sans prévenir, être ainsi frappée alors même qu'elle venait de s'ouvrir à la possibilité de l'espérance. C'est comme si tout avait été trop beau pour être vrai.

La femme est furieuse envers Elie, elle l'accuse d'avoir apporté la mort et non pas la vie. On sent une vraie urgence dans la prière du prophète: "Dieu, tu ne peux pas laisser faire ça". Elie est l'homme d'une foi solide, d'une foi qui n'hésite pas à affronter les ennemis de Dieu, mais il apprend à ce moment-là à se mettre à genoux et à avouer sa faiblesse et se détresse devant son Seigneur. Elie, d'une certaine façon met Dieu au défi «cette étrangère m'a si bien traité, tu ne peux pas faire moins qu'elle » et en même temps on sent une prière remplie de confiance, contre toute évidence, une prière dont l'exemple peut nourrit la nôtre. L'enfant revient à la vie. De la disette Dieu a tiré l'abondance et de la mort il tire la vie. C'est la grande leçon de cette histoire. L'autre leçon, premièrement adressée à Elie, est que Dieu agit là où on ne l'attend pas d'une façon entièrement libre. Qui aurait pu croire que Dieu manifesterait sa gloire en donnant à manger à son prophète par le biais d'êtres considérés comme impurs (corbeaux et païens). Qui aurait pu croire que Dieu ferait naître la foi dans le coeur d'une femme païenne de Sarepta alors même qu'Israël, le peuple élu avait apostasié?
Elie ne s'attendait sans doute à cela. Dieu lui adit de partir, sans rien prendre, et c'était pour moi marquer que tout ce qui allait arriver allait être par sa puissance. Nous aussi, Chrétiens, en cette saison de Pentecôte, nous devons nous rappeler que la puissance sur laquelle nous pouvons compter est celle de l'Esprit Saint qui, à travers nous, témoigne de la grandeur et de l'amour de Dieu.

Il est clair que notre texte de l'Ancien Testament a un écho dans le récit de Luc que nous avons lu ce matin. Là encore, nous voyons une veuve partir enterrer son fils unique. Pour elle aussi, en plus de la perte de l'être cher, s'ouvre une période d'incertitude et de manque: elle n'a plus personne pour s'occuper d'elle. Son fils unique est mort et une lignée va s'éteindre: double mort. Luc place ici le premier récit d'une résurrection par Jésus. Surtout, cet épisode nous permet de mieux saisir le coeur de Christ.
On peut penser que Jésus apprend les détails de l'histoire de cette femme et de son fils par les participants au cortège funéraire. Luc nous dit que le Seigneur fut ému de compassion pour elle. On pourrait traduire littéralement le Seigneur fut pris aux tripes pour elle.
Croyez-vous, frères et soeurs, en un Dieu qui est pris aux tripes quand il vous voit confrontés à la peine et à l'épreuve? Ce Dieu, c'est celui dont Jésus nous montre le visage. Jésus compatit avec vous, Jésus souffre avec vous. Jésus s'identifie avec vous, mais il fait aussi plus que cela.
Quand Christ dit à la femme « ne pleure pas », ce n'est pas un parole légère « allons, faut pas pleurer comme ça ». Non, ce « ne pleure pas » est comme le « n'aie pas peur » d'Elie, un appel à l'espérance, un appel à l'attente de l'action de Dieu dans une vie, même dans la plus grande souffrance.

Nous n'avons pas un Dieu trop haut perché dans les étoiles pour se soucier de nous. Nous avons un Dieu qui veut toucher nos vies. J'emploie volontairement ce terme de « toucher »: c'est ce que Jésus fait.
Il touche le cercueil du jeune homme. Ce geste n'est pas nécessaire: Jésus n'a pas besoin, comme le reste des Evangiles nous le montre, de toucher qui que ce soit pour le guérir ou le ressusciter. Mais surtout ce geste est profondément scandaleux: d'une part, on peut imaginer que Jésus stoppe le convoi funèbre:c'est déjà choquant! Mais nous devons aussi réaliser qu'en touchant un cadavre, Jésus enfreint complètement les règles de pureté rituelle de la Loi: il devient impur, et il n'en a rien à faire.
Ce récit nous montre un Jésus qui est prêt à intervenir dans les circonstances les plus dramatiques, auprès des plus faibles, alors que tout espoir semble banni. Jésus a eu compassion de cette parfaite inconnue tout comme il nous a tout pris en pitié et qu'il est mort à notre place pour que nous soyons pardonnés. Il y a là une bonne nouvelle, une espérance qui concerne chacun de nous.
D'ailleurs, les témoins de la scènene s'y trompent pas: ils ne disent pas « un grand prophète a paru parmi nous et Dieu a visité son peuple ». Ce n'est pas « Dieu a visité cette femme » mais « nous ». Même si c'est de façon confuse et incomplète, ils comprennent que cette grâce de Dieu, cette faveur divine que Jésus apporte sont disponibles pour chacun d'entre eux. Ils reconnaissent instinctivement une compassion et un amour authentique venus de Dieu lui-même.

Ces deux histoires de ce matin, nous pouvons les laisser résonner dans nos vies.
Comme au temps d'Elie, nous vivons dans une période d'apostasie effrayante. Les gens n'adorent plus Baal, mais les faux dieux pullullent autour de nous: licence, argent, matérialisme. Nous devons, comme le prophète l'a fait accepter de ne pas suivre la masse informe et conformiste et marquer notre différence en tant qu'enfants de Dieu.
Mais, dans cette fidélité, nous devons aussi comme Elie être les messagers et les témoins de notre Dieu auprès de ceux qui ne le connaissent pas, même si nous sommes différents d'eux, même s'il ne nous sont pas a priori sympathiques. A tous nous devons pouvoir dire « n'aie pas peur, Dieu t'aime ».
Et puis nous pouvons aussi nous joindre à ces gens de Naïn et glorifier Dieu parce que Jésus son Fils est venu toucher nos vies. Nous pouvons nous réjouir de sa compassion, de sa grâce qui est offerte à chacun d'entre nous. Jésus nous aime. Il prend soin de nous. Il sait la cruauté du monde dans lequel nous vivons, la cruauté ou la dureté des situations auxquelles nous devons faire face. Il veut nous toucher, dès maintenant, nous donner l'espérance qui espère contre tout. Il veut nous donner une nouvelle vie, la vie éternelle

samedi 29 mai 2010

JEAN 16.12-15 (Trinité)







12 J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les supporter maintenant. 13 Quand le défenseur sera venu, l'Esprit de la vérité, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu et vous annoncera les choses à venir.
14 Il révélera ma gloire parce qu'il prendra de ce qui est à moi et vous l'annoncera.
15 Tout ce que le Père possède est aussi à moi; voilà pourquoi j'ai dit qu'il prend de ce qui est à moi et qu'il vous l'annoncera



Chers frères et soeurs,

Est-ce que l'un de vous pourrait nous donner en quelques mots une explication concrète de ce qu'est la Trinité?
Et oui, ce n'est pas facile! Et ce n'est pas facile, une semaine après la Pentecôte, de prêcher sur ce thème. Pensez-donc: un sermon, c'est 20 minutes, même pas dix minutes par personne de la Trinité!!
C'est pour cela je crois que beaucoup de pasteurs évitent en fait de prêcher sur le sujet lors du dimanche de la Trinité (sans parler même de ceux qui n'y croient plus...). D'autres s'y aventurent, et beaucoup s'empêtrent dans ce qui n'est plus des sermons, mais des mini-cours de théologie dogmatique. Effort assez vain...
C'est vrai qu'il est difficile de prêcher sur la Trinité et qu'il est encore plus difficile de précher sur elle de façon juste et utile. Le mystère qu'elle représente est tellement grand que l'Eglise n'a pas fini, après 2000 ans, de le sonder et de l'interroger. Pourtant, notre foi est là, qui affirme que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes, Père, Fils et Saint Esprit.

Je me demandais déjà comment j'allais aborder la question quand la réponse est venue d'une discussion que j'ai eue récemment sur le sujet du baptême avec l'une d'entre nous. J'ai dit à un moment « il n'y a pas de baptême catholique ou protestant, c'est Dieu qui baptise et nous sommes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Et oui, le baptême, qui est la première manifestation de l'Evangile dans nos vies est un fait trinitaire. En fait, notre vie chrétienne toute entière est trinitaire. C'est pour cela que nos cultes commencent par l'invocation au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Alors, mieux comprendre, l'Evangile, pour mieux comprendre le message que Dieu nous adresse, replongeons-nous dans ce mystère de la Trinité.

Ce mystère, il est difficile à comprendre. Je me souviens avoir eu des amis juifs ou musulmans interessés par la foi chrétienne ou simplement curieux qui me disaient leur perplexité. Comment peut-on parler d'un Dieu un mais trine?
Il faut reconnaître que nous autres chrétiens compliquons parfois encore les choses. A l'intérieur de l'Eglise, certaines spiritualités insistent plus sur une personne de la Trinité que sur els deux autres.
Par exemple, certains mettent en avant le Père et tournent leurs regards vers un vieil homme barbu vivant dans les nuages et souvent assez terrible (il me semble qu'un certain calvinsime très traditionnel penche de ce côté). Et puis il y a ceux dont Jésus est « l'ami fidèle et tendre » comme dit le vieux cantique (je pense que la tradition luthérienne, évangélique et libérale se retouve dans ce christocentrisme). Enfin, n'oublions pas nos frères pentecôtistes et charismatiques qui insitent avec tant de force (et parfois de déséquilibre??) sur l'action du Saint-Esprit.
Le danger avec tout ceci est de limiter Dieu à une seule personne ou à faire croire que les trois membres de la Trinité sont incapable de faire du travail d'équipe. Parfois encore nous donnons l'impression d'avoir en fait trois diex travaillant de concert. Or, on sait que les débats et les polémiques touchant à la Trinité ont toujours été parmi les plus vives au sein de l'Eglise.

Mais au delà de ces questionnement théologiques (qui sont importants et même fondamentaux) nous avons une autre raison de nous approcher du mystère trinitaire. J'espère que nous venons au culte pour mieux connaître Dieu. Nous voulons le connaître plus intimement. Et, assoiffés que nous sommes, nous nous retrouvons avec ce puzzle de 2000 pièces!

La difficulté de ce puzzle est qu'il nous met en face de qui Dieu est, de ce qu'il est et de ce qu'il fait. La Trinité nous fait approcher l'être même de Dieu, ce qu'on appelle «ontologie » (à ressortir dans les dîners). Nous somems donc sur un terrain glissant, très glissant.
« Seul Dieu parle bien de Dieu » disait Pascal. Nous courons toujours le risque de faire Dieu à notre image. La foi chrétienne a toujours affirmé dépendre d'une révélation. Nous n'imaginons pas Dieu: c'est lui qui choisit de se révéler à nous et de nous dire qui il est, et il nous est impossible de vouloir aller plus loin.
Nos esprits humains ont un problème, une limitation dont nous sommes de moins en moins conscients: ils ne peuvent imaginer ou concevoir que dans le cadre de ce qu'ils connaissent. Or Dieu est le tout-autre, tellement radicalement différent de nous qu'il nous serait impossible de concevoir même qu'une partie de son identité s'il n'avait pas choisi de se révéler.
Je ne suis pas en train de vous dire que notre raison et notre logique ne peuvent pas nous être utiles en tant que chrétiens. C'est juste qu'elles ne peuvent pas tout faire. Si j'utilise un marteau pour planter des clous, tout va bien. Si j'utilise un marteau pour peindre, rien ne va plus. Il faut rester dans les limites imparties.
Nous risquons toujours d'enfermer Dieu dans nos systèmes (y compris ceux de certaines orthodoxies), le mystère trinitaire nous rend humble et nous rappelle que nous ne pourrons jamais prétendre saisir complètement qui Dieu est. Il nous aide à comprendre les limites de notre raison et celles de notre langage.

Je crois qu'une des clés de notre problème réside dns le fait que, dans la Trinité, Dieu nous dit qui il est à travers ce qu'il fait. Dans la Trinité comme dans la Bible nous voyons l'histoire de l'amour de Dieu pour nous. Dieu sa it que nous ne pouvons pas saisir toute la profondeur de son être. Alors il se dévoile à nous en agissant dans nos vies. Le fil rouge de la Bible, c'est un Dieu qui se montre en Jésus-Christ au peuple qu'il s'est choisi.
Nous sommes mis face à l'amour de Jésus Christ et à celui qu'il nous invite à appeler « notre Père ». La semaine dernière, en nous disant que l'Esprit nous fait dire « Abba, père » à Dieu, Paul nous faisait comprendre que ce langage, encore une fois, n'est pas là pour nous dire que Dieu est un vieux barbu mais pour insister sur l'intimité que le Seigneur veut avoir avec nous, comme un père avec ses enfants.
Dans notre texte d'aujourd'hui, Jésus nous dit que lui et son Père nous enverront l'Esprit pour nous enseigner et nous guider. Nous voyons donc un travail commun au sein de la Trinité, au sein de nos vies. Et s'il n'y avait pas ce contexte de l'intervention d'un Dieu aimant dans nos vies, la Trinité ne serait qu'un concept vide de sens. On peut dire que Dieu est ce qu'il fait.
En dehors de cela, l'idée même de Trinité serait inutile.
Mais si nous nous replaçons dans la perspective de l'action de l'amour de Dieu dans notre monde, alors la Trinité décrit un Dieu qui dépasse de loin tout ce que nous pouvons demander et penser.


Un Dieu qui donne sa vie pour sa création qui s'est détournée de lui.
Un Dieu qui utilise l'amour et non pas la force pour changer cette création de l'intérieur et non pas seulement de l'extérieur.
Un Dieu qui n'est pas réfugié dans les nuages mais qui est présent et actif dans cette vie-ci.
Un Dieu qui n'existe pas seulement dans ce qui est splendide et/ou puissant, mais aussi dans ce qui est laid, pauvre ou méprisé.
La Trinité, c'est l'hsitoire d'un Dieu inattendu, qui vient nous surprendre en agissant dans des lieux inattendus de façon inattendue.

Voilà pourquoi, pour en revenir au début, notre baptême est un histoire trinitaire. Le baptême nous relie notre histoire à l'histoire de Dieu et de son oeuvre dans notre monde. Certains spécialistes regrettent que l'on ait traduit « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » et préfèreraient « dans le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
La baptême nous fait entrer au coeur de l'identité et de l'action de Dieu. Nous entrons dans l'histoire où Dieu a envoyé son Fils unique pour témoigner de sa grâce et cette grâce, nous sommes appelés à la recevoir et à en être les témoins. Le baptême nous invite à nous attendre à la présence de Dieu dans nos vies, à la présence de notre Abba, de notre Père. Si nous recevons les promesses de notre baptême, nous expérimentons la foi, l'espérance et une vie nouvelle par le Saint-Esprit. La Trinité reste un mystère parce que nous n'arriverons jamais à la mettre en équation dans un livre de théologie, mais elle est vraie et agit dans nos existences! C'est l'hsitoire de cette action que nous célébrons ce matin et les autres jours. Et cette célébration, c'est simplement recevoir et vivre l'Evangile, la Bonne Nouvelle du Père qui nous a créés, du Fils qui nous a sauvés et de l'Esprit qui est là pour nous consoler et nous guider.

dimanche 23 mai 2010

ACTES 2.1-11 (Pentecôte, extrait)







2 Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient tous ensemble au même endroit.
2 Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent violent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues qui semblaient de feu leur apparurent, séparées les unes des autres, et elles se posèrent sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer. 5 Or il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 A ce bruit, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Ils étaient [tous] remplis d'étonnement et d'admiration et ils se disaient [les uns aux autres]: «Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens?
8 Comment se fait-il donc que nous les entendions chacun dans notre propre langue, notre langue maternelle?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, 10 de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Egypte, du territoire de la Libye voisine de Cyrène et résidents venus de Rome, Juifs de naissance ou par conversion,
11 Crétois et Arabes, nous les entendons parler dans notre langue des merveilles de Dieu!» 12 Tous remplis d'étonnement et ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: «Qu'est-ce que cela veut dire?»
13 Mais d'autres se moquaient et disaient: «Ils sont pleins de vin doux.»




Chers frères et soeurs,

JOYEUX ANNIVERSAIRE A TOUS!!

Et oui, nous sommes aujourd'hui le dimanche de Pentecôte et nous célébrons la naissance de l'Eglise. Il y a à mon sens trois grandes fêtes dans le calendrier liturgique chrétien, qui sont toutes liées:
-à Noël, nous célébrons la naissance de Jésus, le fait que Dieu, dans son amour se soit fait homme et qu'il soit venu jusqu'à nous.
-à Pâques, nous célébrons la mort et la résurrection de Jésus. Nous nous souvenons qu'il est mort sur la Croix pour nous mais que la mort n'a pas pu le retenir et qu'il l'a vaincue.
-à la Pentecôte, nous célébrons la venue de l'Esprit Saint et la naissance de l'Eglise.
Je crois qu'il y a un mot qui résume ce qui s'est passé lors de la Pentecôte: le changement!

Est-ce qu'il y a quelque chose que vous aimeriez changer dans votre vie? Il y a des gens qui rêvent de changer de métier ou de lieu d'habitation. D'autres veulent changer de physique et perdre par exemple quelques kilos en trop. Réfléchissez bien: si vous aviez le pouvoir de changer quelque chose dans votre vie, qu'est-ce que ce serait?

Et bien, je pense qu'on peut dire que Dieu aime le changement. Ca vous surprend peut-être parce que nous imaginons souvent un Dieu immuable. C'est oublier le témoignage de la Bible. Quand Paul dit « voici, je fais toutes choses nouvelles », il parle en fait de l'action de Dieu dans sa vie. Dieu avait créé en Paul quelque chose de radicalement nouveau, et c'est ce qu'il veut faire dans la vie de chacun de nous. De même, Dieu annonce qu'il va établir une alliance nouvelle: voilà du changement!

Nous voyons deux changements majeurs dans le récit de la Pentecôte.

Le premier touche les disciples de Jésus. Au cours des derniers mois, dans nos lectures des dimanches, nous avons pu voir que les disciples croyaient bien que Jésus était le Messie et leur Sauveur, mais qu'ils n'arrivaient pas à comprendre beacoup de choses. Ils ne parvenaient pas à saisir complètement le sens de la mission de Jésus, la but de sa venue parmi les humains. Par exemple, pendant longtemps, ils ont cru que Jésus allait créer un royaume terrestre. Les disciples étaient dans la confusion, et cette confusion paralysait leur témoignage. Comment pouvaient-ils annoncer clairement ce qu'ils ne comprenaient pas clairement?

Et puis le jour de la Pentecôte est arrivé. Les disciples sont ensemble quand un phénomène extraordinnaire se produit. En fait, je crois qu'il faut préciser qu'il ne s'agit pas ici nécessairement d'une description physique de ce qui est arrivé. Le texte original emploie le « comme si »: « un bruit comme celui d'un vent violent », « des sortes de langues qui ressemblaient à des flamèches » dit aussi la Bible du Semeur. Dans le récit de Luc, il s'agit de faire une description par comparaison pour évoquer l'expérience de la communauté le jour de la Pentecôte, sans doute parce que cette expérience défiait les normes du langage, qu'elle représentait quelque chose de totalement nouveau qu'il fallait bien placer à côté de quelque chose d'autre.
L'important, c'est ce qu'exprime le verset 4: ils furent remplis du Saint Esprit.
Et le résultat en ce jour de la plénitude du Saint-Esprit a été la capacité donnée aux disciples de parler des langues étrangères qu'ils n'avaient jamais apprises.
Il y avait un grand pélerinage chaque année à Jérusalem pour la Pentecôte.
Des Juifs venaient de tous les coins du bassin méditerranéen pour adorer Dieu dans le Temple. Et c'est à eux que Pierre (et très certainement les autres disciples) ont annoncé la Bonne Nouvelle du salut en Jésus Christ, une Bonne Nouvelle que 3000 personnes ont accepté ce jour-là (v.41).

Voyez-vous le grand changement opéré par la Pentecôte? Les disciples n'étaient plus confus; ils n'étaient plus craintifs. A présent, ils comprenaient l'oeuvre du salut et pouvaient l'annoncer. Regardez Pierre, qui deux mois plus tôt avait renié Jésus son Seigneur devant la Croix. Ce n'est plus le même homme qui prêche ce jour-là à Jérusalem!

Il y a aussi un autre changement qui s'est produit lors de la Pentecôte, et je crois que c'est de loin le phénomène le plus impressionant de cette journée. Je parle de celui qui s'est produit dans la vie de ces 3000 hommes et femmes qui ont accepté le Christ. A l'époque, la Pentecôte était une fête religieuse liée aux moissons, que l'on appelait aussi fête des Prémices (Lv 23,156-16; Nb 28.26, Ex 23.16). Ces gens, Juifs de naissance ou païens convertis au judaïsme, étaient venus adorer Dieu et obéir aux commandements de la Loi. Beacoup d'entre eux, ne vivant pas en Palestine, n'avaient sans doute jamais entendu parler de Jésus! Mais le Saint Esprit s'est servi de la prédication de Pierre et des autres pour les convaincre que Jésus était bel et bien leur Sauveur, qu'il était mort pour eux afin que leurs péchés leur soient pardonnés, que « toute personne qui fera appel au nom du Seigneur sera sauvée » (v.21). Ces 3000 personnes ont reçu la vie nouvelle que seul Jésus peut donner, et c'est le plus grand changement qui peut se produire dans nos vies. La Pentecôte était une fête des moissons et en ce jour Dieu a commencé une grande moisson d'âmes.

Aujourd'hui, l'Esprit Saint veut encore agir. Aujourd'hui encore, il utilise la prédication de la Parole de Dieu pour nous amener à Christ ou nous rapprocher de lui. Il utilise aussi l'eau du baptême et le pain et le vin de la Sainte Cène pour nous redonner force et confiance, comme il l'a fait pour les disciples.

Le grand changement de la Pentecôte, c'est l'irruption de l'Esprit dans la vie du peuple de Dieu et la création de cette nouvelle réalité spirituelle qu'est l'Eglise. Et l'Eglise continue d'avoir besoin de l'Esprit pour être véritablement vivante. Il y a quelques années, un pasteur anglican a suscité un scandale en déclarant dans une cathédrale « si l'Esprit Saint devait quitter cet endroit, 99% de nos activités pourraient continuer sans problème ». Terrible constat!

Je suis friand d'analyses sociologiques, mais je reste conviancu que la cause principale de la faiblesse des églises occidentales est bien d'avoir commis l'erreur de ne plus dépendre de l'Esprit Saint. Cette erreur fatale, on la retouve dans bien des milieux:

-dans une certaine frange qui se veut « progressiste » et qui n'est en fait que conformiste et on a voulu suivre toutes les modes de la société environnante, en pensant naïvement qu'ainsi nos contemporains se rapprocheraient de l'église « new look ». Echec complet.
-mais on pourrait aussi dire beaucoup d'un certain traditionalisme, refuge d'âmes inquiètes et nostalgiques d'un âge d'or qui n'a jamais existé et qui voudraient enfermer l'Eglise dans un ghetto et la paralyser dans certaines formes et certains discours devenus incompréhensibles aujourd'hui. Soyons sérieux: le contenu de notre foi n'a jamais changé, la façon dont notre foi est vécue a quant à elle évolué au cours des siècles!

Le point commun de ces deux tendances est qu'elles se confient en la sagesse humaine et font le choix de ne plus s'en remettre à l'Esprit. Nous avons terminé la semaine dernière une série de sermons sur le livre de l'Apocalypse; où l'on trouve cette phrase: « que celui qui a des oreilles écoute ce que l'Esprit dit aux églises ».
Est-ce que nous écoutons ce que l'Esprit dit à notre église du sud-Deux-Sèvres? Est-ce que nous sommes sûrs de bien reconnaître sa voix? Car l'ESprit veut guider notre église, il veut lui donner sa puissance, il veut lui offrir les dons dont elle a besoin pour devenir une communauté où l'amour est vécu et qui témoigne avec force.

mardi 18 mai 2010

APOCALYPSE 22.12-20


Alpha and Omega, Grant Innes


22.12
Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son oeuvre.
22.13
Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin.
22.14
Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer par les portes dans la ville!
22.15
Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge!
22.16
Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile brillante du matin.
22.17
Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement.
22.18
Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre: Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre;
22.19
et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre.
22.20
Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus!
22.21
Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous!



Chers frères et soeurs,
Est-ce qu'il vous est déjà arrivé d'être en train de lire un livre et d'avoir quelqu'un (parent, ami) qui s'empresse de vous dire comment l'hsitoire finit? Ou bien, de vous préparer à aller voir un film et quelqu'un de vous en dévoiler tous les détails? C'est la plupart du temps assez frustrant!
Mais il y a aussi des fois où nous sommes impatients de savoir comment les choses vont évoluer: quand nous attendons le résultat d'une analyse, quand nous guettons la lettre ou le mail qui va nous dire si l'entretien d'embauche s'est vraiment bien passé ou même quand nous nous demandons à la fin d'un long hiver, quand le printemps sera là. D'ailleurs, les sites de prévisiosn météo sont parmi les plus fréquentés: on veut savoir quel temps il fera. Dans le même ordre d'idée, une radio que j'écoute assez régulièrement (et qui n'est pas d4b) fait régulièrement intervenir dans sa rubrique économique des membres de ces sociétés d'analyse et de prospective économique dont le rôle est de guider les investisseurs dans les évoloutions supposées des marchés bancaires. Et oui, là aussi on veut savoir ce que l'avenir réserve et on est prêt à payer très cher les renseignements.
Oui, dans ces cas-là, nous voulons vraiment savoir comment les choses vont tourner. Mais sincèrement, si je vous disais qu'on m'a livré durant la semaine des enveloppes portant le nom de chacun d'entre nous et sur lesquelles on pourrait lire « le plan de Dieu pour la vie de XY, avec dates complètes, de la naissance à la mort », est-ce que vous ouvririez votre enveloppe...?
Nous sommes donc pris dans un sentiment contradictoire: parfois nous désirons ardement connaître le futur (d'où le succès de l'élucubration astrologique) et parfois nous n'avons surtout pas envie de savoir ce qu'il nous réserve! Dans les deux cas, c'est parce que le futur nous fait peur.
Notre texte de ce matin nous amène aux dernières paroles de la Bible. Ce sont des paroles de réconfort adressées aux chrétiens sur le futur et la fin de toutes choses. Quand ces lignes ont été écrites les chrétiens devaient faire face à une persécution violente et cruelle.
Qu'allait-il arriver? Rome allait-elle réussir à éteindre la foi? L'Empereur ,son Etat et ses légions allaient-ils parvenir à forcer tous les habitants de l'Empire à dire que César était Dieu?
Mais ces paroles ne s'adressent pas qu'au premiers chrétiens. Elles nous parlent à nous aussi, qui vivons dans un monde chaotique et incertain, alors que l'Eglise elle-même fait face à des défis gigantesques. Le système économique fondamentalement injuste sur lequel nous avons vécu depuis des décennies va t'il s'effondrer? La nature va t'elle continuer à être pillée et détruite? Nos églises d'Europe vont-elles réussir à retrouver leur voix ou sont-elles condamnées à une marginalisation définitive?
Souvent, l'anxiété est la réaction naturelle face aux lendemains incertains. Nous sommes alors un peu comme ces enfants qui vont se réfugient dans les bras de leurs parents. Un « ça va aller, je suis là » de papa ou maman peut faire des miracles n'est-ce pas? Et bien les paroles de Jésus que nous entendons ce matin, ses dernières paroles du Seigneur dans l'Ecriture sont là pour nous rassurer et nous réconforter. Elle veulent faire naître en nous ce sentiment qu'exprime un de nos cantiques:
Le Dieu fort est mon père, qui sera contre moi?
Il entend ma prière, je puis tout par la foi.
Quand l'homme a pour refuge le Dieu qui l'a sauvé,
Il ne craint aucun juge, aucune adversité.

Il y a dans notre texte trois vérités qui peuvent venir aider les coeurs troublés et inquiets:




1. Dieu est le maître souverain de l'histoire:



Une des choses les plus angoissantes que nous puissions connaître est le sentiment que nous sommes soumis aux caprices d'un destin aveugle, que nous devons nous débrouiller tous seuls et qu'en même temps nous ne pouvons rien faire.
La foi chrétienne refuse cette idée. Nous connaissons bien les premiers mots de la Bible « au commencement, Dieu créa ...». La Génese nous montre un Dieu qui commence, mais nous pouvons parfois avoir l'impression qu'il s'est ensuite retiré, qu'il a délaissé son oeuvre, qu'il s'est retiré sur les hauteurs.
Mais Christ nous dit aujourd'hui « je suis l'alpha et l'omega, le premier et le dernier, le commencement et la fin ». L'alpha et l'omega sont la première et la dernière lettre de l'alphabet grec. Vous avez peut-être entendu quelqu'un dire un jour « j'ai tout fait de A à Z ». Ici, Dieu nous assure que c'est lui qui dirige l'histoire, qu'il est actif et présent dans notre monde, qu'il veille sur son plan et qu'il le mènera à sa fin.
Bien sûr, les hommes cherchent à contrôler l'histoire, à la façonner au gré de leurs idéologies, de ces idées qui comme le disait Brassens, « font trois petits tours, trois petits morts et puis s'en vont ». Au 20ème siècle, le communisme a voulu amener la fin de l'histoire avec l'avènement des sociétés socialistes. Echec complet. Les Nazis voulaient bâtir un nouveau Reich qui allait durer mille ans. Echec complet. On ne compte plus dans l'histoire humaine le nombre d'empires surpuissants qui se sont finalement effondrés. Non frères et soeurs, ce ne sont pas les idéologies humaines qui mènent le monde, ce n'est pas l'économie, ce ne sont pas les nations ou les races. C'est Dieu.




Il est à la fois le Créateur, le Rédempteur et celui qui amène la consommation de toutes choses. Rien ne lui échappe. Il était là à notre premier souffle, il nous dit qu'il connaît même le nombre de cheveux sur nos têtes et il veillera sur nous dans son amour jusqu'aà ce que nous ayons atteint les portes de la Nouvelle Jérusalem. Quel réconfort pour nous quand nous sommes troublés par les épreuves de la vie!



2.Christ a quelque chose à offrir



Dieu est donc présent, il est actif dans nos vies et le monde qui nous entoure.
Mais nous devons aussi voir le Seigneur avec des bras qui nous sont ouverts. Le v. 17 dit: Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement.




Dans les versets précédents, ce sont l'Esprit et l'Eglise qui disent à Jésus « viens Seigneur ». Mais Jésus aussi nous invite à nous approcher de lui, Jésus aussi dit à chacun de nous « viens ». Cet appel,nous le trouvons en fait dans toute la Bible. 800 ans avant la naissance de Christ, le prophète Esaïe apportait déjà ce message: « tendez l'oreille et venez à moi, écoutez donc et vous vivrez! » (55.3). Cet appel, Jésus l'a bien sûr répété lorsqu'il est venu parmi nous « venez à moi vous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai le repos » (Mt 11.28); et nous pouvons aussi nous souvenir de cette parole qu'il a eue lorsqu'il était rejeté « vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jn 5.40).
Voilà pourquoi Jésus est venu, pour que nous puissions avoir la vie, pour que nos fautes soient totalement pardonnées en lui et pour que nous puissions vivre réellement, en connaissant la communion avec lui et son amour.
Cette vie, Jésus l'offre à tous. Nous l'avons peut-être déjà saisie par la foi: la vivons-nous pleinement dans toutes ses bénédictions? Voulons-nous aussi entrer dans le plan de Dieu qui veut se servir de nous pour dire à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus « viens »?
En effet, le dernier verset de notre texte, qui est aussi le dernier verset de la Bible, dit:
Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous!
Certaines traductions lisent « que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous les saints » mais cette restriction me paraît d'une part non-conforme aux meilleurs manuscrits et surtout beaucoup trop restrictive! Nous devons, si nous sommes chrétiens, réaliser que nous ne sommes pas propiétaires de la grâce de Dieu. Nous devons bien comprendre que Dieu offre cette grâce à toutes et tous et que c'est à nous d'en être les témoins. Comment précisement? Je crois que cela dépend de notre situation personnelle et de la réalité de notre église locale, mais en tout cas, gardons nous de limiter la grâce de Dieu ou d'en exclure qui que ce soit. Jésus veut donner de l'eau de la vie, gratuitement, à tous ceux qui s'approchent de lui.



3.Plus longtemps à attendre



Je me souviens que quand j'étais enfant mon militaire de père a passé de longs mois loin de la maison. Quand je demandais, « quand est-ce qu'il revient? », la réponse était « très bientôt ». En fait, j'étais à un âge où l'on n'a pas encore trop une conscience exacte du temps, mais je sais que la certitude de savoir que mon père allait revenir faisait passer les mois et les semaines plus vite.
C'est un peu la même idée avec Jésus qui nous dit « voici, je viens bientôt ».
Ca fait 2000 ans à peu près que Jésus a fait cette promesse et il n'est toujours pas revenu. 2000 ans que l'Eglise attend le retour de son Seigneur avec une seule certitude: il reviendra car il l'a promis et qu'il est fidèle.
Si vous ne devez retenir qu'une seule chose de cette série de sermons, j'espère que vous aurez compris que l'Apocalypse n'est pas un livre à la Nostradamus qui nous permettrait de sonder les détails de ce qui va arriver. L'Apocalypse est un témoignage rendu à Christ, à sa gloire et à son retour prochain. Dans combien de temps? Je n'en sais rien, personne ne le sait.
Mais nous avons l'assurance que le Seigneur ne tardera pas. Nous n'avons pas à scruter le ciel, comme les disciples le faisaient après son Ascencion, mais nous sommes appelés à lui rester fidèles en l'attendant, à être artisans de son Royaume tout en nous réjouissant de son retour prochain!
Amen.