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mercredi 19 juin 2013

"Chefs-d'oeuvre" en péril??

Ci-dessus : l’église néo-gothique de Gesté – crédit : DR
Depuis quelques semaines, la polémique entourant l'église de Gesté est devenue emblématique du débat autour du devenir de certains lieux de culte. L'église actuelle de ce village du Maine-et-Loire a été construite au 19ème siècle et est bien représentative d'un certain style de l'époque, voir même de plusieurs tant l'ensemble est composite. Comme beaucoup d'édifices cultuels construits lors de cette période (sur fonds publics d'ailleurs), le bâtiment est en mauvais état, à tel point que 3 millions d'Euros seraient nécessaires pour une restauration. La somme est bien sûr trop lourde à porter pour une commune de 2400 habitants. Le Conseil Municipal a donc orienté sa réflexion vers la destruction de l'église et la construction d'un nouveau lieu de culte, solution qui a d'ailleurs  reçu l'approbation du clergé local.
Malgré cela, ce projet a provoqué l'émoi et la mobilisation d'adversaires déterminés, choqués que l'on puisse arriver à ce qu'ils considèrent être une extrémité regrettable et un bradage de patrimoine. La presse s'est largement fait écho des arguments des uns et des autres, et nous n'y reviendrons donc pas.
Néanmoins, dans la mesure où des histoires comparables se sont produites et se produiront encore (notamment chez nous en Poitou), on peut quand même se faire quelques réflexions sur la question:

- il faudra cesser de considérer tous les élus amenés à prendre de telles décisions comme de farouches anticléricaux. Des sentiments antichrétiens peuvent peut-être motiver certaines actions ou manque d'action, mais il serait illusoire de croire qu'ils expliquent tout, à moins de tomber dans un délire paranoïaque. Quiconque a dû faire face à la gestion d'un budget communal sait le poids de cette charge, notamment dans le très difficile contexte actuel. Est-on notamment sûr que les amoureux des belles pierres soient prêts à accepter une hausse substantielle de leurs impôts locaux pour des décennies? Il y a parfois loin de la coupe aux lèvres...

- il faut aussi avoir l'honnêteté de se poser la question: vaut-il vraiment la peine de consacrer des sommes très importantes à l'entretien de lieux de cultes souvent désertés, alors même que cet argent pourrait être bien plus utiles ailleurs (action culturelle, solidarité, sport...). Personne ne nie l'absolue nécessité d'une politique de sauvegarde de nos authentiques joyaux, mais des bâtiment beaucoup plus récents et communs et qui, il faut le dire même si cela doit heurter quelques sensibilités locales, ne représentent aucun intérêt particulier méritent-ils de telles dépenses? Que la moindre bicoque datant de 1880 soit dénommée "historical landmark" aux USA ou en Australie est normal, mais notre rapport à "l'ancien" (et au beau) peut et doit être différent.

- La question interpelle aussi, bien entendu, les communautés chrétiennes. Celles-ci peuvent souvent s'estimer heureuses de s'être vu déchargées de lourds frais d'entretien par la loi de 1905 qui a fait des communes le propriétaires des lieux de cultes anciennement concordataires. Ce que nous savons tous, c'est que bien des églises, bien des temples, ne correspondent plus à la réalité des communautés qui les occupent. Ne voit-on pas des messes ou des cultes se dérouler dans les sacristies? On connaît aussi des exemples de paroisses qui se sont épuisées sur la question de l'entretien d'un lieu de culte devenu trop grand. Ayons l'honnêteté de reconnaître que des salles plus petites et modernes seraient dans bien des cas préférables à des lieux de culte souvent trop grands et malcommodes par rapport aux normes actuelles. Ayons le courage de dire qu'il faudrait, selon les circonstances locales, envisager d'autres solutions: l'église de maison, la location d'une salle municipale si du moins un certain laïcisme ne s'y oppose pas. J'ai conscience que dire cela, c'est admettre la disparation programmée d'un certain type de christianisme, et donc de fonctionnement des églises locales. C'est, en l'occurrence, simplement faire face à la réalité; sans tomber dans la crainte qui paralyse et empêche de vivre le présent et de préparer l'avenir.

- Nos ancêtres huguenots ont célébré le culte dans les forêts en plein air durant plus d'un siècle. Ce n'est pas ça qui a mis la foi à bas en France. De ce point de vue là, le bon français nous aide, en nous rappelant qu'un lieu de culte protestant, c'est un "temple". Le terme "église" ne peut proprement désigner quant à lui qu'une communauté chrétienne. Peu importe le lieu où celle-ci se réunit, du moment que la Parole est fidèlement prêchée et les sacrements droitement administrés. Rappelons nous des avertissements de Jacques Ellul, qui a bien souligné à quel point la notion même de "lieu sacré" est en contradiction flagrante avec la foi biblique.

Beaucoup voient dans la destruction d'églises dont la restauration ou l'entretien sont devenus de trop lourds fardeaux pour les collectivités locales  un symbole de la décadence morale et spirituelle de notre pays. Disons qu'elle souligne certainement la fin d'une certaine religiosité...Mais la foi n'a pas grand-chose à voir là-dedans, et nos préoccupations de chrétiens devraient se porter ailleurs que dans ces questions, à moins que nous ne voulions vraiment privilégier l'accessoire aux dépens de l'essentiel...

Pascal Montabert



La rubrique "Billet" est un espace de libre expression dont le contenu n'engage que les auteurs et pas notre paroisse ou notre Synode.




mercredi 29 juillet 2009

Christianisme en Europe: mort annoncée?


Deux hauts responsables religieux se sont assez récemment livrés à de sombres pronostics sur l'avenir de l'Eglise en Europe. Le Cardinal Schonborn, de Vienne a ainsi déclaré que "le temps du christianisme approche de sa fin". De son côté, Mark Russel, responsable de l'évangélisation au sein de l'Eglise d'Angleterre a déclaré que son Eglise était confrontée à une menace d'extinction d'ici une génération. Que penser de tout cela? Le Christianisme est-il condamné à disparaître sur le Vieux Continent? Encore faut-il préciser de quoi l'on parle...

Si par "Christianisme", on désigne les Eglises d'Etat ou de mutlitude qui depuis des décennies ont nié l'autorité des Ecritures, cesser de prêcher l'Evangile dans sa pureté et accepté toutes sortes de déviations doctrinales et morales, disons-le: la disparition de ce Christianisme-là ne sera pas une grande perte.

Mais ce "Christianisme" n'a pas grand-chose à voir avec la foi chrétienne authentique. Jésus a promis à ses disciples que c'est lui qui bâtirait son Eglise et que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre son avancée victorieuse (Matthieu 16.18). L'Eglise fidèle a toujours été soumise aux attaques du monde. Cela continuera jusqu'à ce que le Seigneur revienne, comme il l'a annoncé: "si vous étiez du monde, le monde vous aimerait car vous seriez à lui. Vous n'êtes pas du monde, mais je vous ai choisis du milieu du monde; c'est pour cela que le monde vous déteste" (Jean 15.19).

Il est tout à fait exact que le Christianisme authentique devra sans doute faire face à une opposition de plus en plus marquée et violente en Europe d'ici quelques années. Mais l'Histoire nous apprend que les persécutions ont souvent purifié l'Eglise et tourné à son avantage, à la gloire de Dieu.

Les Chrétiens voient au-delà des prévisions sinistres des prophètes de malheur (qui rappellent quand même beaucoup ceux qui affirmaient doctement dans les années 70 que le Marxisme ne pouvait que triompher). Ils savent que leur Seigneur les protège et les envoie annoncer sa Bonne Nouvelle, y compris à un continent européen qui s'enfonce chaque jour de plus en plus dans la confusion morale. Pour parler à nos contemporains, pour faire revivre la foi dans nos pays, il ne suffira pas de reprendre les vieilles méthodes et les vieux discours si confortables. Il faudra et il faut trouver un langage pertinent pour exprimer les trésors que Christ a apporté aux humains. La vraie fidélité se trouve là. La clef de l'avenir aussi...

jeudi 4 juin 2009

Elections, piège à C...hrétiens?

Le scrutin européen qui va avoir lieu dimanche prochain n'a guère provoqué l'enthousiasme des électeurs. Il a au moins été à l'origine d'une initiative du CPDH (Comité Protestant Evangélique pour la Dignité Humaine), qui a fait parvenir aux différents partis en lice un questionnaire destiné à guider le vote des Chrétiens.

Cette initiative est problématique à plusieurs problèmes et pourrait ouvrir la porte à certaines dérives malvenues. Voici pourquoi:

-Le questionnaire du CPDH comporte 4 questions. Elles portent sur le statut du foetus, l'euthanasie, le mariage et l'adoption homosexuels et la notion d'héritage chrétien de l'Europe.
Ces thématiques ont une orientation qui est au moins reconnaissable au premier coup d'oeil. Mais on se demande pourquoi elles ont seules été mises en avant, alors que d'autres sujets fondamentaux (refonte du capitalisme, écologie, partage des richesses, sauvegarde de la protection sociale) ont été totalement oubliés par le CPDH. Ou alors, est-ce que l'organisation considère qu'ils ne concernent pas la "dignité humaine"?

-De quel droit le CPDH se permet-il d'agir au nom de chrétiens protestants et/ou évangéliques? A t'il été mandaté par une quelconque église?

-Il est un peu ironique de voir le CPDH se référer au "lobbying homosexuel" quand on découvre qu'il est lié au groupe CARE, dont on comprend d'emblée être un lobby chrétien évangélique oeuvrant à Bruxelles.

-Fondamentalement, le problème est qu'on sent que le modèle du CPDH reste peu ou prou celui de la Droite Chrétienne évangélique américaine, qui a fourni depuis trente ans des alliés aussi aveugles que zélés au Parti Républicain. Mais nous sommes en France, République laïque où un sondage récent a révélé que plus de 80% de la population rejete l'intrusion du religieux en politique. Et, où, au passage, les évangéliques ne représentent que 0,50% des habitants.

Il est surtout navrant (et celà, Jacques Ellul l'a bien montré) de voir les Chrétiens courir après l'influence politique en ayant recours aux mêmes moyens que le Monde. La théologie luthérienne, elle, a toujours distingué le domaine temporel et le domaine spirituel, en affirmant que l'Eglise n'a à se préoccuper que de ce dernier. Cette position, notre Eglise la tire de la Bible. Tous les enragés de politique, de gauche comme de droite, la lui ont reprochée. Mais, quand on contemple les résultats qu'ont pu donner l'intrusion de l'Eglise dans la sphère publique et la politisation des sermons, on se dit que c'est là un de nos plus grands trésors.


Pascal Montabert


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mardi 10 juin 2008

Travailler le dimanche: pour qui, pour quoi?

La Loi de Modernisation de l'Economie actuellement débattue prévoit une extension du travail du dimanche. La question concerne particulièrement les chrétiens.

Il ne s'agit pas ici d'une de ses prises de position forcément bien-pensantes dont une partie du protestantisme français s'est fait une spécialité depuis près de 30 ans. Simplement, avoir à travailler le dimanche, cela revient pour certains membres de nos communautés à se trouver privé de culte.

Il y a, bien sûr, certains secteurs où le travail du dimanche est une obligation (hopitaux, services de sécurité, etc...). J'ai moi-même travaillé dans une société d'assistance aux personnes qui fonctionnait 24h/24h, 7 jours sur 7. Mais peut-on faire la comparaison avec l'ouverture dominicale d'un magasin de meubles?

On nous parle bien de volontariat pour ces dimanches travaillés. On sait bien que ce que le volontariat veut dire devant certaines pressions de la direction. On nous dit aussi que travailler le dimanche permettra à nombres d'employés de la grande distribution d'arrondir leurs fins de mois. En l'occurence, ce qui peut paraître choquant, c'est justement que certains doivent travailler ce jour-là pour espèrer dépasser un peu le SMIC, voire l'atteindre péniblement.

Et puis, notre société a t'elle besoin de consacrer un jour de plus à la consommation de masse? Pour satisfaire les besoins (??) des clients, quel poids va t'on faire peser sur les familles des vendeurs?

Que le dimanche soit consacré à des activités spirituelles, associatives, culturelles ou ludiques, il convient sans doute de le protéger plus que ne le prévoit la loi discutée à l'heure actuelle. Le repos dominical est un élement de notre vie sociale. Veut-on vraiment le brader sur l'autel de l'économisme?

La question mérite d'être débattue, et tous les points de vue écoutés. Par exemple, en famille, au cours du repas du dimanche. Pour ceux qui ne travaillent pas ce jour-là...

T. Constantini


NB: la rubrique "Billet" est un espace de libre-expression ouvert aux membres et amis de notre paroisse. Les points de vue exprimés ne doivent pas être considérés comme engageant l'Eglise Luthérienne en Poitou ou notre union d'Eglises.