dimanche 15 novembre 2009

Esaïe 54, 6-14

6 ¶ L’Eternel te rappelle comme un époux rappelle la femme abandonnée, à l’esprit accablé, la compagne de la jeunesse qu’il aurait répudiée. C’est ce que déclare ton Dieu.
7 Pour un petit moment, je t’ai abandonnée, mais avec beaucoup de tendresse je vais te rassembler.
8 Dans le déchaînement de mon indignation, je t’ai caché ma face pour un petit instant, mais dans mon amour éternel, j’ai de la tendresse pour toi. C’est là ce que déclare ton libérateur, l’Eternel.
9 Car il en est pour moi comme au temps de Noé. J’avais juré alors que les eaux du déluge ne submergeraient plus la terre. De même, je fais le serment de ne plus m’irriter à ton encontre, et de ne plus t’adresser de reproches.
10 Même si les montagnes se mettaient à bouger, même si les collines venaient à chanceler, mon amour envers toi ne bougera jamais ; mon alliance de paix ne chancellera pas, déclare l’Eternel, rempli de tendresse pour toi.
11 ¶ O cité malheureuse, battue par la tempête, privée de réconfort : dans un mortier de jaspe, j’enchâsserai tes pierres et je te fonderai sur des saphirs.
12 Je sertirai tes tours de créneaux en rubis, je te ferai des portes en pierres d’escarboucle et je t’entourerai d’un rempart de pierres précieuses.
13 Tous tes enfants seront instruits par l’Eternel et la paix de tes fils sera très grande.
14 Tu seras affermie par la justice, à l’abri de toute oppression ; tu n’auras rien à craindre, car la terreur sera bannie et elle ne t’atteindra plus.





Frères et sœurs, nous voici arrivés aux trois derniers dimanches de l’Année ecclésiastique. Lectures, prières, cantiques élèvent nos regards vers la fin du monde, le retour du Christ et le Jugement dernier.
Tout le monde sait cela ! Voyez les affiches des cinémas ! On en précise même la date : c’est pour 2012 ; dans trois ans donc… Ce sera pour beaucoup un jour effroyable, - d’angoisse, de larmes et de pleurs. Le croyant, lui, attend ces événements avec impatience comme le jour de sa délivrance. Toute la Bible nous invite à regarder la fin du monde avec confiance. C’est le cas de ce passage, dans lequel Dieu parle à Israël. Il lui parle comme à une épouse et lui dit : Je t’aime et Tu seras très belle !



I
Ecoutons le Seigneur, par la bouche de son prophète : « L’Eternel t’a rappelée comme une femme abandonnée, à l’esprit abattu ; comme une femme des jeunes années qu’on a rejetée, dit ton Dieu. Pendant un court moment, je t’avais abandonnée, mais c’est avec une grande compassion que je t’accueillerai ».
Frères et sœurs, Israël ressemble à une épouse infidèle qui est rentrée au foyer – c’est la femme du boulanger, chez Pagnol. Alors Dieu lui pardonne et lui promet de l’aimer à nouveau d’un amour parfait. Qu’est-ce qu’elle avait à se faire pardonner ?
Israël avait suivi des dieux païens comme on prend un amant. Son infidélité était devenue si grande que son époux l’avait livrée à ses ennemis pour être déportée. Jérusalem, le temple et la nation entière avaient été détruits.
A Babylone pourtant, le peuple se repent. Et Dieu passe l’éponge. Il l’« accueille avec une grande affection » et lui déclare qu’il l’aime « d’un amour éternel ».
Messieurs, vous trouvez également, j’en suis sûr, de belles formules pour dire votre amour à votre femme ; je pense par exemple à ces médailles sur lesquelles on peut lire : « Je t’aime plus qu’hier et moins que demain. » C’est beau ! La formule exprime l’intention d’aimer sa femme chaque jour davantage.
Mais vous remarquerez que c’est aussi l’aveu d’un amour imparfait, puisqu’il est plus grand qu’hier mais aussi moins grand que demain ! Sans parler qu’il y a souvent loin de la médaille au cœur et que la belle promesse peut être aussi une parole sans lendemain.
L’amour de Dieu est différent. Lui aussi trouve de belles formules pour déclarer son amour : « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s’éloignera point de toi, et mon alliance de paix ne chancellera point, dit l’Eternel qui a compassion de toi ».


Bien sûr, on a creusé un tunnel sous le Mont-Blanc et percé d’autoroutes la plupart des massifs européens, mais quoi de plus imposant et difficile à déplacer qu’une montagne ? Montagnes et collines semblent bien éternelles.
Pourtant, je lisais dans la presse cette semaine que le Mont-Blanc a perdu 45cm en deux ans, et que les neiges éternelles du Kilimandjaro ne seront bientôt plus qu’un souvenir ! Au Dernier Jour, Pierre dit que collines et montagnes disparaîtront dans le feu ; mais je vous rassure : rien ne parviendra jamais à faire fondre l’amour de Dieu !
L’amour de Dieu est plus élevé que le Kilimandjaro, il ne subit pas les effets du dérèglement climatique ; l’amour de Dieu dure à toujours. C’est cette hauteur, cette permanence de l’amour de Dieu qu’exprime aussi ce célèbre verset : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ; tandis que Jean exprime sa perfection de la manière suivante : Dieu est amour.
Mais quel est cet amour qui présente tout de même quelques failles ? Dieu ne vient-il pas d’admettre : « Pendant un court moment, je t’avais abandonnée … Dans un débordement de colère, je m’étais un instant caché à toi ? » Dieu a même l’air de s’excuser et d’exprimer ses regrets !
Esaïe revient ici sur l’exil en terre étrangère. Le Seigneur a été contraint d’infliger à sa bien-aimée une sanction exemplaire. Peut-on qualifier cela de manque d’amour ? Sa justice et sa sainteté l’exigeaient ; et Israël en avait bien besoin, car sans ce châtiment, elle ne se serait pas repentie.
On relèvera à la décharge du mari trompé toutes les manifestations d’une grande patience. Malgré des infidélités répétées, Dieu n’a pas cessé d’aimer.
Il l’a montré en multipliant les prophètes et les déclarations d’amour enflammées. Les avertissements aussi, pour appeler sa promise à la repentance… Aucune indifférence donc, rien qu’un attachement obstiné à son alliance. Et maintenant qu’elle est revenue, Dieu lui redit ces paroles qui font tellement de bien : « Je t’aime ! »


Des paroles d’amour font toujours du bien. Surtout quand c’est Dieu qui les prononce. Quand il dit : ‘Je t’aime’, il faut traduire : ‘Je veillerai sur toi comme un mari attentionné ; je te protègerai de tes ennemis, je te comblerai de mes bénédictions, je te consolerai’.
Chers amis, j’espère que vous avez tous l’occasion d’entendre ces mots si doux : ‘Je t’aime’ ! Elles font tellement de bien quand elles viennent de notre conjoint, d’un ou d’une fiancée, de nos parents ou de nos enfants, ou même d’un ami. Paroles trop rares en vérité, parce qu’elles demandent d’avoir la simplicité d’exprimer ses sentiments, de se lâcher un peu dans sa pudeur, ou tout simplement parce que l’amour n’est pas toujours ce qu’il devrait être… Alors une déclaration de Dieu : avouez qu’il y a de quoi être retourné !
Mais au fait : que nous apporte l’amour du Seigneur ?
Quelqu’un a dit un jour : l’amour n’existe pas s’il n’y a pas de preuve d’amour. Comment ce passage de l’Ancien-Testament a-t-il trouvé son accomplissement ? Paul écrit : « Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rm6, 8). Et Jean, dans son Evangile, rapporte ces mots du Seigneur Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis » ! « Je vous appelle ainsi – déclare Jésus - parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jn 15, 13) Le Messie annoncé par les prophètes est venu en la personne de Jésus : c’est lui qui purifie son peuple de ses péchés par l’offrande de sa vie sur la croix. Non pas que les hommes méritaient cela, mais par pure grâce : il brise la malédiction entrée dans le monde avec Adam. Comme c’était annoncé également, la mort n’a pas pu le retenir et, le troisième jour, il est ressuscité pour remplir toute chose et régner sur son Eglise. Quelle constance dans une promesse !
Ensuite, cet amour nous apporte la sérénité : quand la terre tremble sous nos pieds et que le sol se dérobe – quand surviennent la maladie, les problèmes familiaux, les déceptions professionnelles – nous avons l’amour de Dieu qui se traduit par une aide constante et efficace.
Rappelez-vous : « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s’éloignera point de toi ». Car le diable profite de ce genre d’occasions pour nous dire : ‘Tu vois bien que ton Dieu ne t’aime plus. Il en a assez de tes péchés ; tu n’as que ce que tu mérites’ ! Gare à ce menteur ! Dieu nous aime toujours autant, mais il permet parfois que notre foi soit éprouvée. Il veut nous apprendre à nous rapprocher davantage de lui. Il dit que « la détresse produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance » ! (Rm 5, 4)
Que nous apporte encore l’amour de Dieu ?
Nous avons dit en introduction qu’un drame était imminent, même si ce n’est pas pour 2012. La Bible nous avertit : quand les signes de la fin paraîtront dans le ciel, quand le soleil et la lune commenceront à s’obscurcir, quand réellement les montagnes s’écrouleront et que les collines chancelleront, que des raz-de-marée et des ouragans dévasteront définitivement la terre, il règnera une panique indescriptible dans le monde. A quoi nous accrocherons-nous en ce jour-là ?
A notre certitude d’être aimé de Dieu ! Dans son amour, Christ nous sauvera. « A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère » écrit Paul aux Romains (5, 9).
Vous entendrez le Seigneur vous dire : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
Je t’aime, dit Dieu à l’Israël des croyants. Il lui dit aussi : je te rendrai belle !



II
A l’époque du prophète, le peuple de Dieu s’incarnait en sa capitale : Jérusalem. Or, la ville sainte est complètement ruinée : plus une maison intacte ; que des demeures calcinées ! Le temple lui-même est éventré ; les remparts ont été renversés ; des ronces ont tout envahi. C’est la conséquence d’une catastrophe survenue 6 siècles avant notre ère. Quel drame pour le peuple ! Quelle honte pour la cité de David, anéantie, rasée, abandonnée !
Mais Dieu lui promet : ‘Je te reconstruirai ; je te ferai belle’. Et il est vrai qu’historiquement, Jérusalem s’est relevée de ses ruines de par la volonté de Dieu. Cependant, la Jérusalem qui nous est décrite ici est tellement belle, construite avec un matériau si précieux, elle est si éclatante et si lumineuse qu’il ne peut pas s’agir d’une ville de ce monde : c’est l’image de la Jérusalem spirituelle et céleste, c'est-à-dire de l’Eglise chrétienne.


Voici quelques détails qui ne manqueront pas d’intéresser les architectes et les maçons : « Je garnirai tes pierres d’antimoine » déclare le Seigneur : la nouvelle Jérusalem va avoir des murs magnifiques. L’antimoine était un cosmétique noir dont les femmes se servaient pour cerner leurs yeux, pour les embellir et en souligner les contours. Il est donc possible que l’allusion à l’antimoine soit une référence à un ciment ou à un joint coloré destiné à mettre les pierres en valeur. « Je te donnerai des fondements de saphir » dit encore le Seigneur : la base des murs sera donc plus bleue que le ciel. « Je ferai tes créneaux de rubis » : l’enceinte sera donc rehaussée d’un rouge éclatant, peut-être pour rappeler le sang de son salut. « Je ferai tes portes d'escarboucles » : l’escarboucle est également une pierre précieuse, d’un rouge foncé. « Et de toutes parts, il y aura des pierres précieuses » dit Dieu.
La Jérusalem céleste sera donc construite avec des matériaux qui évoquent à la fois l’éternité et une valeur extrêmement élevée. On a déjà du mal à se représenter le prix d’une parure de diamants (et l’on dit bien que les diamants sont éternels !), alors essayez d’imaginer une ville tout en pierres précieuses, magnifique, colorée, étincelante, une ville totalement lumineuse !
Cette ville ne sera pas l’œuvre des hommes : Dieu en sera le constructeur : « JE te donnerai … », « JE ferai … », dit-il. Aucune construction humaine ne lui ressemble…
Saint Jean se souviendra de la description d’Esaïe. Dans l’Apocalypse, il écrit : « Un des anges … me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d’auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu. Son éclat était semblable à celui d’une pierre précieuse, d’une pierre de jaspe transparente comme du cristal ... La muraille était construite en jaspe et la ville était d’or pur, semblable à du verre pur ».
Cette nouvelle cité n’est pas seulement très belle : elle est aussi un refuge absolu. Personne ne pourra plus brutaliser ses habitants, aucun ennemi ne pourra s’en emparer. Ses remparts sont imprenables, ses créneaux inaccessibles. Les murs et leurs fondations sont impénétrables, comme le diamant.



Voilà pourquoi Dieu peut dire au croyant : Bannis l’inquiétude, car tu n’as rien à craindre. Oublie ta peur, laisse-la dehors, à l’extérieur !
Cette ville splendide, c’est l’Eglise chrétienne qui réunit tous les croyants.
Dans l’Epître de Paul aux Ephésiens, elle apparaît sous les traits de l’épouse du Christ, mais y on retrouve les mêmes allusions à la sainteté, à la pureté et à la beauté : « Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle – écrit Paul -afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau, afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable ».
Et tandis qu’Esaïe annonçait les fondations en saphir, Paul explique : Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus Christ lui-même étant la pierre angulaire. Voilà pourquoi Jésus peut dire de l’Eglise que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle : l’enfer et tous les diables réunis ne pourront pas renverser l’Eglise, la nouvelle Jérusalem. Car c’est Dieu lui-même, en la personne de son Fils, qui l’a construite. Elle repose sur la Parole qu’ont annoncée les prophètes, les apôtres et les évangélistes. Elle porte les couleurs du sang que le Christ a versé sur la croix. Voici pourquoi nous en sommes déjà des résidents, par la foi.
Que ces paroles de Dieu à Israël – ‘Je t’aime’ et ‘Je te rendrai belle’ – bannissent toute crainte de nos cœurs dans l’attente des choses de la fin ; qu’elles créent en nous une joyeuse impatience d’entrer un jour dans la cité céleste. Amen !


Claude Ludwig, Eglise Luthérienne du Christ, Mulhouse

lundi 9 novembre 2009

Conférence à Niort




Conférence Obama, un calviniste à la Maison-Blanche?
par Thomas Constantini au temple réformé de Niort,
le 14 novembre à 20h30.
Les liens entre B. Obama et Calvin sont ténus mais révélateurs d'une part souvent insoupçonnée de l'héritage du Réformateur français. S'interroger sur ce qui unit Obama et Calvin, c'est réfléchir sur l'origine de nos sociétés modernes et sur leurs fondements chrétiens.
Cordiale invitation à tous!

dimanche 8 novembre 2009

Marc 12.38-44

38 Jésus disait, dans son enseignement : Gardez–vous des scribes ; ils aiment se promener avec de longues robes, être salués sur les places publiques,
39 avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ;40 ils dévorent les maisons des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières. Ils recevront un jugement particulièrement sévère.
41 ¶ S’étant assis en face du Trésor, il regardait comment la foule y mettait de la monnaie de bronze. Nombre de riches mettaient beaucoup.
42 Vint aussi une pauvre veuve qui mit deux leptes valant un quadrant.
43 Alors il appela ses disciples et leur dit : Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis quelque chose dans le Trésor ;
44 car tous ont mis de leur abondance, mais elle, elle a mis, de son manque, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.


Chers frères et sœurs,

Les textes de l'Ancien Testament et de l'Evangile de ce dimanche nous montrent deux histoires assez parallèles. Les histoires de deux veuves, les histoires de deux dons.
J'ai remarqué qu'un certain nombre de mes collègues pasteurs font de ce dimanche où nous lisons ces deux passages un "culte d'offrandes". Je sais bien que nous approchons de la fin de l'année fiscale, je sais bien que trop des trésoriers s'inquiètent en ce moment, je sais bien que trop nombreux sont ceux qui ont "oublié" d'envoyer la moindre cotisation, mais prendre cette direction, c'est prendre de grands risques.
Le premier d'entre eux est de ne lire l'histoire de la pauvre veuve qui donne ses deux uniques piécettes de monnaie dans le tronc du Temple que de manière anecdotique et d'en faire, par l'exemple, l'illustration d'une morale générale: "le pauvre sait se montrer plus généreux que le riche".
Cela n'est pas faux, bien sûr…et peut être souvent constaté par l'expérience… mais est-ce bien là le cœur de ce que Jésus cherche à nous faire comprendre? D'ailleurs, il ne s'agit pas ici d'opposer la générosité de la gentille pauvre veuve à l'avarice des méchants riches. Marc dit bien que "les riches mettaient beaucoup", pas de souci de ce côté-là!
Un second risque serait aussi de nous culpabiliser, car quelle que soit la somme que nous donnons, nous restons tous des riches qui donnent de leur superflu, nous qui avons la chance de vivre dans un pays où l'on mange à sa faim, dans un pays où nous pouvons être soignés à un prix qui reste dérisoire par rapport à ce qui existe ailleurs! Nous devons être conscients de cela, mais si nous en restons là, nous risquons de quitter ce temple comme le jeune homme riche après sa rencontre avec Jésus, qui s'éloigna tout triste, car il n'arrivait pas à se détacher de ses biens… Nous avons alors entendu la Loi, et seulement elle. Et ce qui importe, c'est d'arriver à entendre l'Evangile dans le texte de ce matin.

Regardons bien notre texte et demandons-nous: qui Jésus prend-il en contre-exemple du geste de la veuve? Ce ne sont pas les riches en tant que tels, ce sont les scribes! Notre texte commence en effet de manière surprenante par cet avertissement à ses disciples : "méfiez-vous des scribes, qui aiment à sortir en robes solennelles et aiment les salutations sur les places publiques"...Et juste après, Jésus commente l'acte de la pauvre veuve. Nous ne sommes donc pas dans le domaine de la morale (voire du moralisme) mais dans celui de la religion, de notre relation avec le Père. Jésus critique les dignitaires religieux de son temps qui, selon lui, pervertissent ce qui est l'essence de la religion et il voit en la veuve la vraie attitude de l'être humain devant Dieu.

Cet épisode s'inscrit d'ailleurs dans le contexte beaucoup plus vaste du combat que Jésus mène après son entrée à Jérusalem contre la religion formaliste et desséchée du Temple et ceux qui en sont les piliers: les prêtres, les scribes, les anciens. C'est dans ce contexte que Jésus chasse les marchands du Temple, qu'il maudit un figuier qui ne porte pas de fruits et qui est pour lui, en fait, le symbole de la religion stérile d'Israël, incapable de nourrir qui que ce soit. Et, après notre texte, Jésus annonce la destruction du Temple et de tout son système religieux vermoulu, juste avant que ne commence le récit de la Passion, où il va être livré pour nous.

On ne peut douter qu'en regardant qu'en contemplant le geste de cette femme qui, donne tout ce qu'elle a en jetant ces deux piécettes dans le tronc, Jésus pense aussi à son propre destin, à sa vie de pauvre qui va être entièrement donnée, sans réserves, sans calculs, en offrande pour la vie du monde. Comme cette pauvre veuve, Jésus va devoir aussi tout donner, pour qu'en son corps meurtri le vrai Temple se manifeste, le lieu où la rencontre entre l'homme et Dieu pourra se produire… non plus dans ce temple fait de main d'hommes que les hommes religieux ont perverti en en faisant un instrument de marchandage avec Dieu, mais son corps offert entièrement au Golgotha et ressuscité par le Père au matin de Pâques, qui nous ouvre à la religion de la gratuité absolue, de l'Amour inconditionnel, de la Grâce! Une mort non pas inutile, ni stérile, mais qui produit des fruits pour tous ceux qui entrent dans ce mystère.

Vous voyez, frères et sœurs, il y a bien plus ici qu'un appel à mettre plus dans la collecte! Notre texte nous pose une question: quelle religion vivons-nous? Est-ce cette religion des scribes pour laquelle Jésus a des paroles si dures? Une religion dont nous nous servons pour acquérir des privilèges pour nous-mêmes et exercer un pouvoir sur autrui, une religion qu'on pourrait qualifier de "mondaine" et d'exhibitionniste, lorsque nous cherchons les "salutations" et "les premières places", une piété hypocrite et peut-être même criminelle, puisqu'elle "dévore les biens des veuves", au lieu de les protéger . Une religion donc où nous utilisons notre statut d'homme ou de femme d'Eglise pour notre propre profit (pas tellement financier sans doute, mais aussi de prestige, de vanité, de soif de pouvoir) au détriment des plus faibles. Ou vivons-nous la religion de la veuve indigente, une religion du don de soi total, une religion sans marchandage avec Dieu, sans calcul, religion d'une vie simplement offerte à Dieu et aux autres. Ce que le geste de la pauvre veuve nous montre, et que Jésus nous donne en modèle, c'est une religion qui n'est dictée ni par l'intérêt, ni par la peur, ni par l'attente d'une quelconque récompense, mais par l'amour seul.

Gardons-nous bien en entendant ce texte de penser "ah lui, il est bien comme les scribes. Et puis quand on sait ce qu'il a sur son compte en banque, il pourrait donner plus!". Non, il ne s'agit pas ici de juger autrui, mais au contraire de rentrer en nous-mêmes, de faire notre propre examen de conscience et de nous convertir chaque jour afin de ressembler toujours plus à Jésus-Christ. En chacun de nous, il y a cette forme de religion pervertie par notre égoïsme fondamental, où nous plaçons notre "ego", notre "moi religieux" au centre et où nous transformons les plus nobles réalités de la foi et de la piété pour notre propre gloire… et il y a aussi une autre forme de religion qui cherche sincèrement la gloire de Dieu et où nous nous oublions nous-mêmes dans des gestes d'amour pour autrui sans en chercher de bénéfices… Jésus, dans ce texte, nous invite à laisser croître en nous cette dimension de gratuité, d'ouverture à l'autre, de don de nous-mêmes parce que nous avons reçu le don de Dieu.

Car notre foi, frères et sœurs, est centrée sur le don. Il y a d'abord, et avant tout, le don (grâce, charis en grec) que Dieu nous fait de son Fils afin que nous soyons libérés. Et nous aussi, en tant que Chrétiens, nous sommes appelés au don. Le don financier, certes, mais ce n'est qu'un aspect parmi bien d'autres. Mais vous rendez-vous compte qu'en venant au culte, vous donnez? Vous donnez votre présence et l'encouragement qu'elle apporte à toute la communauté. Vous donnez votre prière pour les peines de vos frères et du monde. Vous donnez, pour les parents du catéchisme, la possibilité à vos enfants de découvrir leur Sauveur et d'avoir les bases d'une vie vraiment heureuse.
Peut-être cela vous paraît bien peu, dérisoire peut-être. Peut-être vous dites vous que vous n'avez pas grand-chose à offrir.Ce serait oublier autre chose que nous apprennent nos textes. Car, dans les deux cas, nous voyons Dieu approuver et utiliser le don de deux veuves, c'est-dire-dire, des personnes parmi les plus faibles, les plus insignifiantes de cette époque. Cela fait écho à l'histoire de ce jeune garçon (encore un moins que rien) qui a donné les cinq pains et les deux poissons dont Jésus s'est servi pour nourrir 5000 hommes. Le texte grec dit que la veuve a "pris de son manque pour donner toute sa vie". Vous avez l'impression de n'avoir rien à donner? Regardez à cette veuve qui n'a que des manques: manque d'argent, mais aussi manque de force, de dignité…et qui arrive à faire de ces manques accumulés (0+0+0, ça donne toujours 0) l'occasion d'un don total d'elle-même. Ce à quoi Jésus nous invite aujourd'hui, c'est à reconnaître que c'est là où nous nous sentons les plus démunis, les plus incapables, les plus pauvres, que nous pouvons rencontrer l'autre. Alors nous comprendrons ces paroles de Paul "c'est quand je suis faible que je suis fort" et nous suivrons les pas de Jésus-Christ:
"Vous connaissez la grâce de Jésus Christ: lui qui était riche, il s'est fait pauvre pour nous, afin de nous enrichir par sa pauvreté".

lundi 2 novembre 2009

Apocalypse 21.1-6



la Toussaint n'est pas tant le "jour des morts" que la fête de la communion des saints





1 ¶ Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’existait plus.
2 Je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, descendre du ciel, d’auprès de Dieu, belle comme une mariée qui s’est parée pour son époux.
3 Et j’entendis une forte voix, venant du trône, qui disait : Voici la Tente de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux ; ils seront ses peuples et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni plainte, ni souffrance. Car ce qui était autrefois a définitivement disparu.
5 Alors celui qui siège sur le trône déclara : –– Voici : je renouvelle toutes choses. Il ajouta : –– Ecris que ces paroles sont vraies et entièrement dignes de confiance.
6 Puis il me dit : –– C’en est fait ! Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et le but. A celui qui a soif, je donnerai, moi, à boire gratuitement à la source d’où coule l’eau de la vie.





Chers frères et sœurs,

C'est aujourd'hui la Toussaint. Comme je l'ai fait la semaine dernière avec la fête de la Réformation, je vais devoir expliquer, préciser, le sens de ce que nous célébrons aujourd'hui.
Il m'est déjà arrivé lorsque des amis non-protestants m'ont accompagné au culte d'entendre après coup une remarque du type: "j'ai été surpris, car quand vous avez récité le Credo, vous avez dit 'je crois en la communion des saints'. Je croyais que les protestants ne croyaient pas aux saints?"
Et, de fait, je ne suis pas sûr que tous les membres de nos églises soient au clair sur le sens précis à donner à cette formule. Pourtant, elle fait bel et bien partie du Credo, de l'affirmation de notre foi et ce dimanche est pour nous l'occasion de clarifier les choses.
Nous ne croyons pas aux saints dans la mesure où nous ne croyons pas qu'un groupe de Chrétiens éminents décédés puissent nous accorder les faveurs du Père par leurs prières. Nous n'avons pas besoin de ça, car nous savons qu'il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ.


Alors quel sens donner à ce dimanche de la Toussaint? Je crois qu'il a trois axes:
-nous souvenir des Chrétiens illustres qui nous ont précédés afin de pouvoir nous inspirer de leurs vies.
-nous souvenir de ceux qui nous ont quittés, particulièrement les membres de notre paroisse.
-nous souvenir, et c'est sans doute le plus important, du fait que tous les Chrétiens sont véritablement saints, que l'Eglise est composée de ceux qui ont été justifiés et sanctifiés par Jésus-Christ.

Nous vivons dans une société hyper-individualiste, où les gens ont été coupés de leurs racines et de leur mémoire, où ils n'arrivent plus à concevoir qu'ils ne sont qu'un maillon d'une très longue chaîne. Et bien, spirituellement, il est important de nous remémorer qu'il y a des saints qui nous ont précédés dans le peuple de Dieu.
Prenez par exemple David, qui a écrit de si émouvants Psaumes. Et bien, David était un adultère et un meurtrier. Prenez Pierre, dont le nom évoque la solidité du roc. Et pourtant, il était tout sauf solide dans sa foi au Seigneur jusqu'à ce que la résurrection l'illumine. Même après, d'ailleurs, nous le voyons hésitant à condamner les pratiques judaïsantes. Ce n'est pas qu'il était très différent des autres disciples, qui, comme lui, abandonnèrent le Seigneur. Prenez Paul, qui était un persécuteur de l'Eglise, jusqu'à ce que le Seigneur se révèle à lui et en fasse son serviteur.
En fait, ce qui frappe quand nous lisons la Bible, c'est qu'elle ne cache rien des faiblesses, des échecs et des reniements de ceux qui font partie de la grande nuée de témoins. Ils n'étaient pas parfaits, c'étaient des hommes et des femmes avec leurs propres luttes dans la foi, et cela peut nous encourager de voir que de ce point de vue là, ils n'étaient pas différents de nous. Ils étaient des pécheurs comme nous.

C'est la puissance de Dieu qui a agi dans leur vie et qui leur a permis de devenir des témoins de la grâce active en eux.

C'est aussi vrai du deuxième aspect de la Toussaint, celui où nous nous souvenons de nos frères et sœurs en Christ qui nous ont quittés. C'est la tradition dans certaines églises luthériennes de réciter lors des cultes de Toussaint les noms des membres de la paroisse décédés dans l'année. Quand nous pensons à l'histoire de notre paroisse, il est normal que le visage et les noms de ceux qui l'ont composée nous reviennent en mémoire. Certains d'entre eux ont pu jouer un grand rôle dans la vie de notre communauté ou même dans notre propre vie. A présent, ils sont auprès de la gloire du Père et nous le louons pour le service qu'il leur a permis d'avoir le temps de leur séjour sur terre.

Vient enfin le troisième et dernier aspect de la fête de la Toussaint, celui qui nous fait contempler le fait que nous aussi, nous sommes des saints.
Est-ce que ça vous paraît présomptueux de dire ça? Peut-être, mais seulement si l'on accepte la définition du dictionnaire: "personne qui, dans la religion catholique (et les orthodoxes?) est après sa mort l'objet d'un culte public et universel en raison du très haut degré de perfection chrétienne qu'elle a atteint durant sa vie".
Le problème est que cette définition de la sainteté n'est pas biblique. Heureusement d'ailleurs, car, à titre personnel, je n'oserais sans doute pas dire que j'ai atteint un "très haut degré de perfection chrétienne'' (ma femme est là pour vous dire le contraire…). Ce que je sais en revanche, c'est que tous ceux qui croient en Jésus-Christ sont saints, parce qu'ils sont sanctifiés par le Seigneur.
L'Eglise, dit la Confession d'Augsbourg, est "l'assemblée des saints et de ceux qui croient en la vérité". C'est une définition un peu redondante, car tous ceux qui croient en la vérité, c'est-à-dire que Christ est leur Sauveur, sont sanctifiés. Dans le Nouveau Testament, les croyants sont appelés saints (Ac 20.32; 1 Co 1.2, 6.12; Jude 1). Nous sommes en effet au bénéfice de ce que l'on appelle la sanctification positionnelle:
"Et c’est en vertu de cette volonté (de Dieu) que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus–Christ, une fois pour toutes." dit l'auteur de la lettre aux Hébreux (10.10, 1 Co 1.30). Cela veut dire que les croyants ont été purifiés par le sang de Christ et qu'ils se trouvent dans une nouvelle relation avec Dieu. De ce point de vue, la sainteté n'est pas tant une chose à atteindre qu'un état qui nous a déjà été donné.
Mais il y aussi une dimension progressive à notre sanctification. Après avoir passé trois ans avec ses disciples, Jésus a demandé au Père "sanctifie-les par ta vérité, ta Parole est la vérité". Il est ici question de croissance, de ressembler chaque jour de plus en plus à Jésus, et cela se fait par l'action de la Parole en nous, comme le dit Luther dans le Grand Catéchisme. Quelqu'un a dit un jour que les chrétiens sont comme les crocodiles, qui n'arrêtent pas de grandir toute leur vie durant!
Car, tant que nous sommes sur cette terre, notre croissance ne sera jamais achevée. 1 Jean 3.2 dit "mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est".
Notre sanctification est donc à la fois passée, présente et future. Et elle vient de Dieu! Elle est grâce, comme notre justification! C'est là le grand danger de ceux qui affirment bien que la justification est gratuite mais que la sanctification relève de nos efforts! Il n'en est pas ainsi, et nous pouvons louer le Seigneur de nous avoir, par son Fils, amenés dans la communion des saints!








dimanche 25 octobre 2009

JEAN 8.31-36 (Réformation)






31 ¶ Alors Jésus dit aux Juifs qui avaient mis leur foi en lui : –– Si vous vous attachez à la Parole que je vous ai annoncée, vous êtes vraiment mes disciples.
32 Vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres.
33 –Nous, lui répondirent–ils, nous sommes la postérité d’Abraham, nous n’avons jamais été esclaves de personne. Comment peux–tu dire : « Vous serez des hommes libres ? »
34 –Vraiment, je vous l’assure, leur répondit Jésus, tout homme qui commet le péché est esclave du péché.
35 Or, un esclave ne fait pas partie de la famille, un fils, lui, en fait partie pour toujours.
36 Si donc c’est le Fils qui vous donne la liberté, alors vous serez vraiment des hommes libres.




Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, amen.

Chers frères et sœurs,
Comment peut-on en 2009, fêter la Réformation? Le 31 octobre 1517, un moine allemand, Martin Luther, cloua une feuille contenant 95 Thèses sur la porte de l'église de Wittenberg. Luther en avait assez du commerce des indulgences, des feuilles de papier que le Pape vendait en faisant croire aux gens qu'ils pouvaient ainsi acheter leur salut ou celui de leurs parents décédés. Non, disait Luther, ça ne peut plus durer. Le salut que Dieu donne est gratuit, il ne vient pas en faisant de bonnes œuvres ou en achetant un bout de papier au Pape: pour être sauvé, il suffit de croire que Jésus-Christ est mort pour nous!
Seulement, voilà, aujourd'hui, la Réforme n'est plus très populaire. Nous sommes à l'heure de l'œcuménisme, on est devenus super-copains avec l'église catholique romaine, et ils sont nombreux, y compris parmi les "protestants" (qui ne le sont souvent que de nom) qui regrettent bien que la belle unité de l'Eglise médiévale ait été rompue. Bien sûr, on oublie que l'unité de l'Eglise n'existait déjà plus depuis longtemps, puisque les Orthodoxes vivaient séparés de Rome depuis 5 siècles, mais on préfère oublier ce détail!

Je crois, je suis persuadé en fait, que cette façon de voir les choses obscurcit totalement ce qui a été et qui demeure le sens de la Réforme. La Réforme, ce n'est pas Martin Luther ou qui que ce soit d'autre. A l'extrême limite, je vous dirai qu'on n'a rien à faire de Martin Luther. Il y a un tableau qui résume ce que j'essaie de vous dire. Il s'agit d'une peinture de Cranach l'Ancien qui se trouve dans l'église de Wittenberg.
Tout à fait à gauche du tableau, on voit un groupe de femmes, d'hommes et d'enfants. Tout à fait à droite, on voit Luther dans sa chaire, Bible ouverte, qui montre du doigt quelque chose. Ce quelque chose, qui occupe tout le centre du tableau, c'est le Christ crucifié.

Voilà ce qu'a été la Réforme, frères et sœurs: remettre le Christ au cœur de la vie de l'Eglise et des croyants! Depuis trop de siècles, l'Eglise avait été contaminée par la corruption, l'immoralité et les superstitions. Depuis trop de siècles, le message fondamental de notre foi, le pardon complet offert à ceux qui croient en Jésus avait été obscurci ou déformé au profit d'une religion des œuvres!
Mais Dieu a permis que sa Parole droitement prêchée retrouve toute sa place et que la vérité soit à nouveau annoncée pour le grand réconfort des âmes troublées.
La Réforme, frères et sœurs (en tout cas, la Réforme luthérienne) n'a jamais voulu être une rupture, et encore moins une révolution! La Réforme, c'est un peu comme quand vous avez un vieux chapeau applati, il faut lui redonner sa forme! C'est ce que Luther a voulu faire pour l'Eglise: la ramener à la source biblique, éliminer les déformations et reprendre une droite ligne.
C'est ce que ne comprend pas un certain protestantisme où sous prétexte que "l'église de la Réforme doit toujours se réformer" a depuis longtemps abandonné la foi véritable pour tomber dans le relativisme doctrinal et moral, quand ce n'est pas dans l'apostasie pure et simple!!
"l'église de la Réforme doit toujours se réformer", c'est vrai, mais cette réforme doit se faire selon la Bible, reconnue comme source suprême d'autorité et non pas selon les diktats d'un rationalisme et d'un humanisme laïc destructeurs!

Jésus nous dit en Matthieu 10.34 "je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive". Paroles qui nous choquent un peu peut-être, mais Christ a toujours été clair: son message provoque la division entre ceux qui l'acceptent et qui le rejettent. Voilà pourquoi, lorsque l'Evangile est fidèlement prêché, il y a conflit. Conflit entre Luther et le Pape. Conflit entre les croyants et les autres. Conflit entre la vie et la mort. Conflit entre la vérité de l'Evangile et le mensonge. Nous sommes dans un combat frères et sœurs. En avez-conscience? Etes-vous prêt à le mener?

L'état de l'Eglise en Occident, le faible nombre de chrétiens authentiques peut parfois nous décourager. Quand c'est le cas, repentons-nous, car alors nous avons jugé le Royaume de Dieu selon les critères des hommes. Le Royaume de Dieu se trouve dans la petitesse et l'humilité, pas dans les bâtiments somptueux et les budgets de plusieurs millions!
Repentons-nous mais réjouissons-nous aussi. Car la Réforme, en remettant la Bible au centre, nous a permis d'entendre la merveilleuse nouvelle de l'amour de Dieu pour nous. Dans cette vie souvent si impitoyable, vous savez que vous pouvez vous approcher d'un Dieu plein de grâce, qui n'exige rien de vous. Dans le Royaume de Dieu, il y de la place pour tous ceux qui croient!

Voilà la Bonne Nouvelle que la Réforme a retrouvé dans les pages de la Bible qu'elle a rendue au peuple! Voilà la Bonne Nouvelle qui est le cœur de la foi de l'Eglise fidèle! Voilà la Bonne Nouvelle que le Seigneur nous demande d'aller annoncer à tous ceux qui, aujourd'hui, chez nous, se retrouvent dans des ténèbres spirituelles encore plus grandes que celles du Moyen-Age!
Alors armons-nous, sachons utiliser l'épée de l'Esprit, la Sainte Bible, venons souvent à la Table Sainte nous nourrir du corps et du sang du Sauveur. C'est lui qui mène son Eglise au combat. C'est lui qui nous assure la victoire.

Amen.

mardi 20 octobre 2009

Prochainement sur le Blog Luthérien du Poitou:

-un article sur les Luthériens de Terre Sainte

-dans la série Témoins de la Foi: le Sadhu Sundar Sing

-une nouvelle rubrique Questions-Réponses pour mieux échanger avec vous.

lundi 19 octobre 2009

HEBREUX 5.1-10

1 ¶ Tout grand–prêtre est choisi parmi les hommes et il est établi en faveur des hommes pour leurs relations avec Dieu. Il est chargé de présenter à Dieu des offrandes et des sacrifices pour les péchés.
2 Il peut avoir de la compréhension pour ceux qui sont dans l’ignorance et qui s’égarent, parce qu’il est lui aussi exposé à la faiblesse.
3 A cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices, non seulement pour les péchés du peuple, mais aussi, de la même manière, pour les siens propres.
4 De plus, on ne s’attribue pas, de sa propre initiative, l’honneur d’être grand–prêtre : on le reçoit en y étant appelé par Dieu, comme ce fut le cas pour Aaron.
5 Il en est de même pour le Christ. Ce n’est pas lui qui s’est attribué, de son propre chef, l’honneur de devenir grand–prêtre, mais c’est Dieu qui lui a déclaré : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je fais de toi mon enfant.
6 Et, dans un autre passage : Tu es prêtre pour toujours dans la ligne de Melchisédek.
7 Ainsi, au cours de sa vie sur terre, Jésus, avec de grands cris et des larmes, a présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé, à cause de sa soumission à Dieu.
8 Bien qu’étant Fils de Dieu, il a appris l’obéissance par tout ce qu’il a souffert.
9 Et c’est parce qu’il a été ainsi amené à la perfection qu’il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un salut éternel :
10 ¶ Dieu, en effet, l’a déclaré grand–prêtre dans la ligne de Melchisédek.





Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, amen+

Chers frères et sœurs,
Quand on parle d'obéissance, on a plutôt tendance à penser aux enfants. Chez eux, on apprécie l'obéissance (chez les siens, et parfois encore plus chez ceux des autres). Mais aune fois qu'on passe à l'âge adulte, la notion d'obéissance devient beaucoup plus difficile à accepter. Dans notre société, "obéissance" tend à être rapproché de "servitude". Et pourtant, pourtant, obéir n'a jamais été une marque d'infériorité! C'est quelque chose que Dieu encourage. ET ce que notre texte nous invite à faire, c'est à redécouvrir l'art perdu de l'obéissance.

Un jour, Jésus a reproché à ses adversaires pharisiens qu'ils honoraient Dieu en paroles mais que leur cœur était loin de lui. Les Pharisiens avaient une apparence externe d'obéissance, mais à l'intérieur, quelque chose n'allait pas du tout. C'est une des caractéristiques de notre foi: deux personnes peuvent accomplir le même acte avec des résultats différents: l'une sera bénie et l'autre condamnée. Pensez à Caïn et à Abel qui ont tous les deux apporté des sacrifices à Dieu: l'un a été accepté et l'autre rejeté. C'est que le plus important n'est pas tant l'action que son motif.
J'ai assisté dans ma vie à des dizaines et des dizaines de cultes (ou de messes), dans tous les milieux. Rien ne me dérange plus que le manque de respect qu'on voit trop souvent au début des cultes. Avons-nous conscience, y compris lorsque nous prions dans le secret de notre chambre, que nous nous trouvons devant notre Dieu, le créateur de l'univers. Comment se fait-il que trop de chrétiens prennent plus garde quand ils s'occupent de leur barbecue que lorsqu'ils s'approchent du grand Dieu qui est un feu consumant?

La vie de Christ sur terre est un exemple d'obéissance. Comment Jésus a-t-il montré son obéissance, sa soumission? Il "a présenté des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort" (v.7). Le mot traduit par "supplication" veut dire "branche d'olivier". Nous savons qu'à l'époque, quand une personne demandait du secours, elle mettait au bout d'une branche d'olivier des bouts de laine blanche pour montrer qu'elle avait besoin d'aide. Voilà à quoi ressemblaient les prières de Jésus; alors même qu'il était Dieu, il n'a pas craint de s'approcher du Père dont il savait qu'il avait terriblement besoin chaque jour.
Notre Seigneur, dans son humilité, n'utilisait pas sa toute-puissance. IL avait donc besoin du soutien d'en haut pour faire échec au Diable, pour rester fort et accomplir sa mission.
Notez aussi la force de la prière de Christ "avec de grands cris et des larmes". Jésus n'était pas trop fier ou orgueilleux pour implorer l'aide dont il avait besoin. Alors qu'il se trouvait déjà à l'ombre de la Croix, dans le jardin de Gethsemané, sa prière se fit si intense que la Bible nous dit que sa sueur se changea en gouttes de sang. Sur la Croix même, Christ a crié à Dieu "pourquoi m'as-tu abandonné?" et au moment de mourir "Père, je remets mon esprit entre tes mains".
Pourquoi Jésus a-t-il fait tout cela? Parce qu'il savait que Dieu était celui qui "pouvait le sauver de la mort". Jésus savait que seul Dieu pouvait lui faire vaincre la mort et le ramener glorieusement à la vie. Il savait qu'il ne pouvait pas y arriver tout seul. Il savait qu'il avait besoin du Père pour assurer notre salut.

Et qu'est-il arrivé? Avant tout, Dieu a entendu Jésus et lui a donné la force d'aller jusqu'au bout pour nous et il l'a ressuscité.
Deuxièmement, Jésus a appris par l'obéissance par la souffrance. Jésus a été rejeté, calomnié, pourchassé. Il a vécu une vie errante, incompris des gens qui l'entouraient. Et pendant tout ce temps, il savait que s'approchait le moment où il devrait mourir d'une mort affreuse pour le pardon des péchés du monde.
Et nous sommes heureux, frères et sœurs, que Jésus ait obéi. Pourquoi? Parce que Jésus est venu accomplir la volonté de son Père. Ce qui me nourrit, leur expliqua Jésus, c’est d’accomplir la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener à bien l’oeuvre qu’il m’a confiée (Jean 6.34);
Avant d'aller à la Croix, une des dernières prières de Jésus a été pour dire "Père, non pas ma volonté, mais la tienne". Si Jésus avait reculé, s'il s'était rebellé, il aurait échoué dans sa mission et dans l'œuvre du salut. Mais il a obéi au Père, il a suivi le chemin qui lui avait été tracé. Voilà pourquoi notre texte dit qu'il a été amené à la perfection. Cela peut sembler étrange comme expression, mais le terme signifie aussi "accompli": Jésus a accompli sa mission: il nous a apporté le salut. C'est ce qu'il a dit sur la croix: "tout est accompli"! Voilà comment il est devenu, "pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un salut éternel" (v.9).

Mais que voilà une phrase elle aussi susceptible d'être mal interprêtée. Si vous parlez à des Mormons, ils l'utiliseront pour expliquer leur doctrine du salut: à cause de notre péché, nous avions une dette envers Dieu. Jésus a payé pour nous, mais à présent c'est envers lui que nous avons cette dette et nous devons la payer par une vie d'obéissance (être baptisé, payer la dîme, partir en voyage missionnaire…). J'ai donc dit un jour à un Mormon que Jésus ne faisait pas dans le rachat de crédit!
Jésus est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel. Le mot traduit par auteur peut aussi l'être par "source". Le mot évoque le jaillissement de l'eau vive, et Jésus lui-même l'a utilisée.
Le salut est un don. Quelque chose que nous n'avons pas à payer, quelque chose surtout que nous serions incapables de payer!
Quand Jésus est mort pour nous, il a ouvert une source inépuisable de justice et de sainteté qui nous rend justes aux yeux de Dieu. Et si nous utilisions ce passage pour dire qu'il faut que nous fassions tout ce que Jésus nous dit de faire (aimer nos ennemis, etc…) nous devrions dire que la Bible se contredit .
Mais regardons bien au contexte. Comment Jésus a-t-il obéi? Il l'a fait par son attitude, par son humilité. Il a reconnu que dans son état d'humiliation, lors de sa vie terrestre, il ne pouvait se sauver lui-même et qu'il avait besoin du Père. Jésus l'a fait dans la foi. Il a obéi en priant et en suppliant Dieu de le libérer de la mort. Christ a ainsi montré qu'il savait OU trouver le secours.
Le problème, c'est que peu nombreux aujourd'hui sont ceux qui savent reconnaître qu'ils ne peuvent pas s'en sortit tous seuls, qu'ils sont incapables de se purifier eux-mêmes de leurs fautes. Mettre genou à terre devant Dieu, l'adorer, avoir recours à lui??? Bah!! On sait bien comment sont traités ceux qui affirment leur foi aujourd'hui: comme des demeurés et des fondamentalistes! (en tout cas, quand ils sont Chrétiens, ça ne marche pas avec toutes les religions…).
Et même nous en tant que chrétiens, alors que lorsque chaque dimanche nous nous approchons du trône de grâce par la prière de confession; avons-nous vraiment un esprit obéissant et soumis?
Je me demande souvent si ceux qui négligent le culte ne le font pas parce qu'ils pensent que Dieu leur doit d'avoir une relation avec eux.
Quelle attitude avons-nous quand nous approchons de Dieu? Est-ce que c'est "Seigneur, je ne mérite pas de venir devant toi et je ne le peux que par ta grâce" ou bien "Seigneur, donne-moi ce que je veux"? Deux façons de s'approcher de Dieu, mais quelle différence entre elles!!

La deuxième façon dont l'exemple de Christ illustre l'obéissance qui est attendue de nous se trouve dans le fait que Jésus a fait ce que le Père lui demandait, qu'il a accompli sa mission. Qu'est-ce que Jésus veut de nous. La meilleure réponse se trouve je crois en Jean 3, où Jésus explique à Nicodème qu'il doit naître de nouveau. Et Nicodème, ce grand chef religieux ne comprend pas! En fait, ce que Jésus lui disait c'était "ne crois pas que ton statut, ta puissance, ton prestige ou tes œuvres peuvent te donner un accès à Dieu. Laisse-tomber tout cela et laisse-moi te sauver". Le message de Christ, c'est qu'il nous a acquis notre salut par son obéissance, sa mort et sa résurrection. Nous n'avons qu'à croire!