lundi 16 juillet 2007

On se fait une idole de la vérité même: car la vérité, hors de la charité, n'est pas Dieu: elle est son image et une idole, qu'il ne faut point aimer ni adorer.

Blaise Pascal

dimanche 15 juillet 2007

Genèse 4.1-8

Ce passage bien connu de la Genèse relate des événements somme toute assez banals : il est question de naissances, d'une mort, d'un culte. Mais ce qui est moins banal, c'est qu'il s'agit à chaque fois d'une 'première'. Avec Caïn et Abel, nous sommes au tout début de l'humanité, du temps d'Adam et d'Eve : ceux-ci découvrent avec émerveillement la naissance d'un enfant. Mais ils découvrent aussi avec effroi la mort, d'autant plus terrible qu'elle se double ici d'un crime, perpétré au moment où les deux frères rendaient un culte à Dieu en lui présentant leurs offrandes. Parlons donc de ces trois événements inédits :
· La première naissance, · Le premier culte, · La première mort

1. La naissance du premier enfant
Adam connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn, et elle dit : J'ai formé un homme avec l'aide de l'Eternel. Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. Le mot " connut " décrit ici les relations sexuelles : Eve devint enceinte et mit au monde un enfant qu'elle appela Caïn.
Quoi de plus banal que la naissance d'un enfant ! Pourtant, cette naissance-là ne l'est pas, car c'est une première dans l'histoire de l'humanité : il s'agit de la naissance du tout premier enfant ! Adam et Eve avaient été créés par Dieu à l'état adulte, mais Caïn naît de sa mère comme enfant. C'est ce qui explique l'émerveillement d'Eve : J'ai formé un homme avec l'aide de l'Eternel ! Dommage que nous ne puissions pas entendre Eve prononcer elle-même ces paroles, car ce devait être l'expression d'une immense joie : non seulement la joie qu'éprouve toute mère en découvrant son nouveau-né, mais aussi l'émerveillement devant quelque-chose qu'elle n'avait encore jamais vu : un nourrisson, un petit être humain, un bébé, une miniature humaine ; … un véritable petit chef-d’œuvre !
Avant l'accouchement, Adam et Eve s'étaient certainement posé plein de question : combien de temps l'enfant resterait-il dans le ventre de sa mère ? A quoi ressemblerait le petit être humain ? Comment se passerait la naissance ? Evidemment, Eve savait que l'accouchement serait douloureux, car Dieu le lui avait annoncé comme l'une des conséquences du péché. J'ai formé un homme avec l'aide de l'Eternel !
Joie de la maternité, mais joie aussi d'avoir donné la vie ! Eve sait que cet enfant résulte d'un acte créateur de Dieu, mais c'est tout de même elle qui a porté l'enfant ; c'est dans son ventre qu'il a grandi. Adam a eu raison d'appeler sa femme EVE, ce qui signifie la 'vie'. Elle donne la vie ; elle la transmet. L'enfant recevra le nom de Caïn, un nom dérivé de 'j'ai formé'. La joie qu'expriment ces paroles d'Eve : J'ai formé un homme avec l'aide de l'Eternel ! vient peut-être aussi - ou même surtout - de ce que c'est là la preuve qu'effectivement, le processus de la rédemption du monde est enclenché. Dieu n'avait-il pas dit que 'la postérité de la femme' - c'est-à-dire un enfant né d'une femme - écraserait la tête du serpent, délivrant ainsi l'humanité de l'esclavage du diable ? Grâce à la femme, la vie va donc se transmettre de génération en génération jusqu'au jour où naîtra l'enfant Sauveur. La naissance de cet enfant, c'est donc aussi la promesse du Sauveur qui commence à se réaliser. D'ailleurs, selon Luther, quand Eve a dit : J'ai formé un homme avec l'aide de l'Eternel ! (Luther traduit par : 'J'ai formé L'homme'), elle croyait que c'était lui, Caïn, qui serait le Sauveur promis. Non, ce ne sera pas lui ; Caïn sera malheureusement le premier meurtrier de l'histoire de l'humanité. On est loin du Sauveur ! Mais si Eve s'est trompée sur la personne, elle ne s'est par contre pas trompée sur le sens de la promesse de Dieu : au bout de la énième génération naîtra effectivement l'enfant Sauveur qui écrasera la tête du serpent. On peut même préciser que, d'après la généalogie de Luc, Jésus sera environ le 80 e maillon de la chaîne qui commence avec Adam et Eve et conduit jusqu'au Christ.
Après Caïn naît Abel : nouveau miracle de la vie ! La joie n'est pas moins grande, mais ce n'est plus la même surprise. Les deux enfants grandissent et chacun a son métier : l'un est berger, l'autre cultivateur. Ils ont sans doute repris, en se spécialisant les activités de leur père. Chers amis ! Chaque femme peut légitimement être fière d'avoir reçu de Dieu cet extraordinaire pouvoir de donner la vie. A chaque seconde se produit une naissance quelque part dans le monde. Quoi de plus banal qu'une naissance ? Et pourtant, ce n'en est pas moins à chaque fois un admirable miracle pour lequel il faut remercier Dieu et le louer. Depuis que l'on sait que la petite cellule initiale contient déjà les milliards d'informations qui lui permettront, en se multipliant, de devenir un bébé, puis un homme adulte, on n'en est que plus époustouflé devant la beauté et la grandeur de cet acte créateur !
Eve croyait peut-être que son fils premier-né serait le Sauveur de l'humanité. Ce n'était pas le cas. Mais maintenant, le Sauveur est venu et nous savons qu'il est né à Bethlehem et qu'il s'appelle Jésus : il est le Fils de Dieu devenu homme pour effectuer le salut de l'humanité ; il a écrasé la tête du serpent en mourant sur la croix et a ainsi libéré l'humanité de pouvoir de Satan. C'est donc tout particulièrement de la naissance et de la venue du fils 1er né de la vierge Marie, arrière-arrière-arrière petit fils d'Eve que nous devons nous émerveiller !

2. Le premier culte
Les deux enfants ont grandi. Ils travaillent ; l'un cultive la terre, l'autre élève des troupeaux : Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Eternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel de son côté en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. On peut parler là d'un culte rendu à Dieu. Ce n'était certainement pas le premier culte au sens absolu, car Adam et Eve ont aussi dû adorer Dieu et apprendre à leurs enfants à le respecter. Ils ont dû leur parler du péché et de la nécessité de croire au Sauveur que Dieu avait promis. Mais le sacrifice d'Abel et de Caïn est tout de même la première mention de la Bible d'un culte à Dieu.
Malheureusement, cet événement est aussi en relation avec un drame, c'est-à-dire du meurtre commis par Caïn. Le culte en question est très différent de celui que nous sommes en train de célébrer. Chez eux, il s'agissait surtout d'apporter une offrande à Dieu. Bien que l'on puisse penser que cette offrande était certainement accompagnée de paroles de prières, de louanges et de reconnaissance à Dieu ; - chacun offrant à Dieu une part du fruit de son travail, l'un de son troupeau, l'autre des produits des champs. Leur offrande se voulait être un acte d'adoration et l'expression de leur foi, de leur amour et de leur reconnaissance ; également une prière à Dieu pour qu'il continue de bénir leur travail. Car n'oublions pas que le sol a été maudit à cause du péché et que c'est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain … Il était donc nécessaire de prier Dieu de bénir le travail de leurs mains et de continuer à leur accorder nourriture, vêtements et autres biens matériels. Premier culte donc, mais déjà l'expression de deux adorations différentes ; je dirais même : de deux religions différentes.
Car il y a là une adoration sincère, mais aussi une adoration hypocrite : c'est ainsi que j'explique le fait que Dieu agrée l'offrande de l'un et non de l'autre. Les images, dans les Livres d'Histoire Sainte de mon enfance, représentaient la scène ainsi : la fumée du sacrifice d'Abel s'élève droit vers le ciel (= Dieu accepte son sacrifice), tandis que celle du sacrifice de Caïn est rabattue vers le sol (= Dieu n'agrée pas son offrande). Mais cela est uniquement dû à l'imagination de l'artiste qui a fait de son mieux pour illustrer ce texte ...
Pourquoi Dieu a-t-il aimé le sacrifice d'Abel et rejeté celui de Caïn ? Certains pensent qu'on peut déjà noter une différence dans la qualité des offrandes : * Caïn fit une offrande des fruits de la terre ; un point, c'est tout. * Abel, par contre, fit une offrande des premiers-nés de son troupeau et leur graisse ; la graisse était autrefois considérée comme ce qu'il y avait de meilleur dans l'animal. Ceci traduirait la foi et l'amour d'Abel, absents du cœur de Caïn. Le sacrifice qui est agréable à Dieu, c'est celui qui vient du cœur, de la foi et de l'amour. Un sacrifice offert uniquement par routine, par obligation, ou même à contre cœur - autrement dit, sans foi ni amour -, Dieu le rejette. Caïn offre un sacrifice à Dieu, mais son cœur n'y est pas. Il y a de l'hypocrisie dans son acte.
Je peux affirmer cela parce qu'il est écrit dans l'Epître aux Hébreux (11, 4) : C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c'est par elle qu'il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes.
Ainsi, Abel avait la foi, et Caïn ne l'avait pas ; d'où le rejet de son sacrifice. Notez bien un point très important : le culte des deux frères est en apparence le même, et il ne semble pas y avoir de différence notable entre les deux sacrifices. Pourtant, l'un rend à Dieu un vrai culte ; l'autre, un culte en apparence.
Chers amis ! Aujourd'hui, les offrandes des croyants consistent surtout en offrandes d'argent pour l'Eglise, la mission, les pauvres. Mais la vie nouvelle que mènent les croyants - une vie riche en bonnes œuvres - est aussi une offrande à Dieu. Ces offrandes font partie de notre culte à Dieu ; culte qui consiste donc en prières, en louanges, en chants et dans l'écoute attentive de sa Parole, mais s'accompagne aussi d'offrandes de toutes natures. Mais de deux personnes qui apportent leurs offrandes, qui prient, qui vont à l'Eglise, il peut arriver aujourd'hui encore que l'une soit sincère et l'autre pas ; que chez l'une, il y ait la foi véritable et chez l'autre un culte en apparence seulement ; chez l'une, un amour sincère envers Dieu, et chez l'autre seulement de pieuses paroles.
Mais si l'on peut tromper les hommes, on ne peut pas abuser Dieu qui voit le cœur. Voilà une leçon très importante : la vraie religion ne consiste pas dans l'accomplissement purement formel de certains rites religieux ou dans la pratique extérieure d'actes d'adoration, ou dans l'accomplissement formaliste d'un certain nombre d'œuvres. La religion et la pratique doivent d'abord être l'expression d'une foi vivante et d'un amour sincère envers le Dieu sauveur et miséricordieux.

3. La première mort
Caïn adressa la parole à son frère Abel ; comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.
Voilà la relation de la première mort et du premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Adam et Eve ont donc découvert très vite - et de façon effrayante - ce qu'est … la mort. Dieu avait dit au paradis : Le jour où tu en mangeras, tu mourras. Et encore : Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. La mort est maintenant dans le monde, et elle peut frapper d'une manière ou d'une autre, pas seulement au terme du vieillissement, mais aussi accidentellement ou par suite de coups portés comme c'est le cas ici. La mort a touché l'un des enfants d'Adam et d'Eve ; elle a résulté d'un acte de violence, de haine et de jalousie, qui sont des conséquences du péché ; de ce péché qu'Adam et Eve ont commis et transmis à leurs enfants ...
Le péché a transformé l'un en criminel, l'autre en cadavre. Pourquoi ce crime ? A cause de la jalousie et de la haine de Caïn envers son frère qui ne lui avait pourtant rien fait. Quand Caïn vit que Dieu n'agréait pas son sacrifice, il fut très irrité, et son visage (fut) abattu. Il est en colère contre Dieu, et la reporte sur son frère, parce que celui-ci a la faveur de Dieu. C'est certainement Dieu qu'il aurait aimé frapper. En fin de compte, c'est donc pour un motif religieux que Caïn a tué son frère, si bien qu'il ne s'agit pas seulement d'un crime, mais d'une véritable persécution religieuse (une guerre de religion). Pourtant, Dieu l'avait mis en garde : Certainement, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à ta porte, et ses désirs se portent vers toi ; mais toi, domine sur lui. Dieu lui avait parlé avec bonté, l'exhortant à ne pas laisser cette bête sauvage qu'est le péché s'emparer de son cœur. Mais Caïn, qui avait sans doute l'habitude de ne pas écouter la Parole de Dieu (ce qui expliquerait son manque de foi), cette fois non plus n'écouta pas … et tua son frère.
Un geste gravissime non seulement envers son frère, mais aussi envers l'humanité. Car comment allait maintenant pouvoir se réaliser la promesse de Dieu relative à la postérité de la femme qui devait écraser la tête du serpent ? C'est par Caïn, le premier-né, que devait se prolonger la lignée des descendants conduisant au Sauveur. Mais Caïn est un criminel, et Dieu n'en veut plus comme ancêtre du Christ ; quant à son frère, Abel, il est mort.
Heureusement que Dieu, dans sa grâce, a aussi réparé ce mal, car Adam connut encore sa femme ; elle enfanta un fils, et l'appela du nom de Seth, car dit-elle, Dieu m'a donné un autre fils à la place d'Abel, que Caïn a tué. La lignée qui mène au Christ passera donc par Seth. Chers amis ! Avec le meurtre d'Abel a commencé une série infinie de meurtres, de violences et d'horreurs de toutes sortes : disputes dans les familles, mais aussi entre les nations, conduisant à des guerres dévastatrices et des calamités épouvantables, comme l'actualité n'arrête pas de nous fournir des illustrations. Le frère massacre son frère par haine, jalousie, envie ; pour pouvoir voler ses biens et s'enrichir ; parfois par simple plaisir de nuire ou par cruauté.
Et puis, il y a aussi les persécutions religieuses, plus ou moins virulentes selon le pays ou l'époque. Qu'est-ce qu'une persécution religieuse ? C'est une manifestation violente de haine que l'incroyant porte au croyant sincère qui adore et confesse Dieu, ou qui refuse de participer à l'adoration d'idoles. Les faux croyants pratiquent souvent un culte qui a l'apparence d'un vrai culte à Dieu, mais qui est surtout destiné à masquer l'impénitence et la méchanceté du cœur derrière des apparences de piété. Alors le culte des croyants sincères les dérange. Jésus, quant à lui, a aussi été tué par ses frères. Il était innocent, saint et d'une obéissance parfaite à Dieu. Pourtant ils l'ont haï, rejeté et cloué sur une croix. Il avait dénoncé l'hypocrisie de leur culte et l'impénitence de leur cœur. Ils ont versé un sang innocent.
Mais tandis que le sang d'Abel appelait le châtiment de Dieu - Dieu avait dit à Caïn : Le sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi pour appeler vengeance) -, au contraire, le sang de Jésus a la vertu de purifier tout pécheur qui se repent et de le soustraire à la colère de Dieu, comme il est dit dans l'Epître aux Hébreux (12,24) : Jésus est le médiateur d'une nouvelle alliance et du sang de l'aspersion qui parle mieux que le sang d'Abel. Le sang d'Abel crie vengeance ; celui de Jésus offre le pardon, car par sa mort et son sacrifice innocents, Jésus a expié les péchés du monde.
Chers amis ! Des enfants naissent ; des hommes meurent ; ici ou là coule le sang : ainsi va le monde depuis le péché d'Adam et d'Eve.
Dieu merci : la promesse d'un Sauveur s'est accomplie en Jésus. Jean a dit : Le sang de Jésus, le Fils de Dieu, nous purifie de tout péché (1/1,7).
A ce Dieu d'amour et de grâce, rendons un culte sincère ! Qu'il reçoive l'offrande de nos vies, de nos dons et de nos lèvres comme l'expression véritable de notre amour et de notre gratitude ! Amen

Pasteur F. Bohy

samedi 14 juillet 2007

Welcome to the blog of the 
Lutheran Church in Poitou!





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Confessional - There are a series of documents of belief to which we subscribe. They can be found in the Lutheran "Book of Concord" of 1580. Luther's Small Catechism is a good summary of what we believe and teach.



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Juges 7, 9-22

Frères et sœurs, ouvrons ce matin le livre des Juges. Il concerne la période troublée qui va de l’installation des Israélites en Canaan jusqu’à l’établissement de la royauté. Les juges sont des hommes dont l’autorité vient de Dieu ; ils sont chargés soit de gouverner le peuple, soit de délivrer une ou plusieurs tribus en difficulté. Un principe domine le récit : l’échec et le malheur résulte de l’abandon de Dieu et de son alliance. Mais Dieu répond favorablement à ceux qui reconnaissent leurs torts et qui reviennent à lui. C’est dans ce contexte que je vous invite à vous souvenir de la surprenante victoire de Gédéon.
Victoire remportée : - 1. Par la puissance de Dieu et - 2. Par la foi
I
Nous sommes environ en 1700 avant Jésus-Christ. Les Madianites, les Amalécites et les fils de l’Orient envahissent Canaan comme un vol de sauterelles. Comparez cela à la tragédie du Darfour. Les Madianites, ce sont les djandjawids, ces milices arabes qui nettoient la région à coup de massacres, d’assassinats, de viols et de tortures. Au bout de sept ans, l’Eternel a pitié de son peuple repentant et lui donne un libérateur, Gédéon. Il écrase les oppresseurs dans la plaine de Jizreel. Israël semblait s’être enfin trouvé un grand héros. Mais quand nous auront rappelé les détails de l'opération, vous comprendrez que c'est Dieu qui, dans sa grâce, leur a permis de vaincre.
Qui est Gédéon ? Un grand stratège, un général, un prophète ? Pas du tout ! C'est un illustre inconnu qui ne dispose d’aucun réseau ; et quand Dieu lui demande de se lever, il fait de la résistance : « Ma famille est la plus pauvre de Manassé, dit-il, et je suis le plus petit dans la maison de mon père ! » (6,15). Mais Dieu répond : je serai avec toi, et tu battras les Madianites. Ainsi, de ce personnage craintif que rien ne prédestine à une telle mission, Dieu fait son instrument pour libérer le peuple.
De quelle armée Gédéon dispose-t-il ? 32 000 hommes, principalement issus de sa tribu. Pas mal, direz-vous ! Le problème, c’est que du côté Madianite, on en compte 135 000, et pas des enfants de chœur ! Alors que fait Dieu ? Eh bien, il explique à Gédéon que sa troupe est bien trop nombreuse ! « Que ceux qui sont craintifs et qui ont peur s'en retournent chez eux et s'éloignent de la montagne de Galaad ! » Résultat : 22 000 (donc plus de la moitié) reprennent leur paquetage et rentre au foyer. Il en reste donc 10 000. Gédéon devait avoir des crampes d’estomac.
Mais pour Dieu, c'est encore beaucoup trop : « Le peuple est encore trop nombreux, dit-il. Fais-les descendre vers l'eau, et là je t'en ferai le tri. » Alors, ces 10 000 descendent au bord d'une rivière. C'est là qu'a lieu la sélection : ceux qui se mettent à genoux pour boire sont renvoyés ; ceux qui restent debout et prennent l'eau dans la main pour la laper avec la langue sont déclarés bons pour le service : ces derniers sont au nombre de … trois cents. Voici donc l'armée de Gédéon ! Passons maintenant en revue l'armement : Gédéon distribua des trompettes, des cruches (vides) et des flambeaux... Pour résumer : nous avons un général qui n’est pas du métier ; une armée réduite comme une peau de chagrin et une panoplie ridicule.
Ayant divisé sa troupe en trois groupes, Gédéon expose sa stratégie : « Vous me regarderez et vous ferez comme moi. Dès que j'aborderai le camp [ennemi], vous ferez ce que je ferai ; et quand je sonnerai de la trompette, vous en sonnerez aussi tout autour du camp, et vous direz : Pour l'Eternel et pour Gédéon ! »Et voici maintenant le récit de la bataille : Gédéon et sa poignée de kamikazes – que l’on pourrait appeler aussi têtes brûlées - arrivent en vue du camp adverse peu après minuit, juste après la relève de la garde. Ils sonnent de la trompette et fracassent leurs cruches… Tous tout les Madianites se mettent à courir, à pousser des cris et prennent la fuite… Dans la panique, ils s’entretuent ; les Hébreux n’ont plus qu’à terminer le travail. Voilà comment Gédéon et ses trois cents compagnons emportèrent une brillante victoire, pratiquement sans bouger, en sonnant de la trompette, en cassant de la vaisselle, en criant comme des allumés et en agitant des flambeaux !
Quel enseignement tirer de ce récit ? A aucun prix la victoire ne doit apparaître comme le résultat naturel du rapport des forces en présence. C’est Dieu qui donne la victoire. C'est pour cela que dès le début, Dieu avait dit à Gédéon : « Le peuple que tu as avec toi est trop nombreux… Il pourrait en tirer gloire contre moi et dire : c'est ma main qui m'a délivrée ! ». Dieu réduira donc les troupes de Gédéon à une poignée de combattants déterminés et choisis par lui-même. Une fois encore, le Seigneur livre les ennemis pour sauver son peuple.L'exemple de Gédéon n'est pas unique : Dieu est coutumier de ce procédé qui consiste à choisir ce qui est faible pour le rendre victorieux : Dieu avait besoin d’un père pour son peuple. Il choisit un vieillard, alors Abraham se leva. Il avait besoin d’un porte-parole devant Pharaon. Il choisit un timide qui bégayait, alors Moïse se leva. Il avait besoin d’un chef pour braver Goliath et conduire son peuple. Il choisit le plus petit, le plus jeune, alors David se leva. Frères et sœurs, tous ces récits sont destinés à nous rappeler que Dieu est puissant et secourable. Et il l'est encore de nos jours : tous ceux qui marchent avec lui et qui écoutent sa Parole remportent de grandes victoires. C'est ce qui nous est arrivé à nous aussi.N'avons-nous pas été délivrés de terribles ennemis qui nous opprimaient, nous maltraitaient et payaient bien mal notre service, puisque Paul dit que le salaire du péché, c'est la mort ? Dans sa grâce, Dieu est venu combattre avec nous. Pour nous, devrais-je dire, puisqu'en réalité, c'est lui qui a tout fait ! Que pouvions-nous espérer face à un Ennemi bien trop puissant ? Avec quelles armes aurions-nous pu le combattre ? Alors Dieu a mené le combat à notre place en la personne de son Fils. Jésus - dont Gédéon est une des préfigurations – paraissait, lui aussi, bien faible dans son état d'abaissement. Mais revêtu du Saint Esprit - Esprit de sagesse et de force -, il a mené un combat victorieux, résistant à toutes les tentations du diable, ne commettant jamais aucun péché, faisant preuve d'un amour et d'une obéissance sans faille jusqu'à la mort sur la croix. C'est ainsi qu'il a terrassé le redoutable Adversaire. Cette victoire, il nous l'a offerte et communiquée par l'Evangile. Par la foi en Jésus, nous avons obtenu le pardon des péchés. Nous avons été rachetés et déclarés saints ; ce qui se remarque à notre nouvelle façon de vivre. A présent, nous faisons le bien et fuyons le mal ; c'est la preuve de la libération que Jésus nous a offerte ! Donc, la victoire nous appartient, mais c'est à Dieu que nous la devons ! Nous sommes vainqueurs, mais c'est en Christ que nous le sommes. A lui soit la gloire ! Victorieux, nous le sommes aussi dans la vie de tous les jours : constamment nous sommes agressés par des épreuves, la maladie et d'autres ennemis encore. « Mais dans toutes ces choses – dit l’apôtre Paul - nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » (Rm 8, 37)
Frères et sœurs, retenons donc bien l'exemple de Gédéon et souvenons-nous de sa petite armée, de ses petits moyens, de son armement dérisoire et de la grande victoire qu'il a remportée grâce à Dieu !
II
Si Gédéon a remporté la victoire face au géant Madianite, c'est parce qu'il a fait confiance à Dieu et lui a obéi les yeux fermés ; c'est ce qui s'appelle marcher par la foi ! Nous avons évoqué ses doutes –légitimes- face aux demandes extravagantes de Dieu et sa stratégie d'opérette ! On a vu des commandos réussir des opérations audacieuses, mais que pouvait espérer Gédéon ? Sans expérience et avec si peu de moyens ? Imaginez le combat intérieur de cet homme : pouvait-on se fier aux promesses de Dieu ? N'allaient-ils pas tous se faire massacrer ?
En réalité, si vous connaissez votre histoire sainte, vous savez comment Gédéon fut préparé à sa mission. Tout d’abord, c’est un ange qui vient le trouver. Déjà, ça en jette ! Ensuite, pour preuve de sa vocation divine, il reçoit l’ordre de prendre son bâton et de toucher une offrande déposée sur un autel : l'offrande s'enflamme et se consume. Des trucs comme ça, n’importe quel pasteur en redemande. Ça regonfle bien la foi !
Par la suite, Gédéon mit carrément Dieu à l’épreuve : « Si tu veux délivrer Israël par ma main, comme tu l'as dit, voici, je vais étendre une toison de laine à l’endroit où l’on bat le blé. Si, durant la nuit, la rosée se dépose seulement sur la toison et que le sol, tout autour, reste sec, je serai convaincu que tu délivreras Israël par ma main, comme tu l'as dit. Et il arriva ainsi : au petit matin, le tissu était humide, et en l'essorant, Gédéon en a extrait une pleine coupe d'eau. » Encore plus fort : Gédéon voulut avoir une autre preuve ; l’inverse du phénomène précédent : que tout soit humide autour du tissu, mais que le tissu lui-même reste sec. Et le miracle se produisit (6, 36-40). Enfin, juste avant l'attaque, Dieu lui donna encore un signe : c’est le passage que nous avons entendu, au moment où les soldats se racontent leur rêve. Une miche de pain roulant à travers le camp et renversant leur tente. Selon eux, c'était l'annonce de la défaite. En somme, Gédéon sut, par la bouche même de l'ennemi, que Dieu lui accorderait la victoire. Il put se rendre compte que le moral de l’adversaire était au plus bas et qu'il soufflait un vent de défaite sur le camp adverse. Voyez donc que dans le même temps où Dieu demande des choses difficiles à croire, il fait aussi le nécessaire pour nourrir la confiance et le courage. Les signes accordés à Gédéon montrent la sollicitude de Dieu qui répond patiemment aux demandes les plus inattendues. Il accompagne son interlocuteur, dans le doute ou dans la foi.Chers amis ! Ce passage du Livre des Juges est une nouvelle démonstration de la toute puissance du Seigneur ! L’histoire de Gédéon doit nous encourager à faire confiance à Dieu en toutes circonstances. Sa foi lui a permis de délivrer Israël des Madianites. Pour nous, la foi nous délivre d'ennemis bien pires que ceux-là : du péché, de Satan et de la mort. Pour obtenir la victoire sur ces ennemis, il nous suffit de suivre la Parole à la lettre, dans ses avertissements et ses promesses. La suivre, d’autant plus que notre vieil homme s’insurge et fait des bonds ! « Que dit-elle donc? La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c'est la parole de la foi, que nous prêchons. Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car c'est en croyant du cœur qu'on parvient à la justice, et c'est en confessant de la bouche qu'on parvient au salut, selon ce que dit l'Écriture : Quiconque croit en lui ne sera point confus. » (Rm 10, 8-11).
Paul, que nous venons de citer, témoigne que cette justice offerte en Christ est bien plus une pierre d’achoppement pour le monde, un rocher de scandale.
L’Eglise de Jésus-Christ doit gérer ses propres doutes. On a dit que Gédéon pensait aller au casse-pipe avec ses trois-cents combattants. Mais que penser de notre paroisse avec ses trente cotisants ! Et encore, trente, je ne suis même pas certain qu’ils y soient… Comment envisager l’avenir sereinement quand on mesure (avec tristesse) la difficulté de l’engagement et du don, la faiblesse de nos moyens, la dispersion de nos priorités.
Frères et sœurs, il ne faut pas avoir honte quand ces pensées nous assaillent. Elles sont humaines. Même Gédéon a dit : ton plan pour la victoire Seigneur, à vue humaine, il ne vaut pas un clou (enfin, je paraphrase…)
A la question de Gédéon : si Dieu est avec nous, pourquoi tout cela ? aucune explication ou justification n’est opposée. La seule réponse sera : « Avec la force que tu as, va… » (6, 14). Ainsi, Dieu ouvre la perspective d’un avenir meilleur, garanti par la force de sa promesse : « Je serais avec toi ! »
La question de Gédéon est aussi la nôtre. Et la réponse est présente à presque toutes les pages de la Bible : l’infidélité du peuple de Dieu, sa tiédeur à mettre en pratique la Parole en sont la cause. Mais le Seigneur n’est pas un juge implacable : dans sa tendresse pour ses enfants, il propose des solutions et suscite des sauveurs pour les accomplir. Prions Dieu de continuer de fortifier notre foi, dans nos cœurs et dans cette communauté où il nous a placés. Jusqu'au jour où nous serons parvenus auprès de Lui dans l'éternité bienheureuse. En ce jour-là, il n'y aura plus de luttes ni de combats, mais une paix et un bonheur sans fin. Amen !

jeudi 5 juillet 2007

Si Dieu m'a Christ pour chef donné, Faut-il que je serve autre maître ? S'il m'a le pain vif ordonné, Faut-il du pain de mort repaître ?
S'il me veut sauver par sa dextre, Faut-il en mon bras me fier ? S'il est mon salut et mon être, Point n'en faut d'autre édifier.
S'il est mon seul et sûr espoir, Faut-il avoir autre espérance ? S'il est ma force et mon pouvoir Faut-il prendre ailleurs assurance ?
Et s'il est ma persévérance, Faut-il louer ma fermeté ? Et pour une belle apparence, Faut-il laisser la sûreté ?
Si ma vie est en Jésus-Christ, Faut-il la croire en cette cendre ? S'il m'a donné son saint écrit, Faut-il autre doctrine prendre ?
Si tel maître me daigne apprendre, Faut-il à autre école aller ? S'il me fait son vouloir entendre, Faut-il par crainte le celer ?
Si Dieu me nomme son enfant, Faut-il craindre à l'appeler père ? Si le monde me le défend, Faut-il qu'à son mal j'obtempère
Si son esprit en moi opère, Faut-il mon courage estimer ? Non, mais Dieu, qui partout impère*, Faut en tout voir, craindre et aimer.
Marguerite de Navarre
* impère : règne

samedi 23 juin 2007

Galates 1.11-24

17 juin 2007

Chers frères et sœurs,

La lettre de Paul aux Galates est, avant tout, une défense du vrai Evangile. Et la première chose que nous pouvons remarquer à cet égard est la similarité entre les v.1 et 12 du chapitre 1. Au v. 1, Paul défend son apostolat : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père, qui l'a ressuscité des morts ». Au v.12, il défend son Evangile : « car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus Christ. ». Paul n’a pas été fait apôtre par une décision humaine, et son Evangile n’est pas des hommes. Non, c’est Christ lui-même qui a appelé Paul à être son apôtre, et c’est Christ qui lui a révélé son Evangile.
Ces deux versets sont similaires, parce que l’authenticité de l’apostolat de Paul et la vérité de l’Evangile qu’il annonce tiennent ensemble. Si Paul n’est pas apôtre, sa prétention à l’autorité et la vérité de son message s’effondrent. Et si l’Evangile de Paul n’est qu’une idée humaine, il n’est pas vraiment apôtre.

La défense de Paul

Pourquoi Paul est-il ainsi sur la défensive ? Parce qu’on l’attaque ! Parce que, comme il le dit dans le v.7 « il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent altérer l'Évangile de Christ. ». Mais, pour changer l’Evangile, ces gens doivent miner l’autorité de Paul, qui a fondé les églises de Galatie et les a instruites. Et nous pouvons comprendre, en lisant entre les lignes, que ces gens remettent en cause l’apostolat de Paul. Puisqu’ils insistent sur la circoncision (5.2) et sur la Loi de Moïse (4.10), nous avons toutes les raisons de penser qu’il s’agit de chrétiens d’origine juive venus de Jérusalem et se réclamant de Pierre et de Jacques (2.9, 12). Pour eux, Paul n’est qu’un rajout tardif chez les apôtres, une sorte d’apôtre de seconde classe…Il n’a jamais été avec Jésus lors de son ministère terrestre, et le voilà à présent qui fonde des églises parmi les non-juifs en leur enseignant qu’ils ne sont pas sous le joug de la Loi cérémonielle et qu’ils n’ont pas à être circoncis !!


Alors, ces gens vont vers les Galates et leur disent : « Attention, Paul n’est pas un apôtre au vrai sens du terme, et l’Evangile qu’il prêche est adultéré ». Encore aujourd’hui, le meilleur moyen de dénigrer un message, est encore d’attaquer le caractère de celui qui l’apporte, et c’est cette situation qui explique la double défense de Paul : v.1 « Je suis un apôtre, autant que Pierre, car j’ai vu la Christ ressuscité, et c’est lui qui m’a envoyé prêcher en son nom » ; v.12 : « Mon Evangile est véridique, autant que celui de Pierre, car je ne l’ai pas appris auprès d’hommes, mais c’est Jésus lui-même qui me l’a transmis, comme il l’a fait pour les autres apôtres ».
Notons avec soin ici que le v.12 s’appuie sur le v.11 « Je vous déclare, frères, que l'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme; car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus Christ. ». Dans ce v.12, Paul défend la vérité de ce qu’il annonce. Son Evangile n’est pas une concoction humaine. Ce n’est pas sa version personnelle de ce qu’il a pu recevoir des apôtres de Jérusalem. Ce n’est pas « selon l’homme » ou ce « n’est pas le fruit d’une pensée humaine » (Semeur, v.12). Cela veut dire, premièrement, que l’Evangile de Paul n’a pas l’homme pour origine, mais Dieu. Il n’est pas venu du cerveau de Paul, mais du cœur de Dieu. En Rom 1.1, Paul parle ainsi de lui-même et de son message « Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l'Évangile de Dieu ». Mais je pense que Paul veut aussi nous dire que l’évangile qu’il annonce ne correspond pas aux inclinaisons du cœur humain. C’est ce que Paul implique en 6.12 « Ceux qui vous imposent la circoncision sont des gens qui veulent faire bonne figure devant les hommes. Ils n'ont qu'un seul but: éviter d'être persécutés à cause de la mort du Christ sur la croix ». En clair, leur « évangile » est selon l’homme, et correspond à ce que l’homme désire.

La vérité : elle existe, et elle est importante.

A présent, arrêtons-nous un instant, et méditons sur ce que nous venons de voir. Il y a deux questions centrales ici : l’autorité et la vérité, et nous devons y réfléchir car ce sont deux notions particulièrement remises en cause dans notre société, même et peut-être surtout dans l’Eglise. Deux messages sont en question : celui de Paul et celui des judaïsants. Un seul de ces évangiles est véridique, parce qu’il n’y a qu’un seul vrai évangile (v.7) et selon les v.8-9, c’est notre destinée éternelle qui est en question. Croire en le véritable évangile est la chose la plus importante pour chacun d’entre nous, et c’est pourquoi Paul ne nous laisse pas en paix : demeurez dans la vérité.


Et voilà une première leçon pour nous : nous, chrétiens, devrions être des gens pour lesquels la vérité est une chose importante. Il faut insister sur ce point, car notre société communique constamment le message contraire. On nous abreuve de l’idée selon laquelle toutes les opinions se valent, qu’une idée en vaut une autre, que c’est à chacun de voir et de décider pour lui-même. Au sein même de l’Eglise, le « pluralisme » est particulièrement célébré comme une source de richesse. Le « pluralisme » est ,en fait, la capacité à faire cohabiter des opinions absolument contradictoires en faisant semblant de croire qu’elles disent la même chose. Certains croient que la Bible est la Parole de Dieu et d’autres qu’elle n’est qu’un recueil de mythes ? Comme c’est stimulant pour la pensée ! Certains croient que Jésus est le seul chemin vers Dieu et d’autres que nous irons tous au paradis ? Mais enfin, vous ne voulez tout de même pas placer la foi chrétienne sous l’éteignoir du dogmatisme, j’espère ? Etc, etc…Tout est tolérable, sauf ceux qui ont le malheur d’être déclarés intolérants : voilà la seule hérésie qui vous attirera les foudres de l’inquisition moderne.

Et il est vrai que, pour les chrétiens attachés à Jésus et à l’autorité de la Parole, la tentation peut être grande de laisser filer, de s’accommoder de l’esprit du temps et de gagner l’approbation des autres. Et il est vrai que la bataille est rude, que parfois les sujets d’encouragements paraissent peu nombreux, que l’on a l’impression de perdre du terrain devant les forces de l’erreur et celles de sa meilleure alliée, l’indifférence. Et c’est là que certains sont tentés de baisser les bras et de se laisser emporter par le courant. Mais c’est là, aussi et surtout, que nous devons nous souvenir que l’Evangile auquel nous croyons n’est pas une vague philosophie humaine qui a fait son temps et que l’on peut abandonner pour passer à autre chose, mais qu’il est l’Evangile de Dieu, la vérité de Dieu, le message de Dieu, et que lui être fidèle, c’est être fidèle à notre Seigneur, quelque qu’en soit le prix. Je me souviens du pasteur Courthial, doyen de la faculté de théologie réformée d’Aix-en-Provence, qui aimait prendre en exemple Athanase, qui a été à un moment de l’histoire de l’Eglise le seul évêque (avec Hilaire de Poitiers) à confesser le dogme de la Trinité. Et le doyen nous disait « rappelez-vous toujours que celui qui est avec Dieu est la majorité, quand bien même il serait seul ».

Nous devons cesser de nous laisser intimider par l’esprit du temps. Nous sommes l’Eglise, le peuple de Dieu, le sel de la terre, la lumière du monde parce que la vérité importe pour nous, et cela dans toutes les sphères de nos vies. Nous n’avons pas à craindre la mentalité qui nous entoure et qui refuse le fait que les chrétiens prétendent posséder la vérité : « Quelle arrogance ! La vérité, ça n’existe pas, ça dépend de la vision de chacun ». Notez bien, d’ailleurs, que cela nous est présenté comme étant une vérité. En fait, après avoir eu de nombreuses discussions au cours de mes études avec des amis non-chrétiens, je suis persuadé que nous n’avons rien à craindre intellectuellement. Simplement, il faut oser les amener à éprouver leur propre vision du monde, tout comme ils éprouvent la nôtre. Et si l’on nous demande comment nous sommes sûrs que notre vision des choses est vraie, il faut demander à notre interlocuteur comment il est sûr que la sienne est vraie.

En réalité, nous nous rendons compte que peu de gens s’intéressent à la vérité. C’est une question qui, finalement, apparaît bien philosophique. Tout ça, c’est pour ceux qui ont le temps d’y penser. Est-ce qu’on paie son loyer et ses impôts avec la vérité ? Non. Alors, à quoi bon ? Mais le christianisme confronte l’homme avec une réalité bien différente. La vérité existe. Tu peux et tu dois la connaître, parce que c’est seulement en la connaissant que tu pourras être libre, que tu pourras vivre vraiment ta vie, que tu pourras trouver la vraie paix et le vrai bonheur. Et cette vérité n’est pas un concept, une idée, mais elle est une personne, Jésus de Nazareth, ton Sauveur, ton Roi et ton Ami, celui là même qui a dit « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
Nous rappeler que notre message n’est pas venu de l’homme, mais de Dieu, c'est aussi nous souvenir que nous ne sommes pas propriétaires de l’Evangile, comme nous pouvons être propriétaires d’un temple ou d’une collection de recueils de cantiques. Nous n’avons pas à enfermer l’Evangile dans nos carcans, nos régulations, nos préjugés et nos traditions. La Parole de Dieu est un feu, et l’Esprit souffle où il veut. Cela aussi, c’est reconnaître l’autorité de Dieu.
Pour terminer, je voudrais relire avec vous ce texte tiré de l’Evangile selon Matthieu (21.23-27) :


Jésus se rendit dans le temple, et, pendant qu'il enseignait, les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple vinrent lui dire: Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t'a donné cette autorité? Jésus leur répondit: Je vous adresserai aussi une question; et, si vous m'y répondez, je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses. Le baptême de Jean, d'où venait-il? Du ciel, ou des hommes? Mais ils raisonnèrent ainsi entre eux; Si nous répondons: Du ciel, il nous dira: Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui? Et si nous répondons: Des hommes, nous avons à craindre la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. Alors ils répondirent à Jésus: Nous ne savons. Et il leur dit à son tour: Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais ces choses.

Ce matin, je crois que Jésus nous pose un peu la même question : « cette Bonne Nouvelle que Paul prêche, celle du salut par la grâce au moyen de la foi, est-elle du ciel ou des hommes » ? Nous pouvons connaître la réponse, et la laisser illuminer nos vies. Que le Seigneur en soit béni.