dimanche 21 août 2011

LUC 16.1-9

 Sermon du pasteur François Poillet, 21 août 2011

Jésus dit aussi à ses disciples: «Un homme riche avait un intendant. On vint lui rapporter qu'il gaspillait ses biens.
2 Il l'appela et lui dit: 'Qu'est-ce que j'entends dire à ton sujet? Rends compte de ta gestion, car tu ne pourras plus gérer mes biens.'
3 L'intendant se dit en lui-même: 'Que vais-je faire, puisque mon maître m'enlève la gestion de ses biens? Travailler la terre? Je n'en ai pas la force. Mendier? J'en ai honte.
4 Je sais ce que je ferai pour qu'il y ait des gens qui m'accueillent chez eux quand je serai renvoyé de mon emploi.'
5 Il fit venir chacun des débiteurs de son maître et dit au premier: 'Combien dois-tu à mon maître?' 6 Je dois 100 tonneaux d'huile d'olive', répondit-il. Il lui dit: 'Voici ton reçu, assieds-toi vite et écris 50.'
7 Il dit ensuite à un autre: 'Et toi, combien dois-tu?' 'Je dois 100 mesures de blé', répondit-il. Et il lui dit: 'Voici ton reçu, écris 80.'
8 Le maître fit l'éloge de l'intendant malhonnête à cause de l'habileté dont il avait fait preuve. En effet, les enfants de ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leur génération que ne le sont les enfants de la lumière.
9 »Et moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin qu'ils vous accueillent dans les habitations éternelles lorsqu'elles viendront à vous manquer.




Frères et soeurs, aujourd’hui je vais vous parler de profits, de placements, de richesses et de gestion astucieuse ; je vais vous tenir le langage de ceux qui savent flairer les bonnes affaires et se remuer quand il s’agit de décrocher un marché. Une méditation qui trouvera d’ailleurs un écho particulier en ces jours de grande inquiétude, alors que les bourses européennes sont au bord du malaise et qu’une nouvelle crise financière ébranle les marchés internationaux… Le thème de notre message sera : Chrétiens soyez encore plus habiles que cet intendant malhonnête ! Examinons sa manière d’agir et voyons en quoi nous devons le surpasser !
Pour une fois, Jésus nous raconte une histoire très douteuse et en fait le fondement de son enseignement. De quoi s’agit-il? 

Nous avons affaire à quelqu’un qui va être licencié pour incompétence. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’employé, averti du sort qui l’attend, va se livrer à plusieurs manoeuvres malhonnêtes pour atténuer les conséquences de son licenciement. En réalité, il va se préparer un parachute doré ! Le voici qui se rend chez chaque client endetté et lui offre une remise importante. Il fait des largesses avec l’argent de son patron. Une dernière magouille qui pourra lui assurer un toit quand il se retrouvera sans emploi… On nous dit que l’intendant gaspillait les biens de son maître ; il est donc aussi rapide à distribuer ce qui ne lui appartient pas. Allez ! Reconnaissons-lui au moins trois qualités : il sait évaluer sa situation ; il ne manque pas d’habileté et ne traîne pas une seconde dans ses projets. Et Jésus de conclure : les incroyants sont plus avisés dans les affaires de ce monde que ne le sont les croyants avec les richesses du royaume. Et toc ! Alors oui, reconnaissons-le : cette parabole nous laisse un peu perplexes, d’autant que toute la leçon repose sur les agissements très discutables de cet employé si peu modèle : c’est l’apologie de la roublardise, la louange de l’escroquerie !
Mais voyons maintenant en quoi nous devons le surpasser. Je pense que tout le monde aura compris que Jésus ne nous invite pas à devenir malhonnêtes, ni à gérer nos difficultés par la tricherie ou la fraude. Le point de comparaison se situe au niveau de l’intelligence et de l’énergie dont a fait preuve le personnage.
Chaque jour, les journaux nous révèlent comment beaucoup de gens savent faire preuve d’imagination et même concevoir des coups vraiment tordus pour augmenter leur patrimoine et étendre leur pouvoir. Or, Jésus signale que les croyants eux-aussi possèdent des richesses, des avantages et des honneurs, mais ils ne sauraient pas les exploiter ! Il semble nous dire : vous qui possédez le ciel en héritage, ne devriez-vous pas vous montrer aussi entreprenant que ceux qui suent sang et eau pour les biens de ce monde ? Bien qui ne sont que passagers !
Frères et soeurs, nous aussi nous sommes les employés, si je puis dire, d’un maître très riche. Ce maître, c’est Dieu, le Père tout-puissant. Il nous a fait une place dans sa maison et a mis à notre disposition des biens de grandes valeurs : sa grâce, la vie et le salut en Jésus-Christ, avec tous les avantages que nous pouvons en tirer dès maintenant. Tous ces biens, Dieu les a déposés sur un compte qui s’appelle l’Evangile. Chacun de nous a procuration pour prélever de riches bénédictions. Dieu fait cela parce qu’il nous aime, et quand on aime, on est généreux.
Ce dépôt est semblable aux pots d’huile et de farine de la veuve de Sarepta : inépuisable ! Christ a suffisamment payé pour que rien ne manque, à aucun moment : son sacrifice, le don de sa vie donne à tous les titulaires les privilèges du royaume de Dieu. C’est le livre de compte rêvé de la ménagère, le budget idéal des foyers : jamais de fins de mois difficiles, aucun découvert… Nommons les actifs de ce plan divin. C’est avant tout le pardon en Jésus-Christ, pardon qui est semblable au plus génial des placements que jamais banquier ne pourra proposer ! Tous les pécheurs repentants le désirent, le recherchent car ils en tirent tous les jours des garanties qui apaisent et leur donnent de l’assurance devant Dieu. Avec cet avoir, plus rien ne peut les exposer à un déficit de grâce ni les séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Dans notre patrimoine céleste, citons aussi notre baptême qui est l’acte de notre rachat ; il nous délivre de notre ancien créancier qui en voulait mortellement à notre âme et nous donne le salut éternel ! Cette annulation de nos dettes, Dieu l’associe encore à la cène qui est la communion au corps et au sang de Christ, conformément à sa volonté, ainsi qu’à son absolution qui nous permet de sortir du temple aussi heureux qu’un gagnant de l’Euro-million…
Autre revenu de ce précieux placement : la prière. C’est l’activité la plus gratifiante qui soit puisqu’elle nous rappelle que Dieu n’est pas un Dieu mort, mais vivant ! Il veut qu’on lui parle car il entend et il écoute. Comme il est aussi un Dieu d’amour, il connaît nos cris de détresses et nos souffrances, et il descend promptement pour nous délivrer avec une grande force. Nous pourrions encore citer la communion fraternelle, et tout ce que Dieu nous donne comme sujets de joie lorsqu’on se retrouve entre frères et soeurs dans la foi… Et voyez, le Seigneur ressemble à ces parents qui, à Noël ou aux anniversaires, glissent un chèque à leurs enfants. Disons qu’ils leur offriraient bien un cadeau plus… personnel, mais ils leur disent : « Bon, voilà : vous vous offrirez ce qui vous fait plaisir – au moins, on est sûr de ne pas se tromper ». Et là, en tant qu’enfant, vous pouvez être confrontés à deux choix. Soit vous vous faites réellement plaisir en vous offrant un beau livre ou un manteau que vous n’auriez certainement pas payé ce prix là en temps normal, soit vous vous dites : je vais mettre l’argent sur mon épargne, bien au chaud et cela aidera éventuellement à finir le mois.
Je ne conteste pas cette prudence, surtout quand les finances sont réellement difficiles. Pourtant voyez : en agissant ainsi, d’une part vous ne retirerez aucun plaisir particulier de ce qu’on vous a donné, mais surtout vous ne pourrez pas dire à vos parents : « Tiens, avec l’argent que vous m’avez donné pour Noël, eh bien ! Je me suis acheté ce livre ou ce manteau… Et chaque fois que je le vois, je pense à vous… »
Frères et soeurs, nous sommes nombreux à être un peu frileux, comme cela, avec le compte pourtant bien approvisionné que le Seigneur nous a légué. Ce serait très encourageant pour tout le monde si les revenus de ce beau placement s’étalaient joyeusement autour de nous, sous l’action de l’Esprit saint !
Plutôt que d’épargner, ou de diluer le don reçu dans les dépenses courantes – de sorte qu’il n’en reste plus rien de concret, finalement – j’ai appris personnellement toute la valeur de savoir exprimer son contentement. En économie, cela s’appelle une augmentation du pouvoir d’achat. En Christ, cela s’appelle une augmentation du pouvoir de la foi ; ou, si vous préférez, la foi qui crée du bonheur autour de soi.
Et la parabole nous rappelle que cette quête d’une vie sainte et productive de richesses, pour soi et les autres, devrait nous occuper comme l’a été cet intendant qui, dans la crainte de manquer, a mis au point tout un plan pour assurer son avenir matériel. Regarde, nous dit l’Esprit, comme cet
homme a su prendre son agenda, ses livres de comptes, et se mettre en route pour faire le tour de tous les débiteurs de son ex-employeur ! Fais-moi plaisir : montre-moi chaque jour par de belles oeuvres ce que tu t’es offert avec mes trésors d’amour et de pardon. Fais-moi admirer les fruits qui ornent désormais le jardin de ta foi. Tu es un enfant de lumière, alors surpasse les enfants de ce monde ! Frères et soeurs, savons-nous tirer un grand profit des trésors de Dieu et les faire valoir pour nous-mêmes et pour les autres ? Aimons-nous encore plus que tout, le culte qui nous rassemble, le dimanche, autour de la parole, de la prière, de la louange et de l’amour fraternel ? Savons-nous tirer profit de nos cercles bibliques ? Et nous, qui aimons nos enfants, et qui courons chez le docteur dès qu’il s’agit de leur santé, savons-nous courir chez le pasteur pour leur santé éternelle ? Sommes-nous conscients de la beauté de notre message pour en donner envie à nos familles, nos voisins et tous ceux qui s’interrogent de nous voir fréquenter une église ? Savons-nous investir et faire de bons placements auprès de Dieu en mettant à son service une part de notre temps, de nos forces, de nos capacités, de nos offrandes ? Jésus semble dire : Voyez comme les gens de ce monde sont débrouillards et agités pour les biens éphémères de cette vie ; à combien plus forte raison, vous qui êtes les bénis de mon Père, devriez-vous faire valoir vos trésors et en multiplier les profits !
Le maître fit l’éloge de l’intendant malhonnête, nous dit-on. Répétons-le : il ne loue pas la malhonnêteté mais l’intelligence dont son employé a fait preuve pour assurer sans scrupule son avenir. Jésus nous montre en passant que l’intelligence n’est pas un privilège réservé au monde et dont les chrétiens seraient dépourvus ! En reconnaissant clairement sa situation, la brièveté du temps à sa disposition, l’intendant avait prouvé son intelligence. Et il avait agit en conséquence !
Suivant son exemple, supprimons toutes nos paresses et nos indécisions dans nos travaux pour le Seigneur, et remplaçons-les par la clairvoyance, le sens des décisions, l’ingéniosité, les réflexes appropriés, en un mot : l’intelligence !
Il n’est pas permis aux enfants de lumière de se tromper sur eux-mêmes. La marche de l’Eglise, le fonctionnement de notre paroisse, tout ce que nous voulons entreprendre pour qu’elle grandisse et que chacun s’y sente bien, est-ce que tout cela n’exige pas autant de réalisme, d’intelligence et d’engagement que toutes les associations de ce monde auxquelles nous savons aussi donner de notre temps ? Jésus savait pourquoi il insistait tellement sur cette nécessité.
Chers amis, nous savons que le Seigneur n’est pas qu’un donneur de leçons. Il est précisément celui qui a aussi les moyens de faire de nous de bons gestionnaires des trésors de son royaume. Demandons-le lui, avec une grande confiance.
Amen !

dimanche 14 août 2011

MATTHIEU 15.21-28

21 Jésus partit de là et se retira dans le territoire de Tyr et de Sidon. 22 Alors une femme cananéenne qui venait de cette région lui cria: «Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon.»
23 Il ne lui répondit pas un mot; ses disciples s'approchèrent et lui demandèrent: «Renvoie-la, car elle crie derrière nous.» 24 Il répondit: «Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la communauté d'Israël.»
25 Mais elle vint se prosterner devant lui et dit: «Seigneur, secours-moi!» 26 Il répondit: «Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.» 27 «Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.»
28 Alors Jésus lui dit: «Femme, ta foi est grande. Sois traitée conformément à ton désir.» A partir de ce moment, sa fille fut guérie.




Chers frères et soeurs en Jésus-Christ,
chers amis,

En 1931, Charlie Chaplin fut la vedette du film « City Lights », dont le titre a été traduit en français par « Les Lumières de la Ville ». Chaplin joue le rôle d'un clochard errant dans les rues d'une grande ville. Il rencontre une jeune femme aveugle qui vend des fleurs au coin d'une rue et tombe amoureux d'elle. La pauvre aveugle croit qu'il est un millionnaire. Le clochard ne veut pas la décevoir et trouve tous les petit boulots possibles pour récolter l'argent qui rendra possible l'opération dont son aimée a besoin pour retrouver la vue. Plus tard, il sauve du suicide un millionnaire qui, pour le remercier lui donne 1000 $. Hélas, le millionnaire était saoûl à ce moment là et quand il émerge de son ivresse, il ne se souvient de rien et accuse le clochard de vol. Avant d'être arrêté, Charlot a le temps de donner l'argent à la jeune fille.
La fin du film est considéré comme un des moments les plus émouvants du cinéma mondial. Sorti de prison, le clochard retourne dans la rue où se trouvait la jeune fille et réalise qu'elle a ouvert un magasin de fleurs avec sa grand-mère. Chaque fois qu'un homme riche s'arrête au magasin, la jeune femme se demande s'il ne s'agit pas de son bienfaiteur. Charlot ramasse une fleur au sol, mais elle tombe en morceaux. Les deux femmes rient de l'aspect pitoyable du pauvre homme. La jeune fille lui tend une nouvelle fleur mais, quand elle touche sa main, elle réalise que c'est celle de l'homme qui l'aimait et lui avait permis de retrouver la vue.
Charlot: « alors, vous pouvez voir maintenant? »
et l'ex-aveugle répond: « oui, maintenant je peux voir ».


Le clochard n'était qu'une pauvre chose, dévalorisée et méprisée par ceux qui le voyaient. Tout le monde pensait que ce pauvre, ce sans-abri, était un bon à rien et les enfants se moquaient de lui. Même la jeune fille se moque de lui quand elle voit pour le première fois ses vêtements rapés, son attitude gauche. Personne ne semblait pouvoir aller au-delà de l'apparence, ils étaient incapables de voir l'être intérieur, celui d'un homme qui aimaitet aidait les autres, dont la générosité a permis à l'aveugle de voir de nouveau, qui voulait juste être aimé et accepté.

Une femme s'approche de Jésus, et elle n'est traité qu'avec mépris. C'est une cananéenne, une païenne immorale et impure aux yeux des juifs. A éviter à tout prix.
Elle suit Jésus en criant “ Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David!!”. Imaginez la scène. 13 hommes juifs (au moins) avec à leurs basques cette païenne qui crie, qui supplie, qui fait un boucan du diable. Dans la rue, les gens se retournent: qu'est-ce qui se passe?? Vous pouvez imaginer les disciples s'adresser à la femme “Maintenant tu arrêtes! Tu n'as donc aucune dignité pour te comporter comme ça? Tu nous déranges, tu déranges le maître et tu nous a l'air bien dérangée toi-même! On n'a rien à faire avec toi, et Jésus encore moins!”
Clairement, les disciples voient la femme comme les gens voyaient le clochard dans le film de Chaplin. Mais la femme passe par dessus tout ça, et elle continue à cherche à atteindre celui qui peut l'aider.
Ils continuent à marcher. Jésus ne dit rien. Ses disciples lui demandent de renvoyer cette créature. Enfin, Jésus répond, sans doute plus en direction des disciples que de la femme: “pourquoi devrais-je l'aider? Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues du peuple d'Israël et elle n'est pas juive”.
La femme a peut-être entendu ces mots, mais encore une fois, elle ne se décourage pas. Elle se jette aux pieds de Jésus et crie “Jésus, aide-moi!”
Jésus répond “je suis venu pour mon propre peuple. Tu es une cananéenne, une ennemie des juifs. Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.”
Voilà des paroles que nous avons du mal à entendre dans la bouche de Jésus. Dans la culture de l'époque, les chiens étaient vraiment des animaux méprisés, et traiter quelqu'un de chien était une insulte.
Après un tel coup, la cananéene aurait très bien pu dire “bon d'accord, j'ai compris. Mes espoirs étaient vains. Il n'y a rien pour moi ici. Je m'en vais”.
Mais rien n'arrête cette femme. Elle sait très bien qu'elle a franchi toutes barrières, tous les tabous religieux, ethniques, sociaux. Elle sait bien qu'elle ne rencontre que du mépris et elle n'en a rien à faire. Elle a besoin d'aide et est déterminée à la trouver où elle est.
Avec une bel esprit, elle répond à Jésus: “d'accord, je suis un chien, au mieux un chien domestique. Mais même ces chiens reçoivent les restes de la table de leur maître”. En d'autres termes “la seule chose que je sais, c'est que j'ai besoin d'aide et que je suis prête comme les chiens à attendre que tout le monde est fini avant de pouvoir manger. Je ne suis personne, je ne suis pas importante, mais toi Jésus, tu peux m'aider. Tu peux même m'insulter, mais aide moi, je t'en prie!”
Alors Jésus reconnaît que la foi de la femme est grande et il guérit sa fille.
Pourquoi Jésus parle t'il d'une “grande foi”? Il y a plusieurs raisons.
Premièrement, elle savait que Jésus n'avait aucune obligation envers elle. Elle savait qu'elle était une cananéenne, une païenne, une femme. Elle savait que Jésus n'avait pas à lui répondre, mais cela ne faisait aucune différence pour elle. Elle avait besoin d'aide et rien n'allait pouvoir l'arrêter.
Deuxièmement, la femme montre sa foi par sa persistance. Même quand tout est fait pour la décourager, elle continue, elle persévère, même lorsqu'elle est
“éprouvée” par Jésus.
Troisièmement; nous voyons aussi beaucoup d'amour en cette femme, et la foi va avec l'amour. Amour pour sa fille en l'occurrence, qui est la raison pour laquelle elle s'approche de Jésus et s'y accroche.
Et enfin, la foi de la femme est aussi caractérisée par sa grande humilité. Elle est prête à se comparer à un chien.
Jésus a devant lui une femme païenne agenouillée et implorante, donnant un spectacle que ses disciples trouvent sans doute révulsant. Mais le Seigneur voit qu'il y a bien plus que cela sous cette apparence, comme pour le clochard. Au delà de l'apparence, au delà des tabous, Jésus voit une femme remplie d'amour, une femme déterminée, une foi dont la foi ne regarde plus qu'à lui et à ce qu'il peut faire pour sa fille. “Femme, ta foi est grande”

Il y a plusieurs années, j'ai fait partie d'un petit groupe de formateurs dans un séminaire. Un de mes collègues a commencé sa session en montrant un billet de 100 euros. “Qui aimerait avoir ce billet?”
Plusieurs mains se levèrent.
Puis il froissa le billet et demanda “qui veut 100 euros?”
De nouveau, des mains levées
Alors, l'animateur jeta le billet au sol et le foula du pied.
“Encore des amateurs?”
Là encore des mains levées
“nous venons donc d'apprendre une leçon. Peu importe ce qui est arrivé à ce billet, vous continuez à le vouloir, parce que sa valeur, elle, n'a pas changé. Nous aussi, il y a des fois dans nos vies où nous allons être froissés, jetés au sol et piétinés à cause de nos fautes, de celles des autres ou par l'enchaînement de la vie. Mais, même lorsque cela arrive, vous ne perdrez jamais votre valeur, et elle est inestimable”.
Il avait raison. Nous avons un prix infini aux yeux de Dieu. Chacun d'entre nous est une création de Dieu, aimée de Dieu et que le Père veut sauver de sa folie et de son péché par Jésus, son Fils.
Nous avons tous en tête je pense, ces paroles de la Bible où Dieu nous promet qu'il ne nous oubliera jamais et que son bras se déploiera pour nous aider. Nous savons que l'Esprit intercède pour nous et que Dieu sait ce dont nous avons besoin. Nous savons que nos fautes et notre indignité ne diminuent jamais l'amour profond que le Père a pour nous. En fait, son coeur se déverse encore plus pour nous lorsque nous avons plus particulièrement besoin de son secours.
Alors, si nous savons que tout ceci est vrai, pourquoi mettons-nous souvent si longtemps à aller chercher de l'aide là où nous avons que nous pouvons la trouver? Pourquoi continuons-nous à nous battre seuls contre nos problèmes? Parce que nous sommes trop fiers pour reconnaître que nous avons besoin d'aide? Parce que nous avons peur d'être tourné en ridicule lorsque nous disons que nous faisons confiance à Dieu pour nous aider? Est-ce que nous nourrissons cette idée tordue selon laquelle Dieu nous bombarde d'épreuves et que nous devons nous en sortir seuls?

Frères et soeurs, la façon dont nous faisons face à nos problèmes indique bien où nous mettons notre foi. Si nous croyons que Jésus-Christ tient les clés de notre existence, qu'il est vivant et capable de faire la différence, que rien n'est hors de sa portée, alors, c'est vers lui que nous irons en premier, avant toute chose.
L'évangile de ce matin n'est pas qu'une belle histoire qui s'est passée il y a des siècles. Le Jésus dont la Bible rend témoignage n'a pas changé. Il veut toucher vos vies et la mienne, toute nos vies, tous les jours.
Il aurait pu passer devant nous, ne voyant que notre péché, notre radicale stupidité. Il aurait pu détourner son regard de nous, comme nous le faisons parfois des clochards dans la rue. Mais il regarde en face notre faiblesse, notre douleur parfois et même notre manque de confiance en lui. Tout cela, il le voit même mieux que nous, et cela ne nous empêche pas de nous aimer.
La foi de la femme lui a permis de reconnaître en Jésus le seul qui pourrait et voudrait aider sa fille, et sa foi lui a donné l'audace et la persévérance dont elle avait besoin.
Comme la cananéenne, nous avons aussi besoin d'être aidés, d'être aimés. Jésus nous invite aujourd'hui à lui faire confiance et à faire appel à lui. Sa mort expiatoire nous permet de de lui présenter toutes nos requêtes. Le clochard de Chaplin vivait dans les lumières de la ville, mais avec Christ nous pouvons recevoir la lumière de la vie. Croyons en la promesse de Christ, notre Seigneur et notre Dieu: il va nous aider.

dimanche 7 août 2011

1 ROIS 19.9-18

autres textes: Romains 9.1-5, Matthieu 14.22-33




Deux récits nous sont proposés ce dimanche pour notre méditation. L'un des deux est un épisode de la vie du prophète Elie. Il y a du vent, un grand tremblement de terre, du feu. De quoi faire peur. Le second récit est celui, bien connu, où Jésus marche sur les eaux. Les disciples sont dans un bateau sur le lac, une tempête s'élève, la barque manque de chavirer. Là aussi, on a peur.

Nous allons voir successivement ces deux récits, en commençant par celui de la tempête. Nous allons examiner plus particulièrement les réactions de deux hommes qui se trouvent pris dans ces dangers. D'abord Pierre, ensuite Elie. Et nous essayerons de tirer quelques conclusions valables pour nous.

Dans l'épisode précédent, Jésus a multiplié des pains et des poissons, il les a distribués aux gens d'une grande foule — on parle de cinq mille hommes — qui était venue l'écouter. Jésus ordonne à ses disciples de partir avant lui pour traverser le lac. Il reste seul, il monte au sommet d'une de ces collines de Galilée et là il prie. Tout est calme là haut, Jésus a tout le loisir de parler avec Dieu, son Père et le nôtre. Mais en bas, c'est le contraire. Le vent s'est levé, les vagues bousculent la barque, les disciples sont en danger.

On retrouve ici le symbolisme biblique. Dans l'Ancien Testament, l'eau de source, l'eau des rivières et des fleuves est un symbole de vie. Il faut de l'eau pour vivre. Mais l'eau en masse, l'eau des mers et des lacs est, au contraire, un symbole de mort. Si on y tombe, on se noie, on meurt. En hébreu, le même mot désigne à la fois la mer et le lac. Matthieu emploie le mot mer, mais en réalité c'est un lac, le lac de Génésareth ou de Kinéreth. Le danger que représente l'eau du lac est renforcé par le vent de tempête. L'eau, les vagues plus le vent, c'est un mélange maléfique où les disciples risquent de perdre la vie. Alors il est d'autant plus étonnant que Jésus marche sur les eaux. Il y a marché sans enfoncer, sans mourir. On peut y voir un autre symbole : si Jésus peut marcher sur l'eau, cela veut dire qu'il domine le mal. Il surmonte le mal, il est plus fort que le mal.

Pierre est dans la barque, avec ses collègues disciples. Les autres poussent des cris de frayeur, parce qu'ils croient voir un fantôme. Mais Pierre, sans doute plus audacieux que les autres, veut aussi marcher sur l'eau du lac. Il veut faire comme Jésus. Il veut se mettre à la même place que Jésus. On peut dire qu'il veut se mettre à la même place que Dieu, car Dieu seul domine les eaux. Personne ne demandait à Pierre de marcher sur l'eau. Aujourd'hui, on peut glisser sur l'eau, cela s'appelle du ski nautique. Mais ce genre de sport n'existe pas du temps de Jésus. Pierre commet un acte inutile, un acte absurde, puisqu'il ne sert à rien.

Jésus le laisse faire. Il lui dit : "Viens !". Jésus ne s'oppose pas au désir insensé de Pierre. Au contraire, il l'invite à venir le rejoindre à la surface de l'eau. Jésus permet à Pierre de faire ses expériences. Celle-là sera une expérience malheureuse, elle a failli se terminer par la noyade. Pierre en sera quitte pour la peur. Parfois Dieu nous laisse faire aussi nos expériences. On apprend la vie à coups de réussites et d'échecs, et il y a des échecs coûteux. Mais Dieu nous éduque comme on éduque des enfants. Ils apprennent par eux-mêmes qu'on ne peut pas tout faire.

Pierre s'est exposé pour rien. Il a failli se détruire. Il a manqué de foi. Une traductrice de Matthieu, sœur Jeanne d'Arc, dit que Pierre est un minicroyant. Le mot est assez joli. Il dit bien les dispositions de Pierre. Pierre n'a peut-être pas manqué de foi pour se tenir debout sur l'eau. Mais il n'a pas attendu que Dieu lui demande de le faire. Il n'a pas reçu de mission particulière. Dieu ne l'a pas lancé dans une aventure difficile. Il a voulu tout faire par lui-même. Son manque de foi, c'est d'avoir voulu agir sans avoir reçu vocation de Dieu, sans que Dieu lui commande quoi que ce soit. Il s'est lancé sans Dieu et il a fallu que Jésus rattrape sa bêtise au dernier moment.

Elie (mosaïque de Ravenne)

Voilà pour Pierre. Voyons maintenant ce qui se passe pour Elie. Nous sommes au neuvième siècle avant notre ère. Le paganisme a envahi le royaume d'Israël, le royaume qui s'est formé au nord après la rupture avec les descendants de David, qui règnent dans Juda, le royaume du sud. Le roi Akhab et sa femme Jézabel donnent le mauvais exemple. Le prophète Elie lutte de toutes ses forces contre la religion. Il veut ramener la population à la foi en Dieu, le Seigneur des Israélites. Mais la reine le prend en haine. Elle veut le faire tuer. Elie est obligé de s'enfuir pour échapper à la police. Il voyage vers le mont Horeb, l'autre nom du mont Sinaï, là où Dieu avait fait alliance avec Israël. Là, il rencontre Dieu.

Cette rencontre a lieu de façon bizarre. Elie se tient à l'entrée d'une caverne. Il se passe des phénomènes terrifiants. D'abord un vent extrêmement violent. Un vent tellement fort qu'il casse les rochers dans la montagne. Puis un tremblement de terre comme il y en a dans cette région volcanique. Elie pourrait très bien être enseveli sous un pan de montagne qui s'écroule. Et puis du feu. Cette fois, Elie risque de brûler. Mais Dieu n'est ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Il est ailleurs. A ce moment une voix se fait entendre. On a du mal à traduire l'expression qui l'annonce. "Le bruissement d'un souffle ténu", dit la Traduction Œcuménique. La traduction du Rabbinat français a compris : "Un doux et subtil murmure". Quelque chose d'indéfinissable. Mais Elie reconnaît la voix de Dieu, qui lui parle. Le Seigneur lui donne des ordres. Elie doit repartir, il doit quitter la montagne et retourner d'où il vient. Il doit désigner un certain Hazaël comme roi de Syrie, un nommé Jéhu comme roi d'Israël, en versant de l'huile sur leur tête. Il doit aussi désigner son successeur, Elisée, qui sera prophète après lui.

Voilà la mission qu'Elie reçoit de Dieu. Elle n'est pas sans danger. Elie doit se rendre en Israël pour oindre Jéhu, mais là il peut très bien rencontrer ses ennemis, qui le tueront. Il fera le voyage de Syrie, mais le futur roi Hazaël ne croit pas en Dieu. Il peut bien se demander ce que vient faire chez lui le prophète d'un dieu inconnu, il peut le chasser avant qu'Elie puisse remplir sa mission.

Oui, Elie court des dangers, et il le sait. Mais en acceptant de les affronter, il prépare l'avenir. Jéhu, le futur roi d'Israël, luttera contre les usurpateurs et contre la religion. En tant que roi, il travaillera dans le même sens que le prophète Elie. Un nouveau roi, une dynastie nouvelle, signifient aussi une autre politique. Dans cette population gouvernée autrement, il y aura les sept mille hommes dont Dieu parle à Elie et qui, eux au moins, ne se sont pas salis au contact de la religion. Elie va préparer un nouvel avenir pour son pays. Il était arrivé au mont Horeb découragé, brisé par son échec à vaincre la religion. Mais sa mission sera également un nouvel avenir pour lui. Tout va changer.

Nos deux récits, celui de Matthieu avec Pierre, qui veut marcher sur l'eau, et celui avec Elie, que Dieu remet en route, ces deux récits nous parlent d'une lutte. Avec Pierre, c'est la lutte contre la tempête. Pierre veut rejoindre Jésus, il veut être plus fort que le vent et les vagues furieuses. Mais il le fait sans avoir reçu l'ordre de Dieu. Il le fait sans cette foi qui serait attente des instructions de Dieu, sans que rien lui ait été commandé. Et naturellement c'est un échec lamentable. Quand on veut agir par soi-même, c'est raté…

Par contre, avec Elie, on a un homme qui a perdu son enthousiasme du début. Il ne se sent plus apte à continuer son combat contre le paganisme, contre la religion. Il croit qu'il n'y a plus rien à faire. Mais c'est juste à ce moment-là, quand Elie est en plein désarroi, quand il ne compte plus sur lui
-même, que Dieu lui donne une autre mission. Ou bien c'est la même mission sous une autre forme. Le prophète Elie prend Dieu au mot, il lui fait confiance. La suite du récit sur Elie montrera qu'il réussira. Il n'a rien fait de lui-même, il a écouté la Parole du Seigneur, il a cru, il a su que le Seigneur était avec lui. Et il a réalisé quelque chose de positif, quelque chose de valable pour la suite de l'histoire de son pays.

Elie le prophète et Pierre le disciple nous donnent deux exemples en sens inverse de deux attitudes possibles dans nos relations avec le monde et avec Dieu. Dans le monde, il y a souvent quelque chose qui ressemble à des tempêtes. Il y a souvent des forces destructrices qui se déchaînent, qui causent des ravages et qui tuent des hommes. Il y a toujours aussi des éléments qui ressemblent au paganisme que le prophète Elie combattait.

Devant ces distorsions de l'humanité, nous pouvons rester passifs. C'est la solution de paresse, qui se cherche de bonnes raisons. Nous pouvons essayer de lutter par nous-mêmes. Nous nous jetons à l'eau comme Pierre. Mais nous nous apercevons vite que les forces que nous affrontons nous dépassent. Comment affronter les défis auxquels l'Eglise doit faire face, nos propres problèmes, les grandes questions de notre temps? Nous prenons peur, comme Pierre, et nous commençons à couler, au moins moralement. C'est raté...

Nous pouvons aussi nous dire que Dieu ne supporte pas ces débordements qui vont contre son projet pour le monde. Nous pouvons comprendre que nous sommes engagés avec lui dans une lutte qui rejoint celle d'Elie. Nos moyens sont faibles, nous le savons. Nous savons que le Seigneur ne compte pas sur nos forces, mais que nous devons apprendre à compter sur les siennes. Ce que nous ferons ne sera pas notre entreprise, mais l'entreprise du Seigneur. Et lui, le Seigneur, donnera à ce que nous essayerons de faire le succès qu'il voudra.

dimanche 31 juillet 2011

ESAIE 55.1-13



Vous tous qui avez soif, venez vers l'eau, même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer! 2 Pourquoi dépensez-vous de l'argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Ecoutez-moi vraiment et vous mangerez ce qui est bon, vous savourerez des plats succulents.
3 Tendez l'oreille et venez à moi, écoutez donc et vous vivrez! Je conclurai avec vous une alliance éternelle *pour vous assurer les grâces promises à David.
4 Je l'ai établi comme un témoin pour les peuples, comme un guide et un chef pour eux.
5 Tu appelleras des nations que tu ne connais pas, et des nations qui ne te connaissent pas accourront vers toi à cause de l'Eternel, ton Dieu, du Saint d'Israël, parce qu'il te donne sa splendeur. 6 Recherchez l'Eternel pendant qu'il se laisse trouver! Faites appel à lui tant qu'il est près!
7 Que le méchant abandonne sa voie, et l'homme injuste ses pensées! Qu'il retourne à l'Eternel: il aura compassion de lui. Qu'il retourne à notre Dieu, car il pardonne abondamment.
8 En effet, vos pensées ne sont pas mes pensées et mes voies ne sont pas vos voies, déclare l'Eternel. 9 Le ciel est bien plus haut que la terre. De même, mes voies sont bien au-dessus de vos voies, et mes pensées bien au-dessus de vos pensées.
10 La pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et avoir fait germer ses plantes, sans avoir *fourni de la semence au semeur et du pain à celui qui mange.
11 Il en va de même pour ma parole, celle qui sort de ma bouche: elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire et rempli la mission que je lui ai confiée.
12 Oui, vous sortirez dans la joie et vous serez conduits dans la paix. Les montagnes et les collines éclateront en cris de joie devant vous et tous les arbres de la campagne battront des mains. 13 Au lieu des buissons épineux poussera le cyprès, au lieu de l'ortie poussera le myrte, et cela contribuera à la réputation de l'Eternel, ce sera un signe éternel qui ne disparaîtra jamais.

Chers frères et soeurs,

chers amis,

Est-ce que je peux vous faire une confidence? Le texte que nous venons de lire est un de mes passages favoris dans la Bible. En fait, il contient une phrase qui m'a toujours intrigué depuis que je l'ai lue pour la première fois: « les armes de la campagne battront des mains ».
Cette expression, je la trouve formidable. Bien sûr, elle nous apprend qu'il est quand même ridicule d'interpréter de façon littérale toute la Bible. Après tout, à ma connaissance, il n'y a que dans le livre de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, qu'il existe des arbres qui ont des mains (et des pieds d'ailleurs). Ceci dit, je doute que le prophète Esaïe avait lu Le Seigneur des Anneaux, donc il faut aller chercher l'explication ailleurs.
Esaïe s'adresse à des juifs exilés (déportés) à Babylone après la défaite de leur pays. Il annonce un futur que Dieu va bâtir, un futur de joie, une joie tellement intense, tellement englobante que pour la décrire il faut imaginer que même les arbres battront des mains et que les collines pousseront des cris d'allégresse. 

 

Et cela me fait réfléchir sur le rôle de la joie dans notre foi. Il y a quelques semaines, lors de notre cercle biblique à Melle, nous avons étudié le récit du jour de la Pentecôte. Vous vous souvenez sans doute qu'à un moment, Pierre assure aux gens que les disciples, qui viennent de recevoir l'esprit saint, ne sont pas saouls, car il n'est que 9 heures du matin. Et je dois bien vous dire que cette remarque de l'apôtre nous a fait bien rire, tant elle semble décalée par rapport à l'évènement. Un certain christianisme a toujours eu un problème avec le rire, avec la joie. Dans le film Le Nom de la Rose, le bibliothécaire du monastère fustige ses moines qui ont été pris d'une crise de rire:
« un moine ne doit pas rire car seul rit le crétin...le rire est un souffle diabolique qui déforme les traits et fait ressembler l'homme au singe.
-les singes ne rient pas. Le rire est le propre de l'homme répond le franciscain Guillaume de Baskerville
-comme le péché rétorque l'abbé, le Christ n'a jamais ri »
-est-ce une certitude?
-rien dans les Ecritures n'établit qu'il ait ri
-rien dans les Ecritures n'établit qu'il n'ait pas ri! »

En l'occurence, il me semble difficile de lire les Evangiles et de concevoir un Jésus qui n'ait pas ri. Méfiez-vous de ceux qui ne croient pas en un Christ riant...

Hélas, il est vrai que trop de chrétiens ont cru que le sentiment de joie et une foi sérieuse étaient incompatibles. C'est déjà une erreur, et elle est en plus presque toujours accompagnée d'un esprit légaliste, un esprit de jugement.

Cette image de sévère austérité reste collée à l'Eglise. Quand on demande aux gens de décrire les chrétiens, le premier adjectif qui leur vient en tête est « judgemental »: « celui qui juge les autres ».
Cela est sans doute en partie injuste. Cela est aussi sans doute mérité, nous devons l'admettre. Le drame du christianisme est d'être devenu une religion, alors qu'il était à l'origine une relation avec Dieu. Or, le propre de la religion, c'est de préférer connaître ce qui est bien et ce qui est mal plutôt que de connaître Dieu.

Cela, le théologien Dietrich Bonhoeffer l'avait bien compris. Dans un de ces livres, il suggère que le péché originel a été de préférer la connaissance du bien et du mal à la connaissance de Dieu. Vous voyez, il y avait deux arbres très important dans le jardin d'Eden: le serpent a dit à Adam et Eve de goûter au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal pour devenir comme Dieu. Mais il y avait un autre arbre. L'arbre de vie. Et pourtant, nous avons choisi d'abandonner la connaissance de Dieu pour la connaissance du bien et du mal. C'est ce que Boenhoffer appelle la « chute ascendante ».

Nous avons choisi de nous éloigner de Dieu, de ne plus le mettre au centre, mais de nous y placer nous-mêmes. Car à partir du moment où l'humain connaît le bien et le mal, il n'a plus d'excuses, il se retrouve condamné, parce qu'il sait ce qui est bien et il fait ce qui est mal. Et je pense que c'est cette conscience de la faute qui a créé cette religiosité du jugement. Parce que, soyons honnêtes, il est quand même plus facile de juger les péchés des autres que de nous repentir des nôtres. Et pourtant, qu'ils sont difficiles à supporter tous ceux qui voit la paille dans l'oeil de leur voisin sans prendre garde à la poutre qu'ils ont dans leur oeil!
Cet esprit de jugement, nous tendons même à l'attribuer à Dieu. Combien de gens n'ont-ils pas été élevés dans l'idée d'un Dieu qui ne serait qu'un terrible Père Fouettard cosmique? Combien sont-ils à avoir quitté l'Eglise à cause de cette horrible et fausse idole?
Cette idée, elle peut même influencer la façon dont nous lisons la Bible. Pensez par exemple à la parabole du semeur, qui a été lue dans nos cultes il y a quelques semaines seulement. Il est facile de la lire comme la parabole des terrains. Selon ce que le terrain produit, nous sommes portés au jugement. Mais l'idée maîtresse de cette parabole n'en reste pas moins que Dieu sème sa parole d'amour et de réconciliation à pleines brassées, sans limitations. Lire la parabole ainsi, c'est faire le choix d'une lecture de la joie.

Frères et soeurs, notre vie est trop courte, trop sacrée, trop cruelle parfois aussi pour que nous nous permettions de faire l'impasse sur la joie. Dans les ateliers de relation d'aide, on pousse les gens à se découvrir eux-mêmes, et une question qui est souvent posée est « est-ce que vous préférez être heureux ou avoir toujours raison? »
Parfois, nous voulons tellement avoir raison que nous en oublions la joie. C'est typique de tous ces chrétiens qui ont la certitude d'être toujours dans le vrai, que ce soit les fondamentalistes du Sud des USA ou des libéraux progressistes arrogants, peu importe: ces gens se prennent tellement au sérieux qu'ils n'ont plus le temps de s'ouvrir à la joie. Je ne suis pas en train de vous dire que la vérité et la joie sont deux choses incompatibles. Mais il faut aussi se rappeler que seuls Dieu et sa Parole ont toujours raison. Que cela nous laisse de temps pour être joyeux.

En parlant d'avoir raison: vous savez; parfois, les traducteurs de nos Bibles sont amenés à faire des choix. C'est ainis qu'au verset 11, Dieu évoque sa parole qui « ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire »
En fait, le mot hébreu qui est traduit par « ce que je désire » (mon plan) peut être rendu d'une autre façon, comme le fait la Bible Darby: « elle ne reviendra pas à moi sans effet, mais fera ce qui est mon plaisir ».
Mon plaisir, ce qui fait mes délices...ma joie!
Et je pense que compte-tenu de l'éclat général de ce passage, de son foisonnement, cette traduction doit être préférée, car elle cadre mieux. Dieu assure qu'il va mener son projet à terme, malgré l'exil, malgré la défaite, il va quand même, au moment voulu, envoyer le Sauveur qu'il a promis: Jésus-Christ. Jésus, qui comme va venir nous libérer comme Dieu va libérer les exilés de Babylone. Jésus qui va venir nous nourrir de son corps et de son sang, comme Dieu promet aux exilés des plats succulents. Et il va le faire, pas seulement parce que c'est ce qu'il a décidé, mais parce que cette oeuvre lui apporte de la joie.

Et bien sûr, une question se pose: comment les exilés à Babylone ont-ils pu comprendre cette parole qui leur était adressée? N'oublions pas que c'était des gens qui avaient tout perdu, leur pays, leurs biens, et qui avaient l'impression que Dieu les avait totalement abandonnés à leur sort.
Très honnêtement, est-ce qu'il n'y a pas un décalage indécent entre leur réalité et le message du prophète? Est-ce que l'annonce de ces versets ne peut pas être comparée à l'envoi d'une troupe de clowns à Buchenwald en 1943? Mais le problème d'Esaïe n'était pas qu'il était un fanatique exalté sans lien avec la réalité ou un être incapable d'analyse.
Esaïe était un prophète, qui avait été envoyé vers un peuple et le travail du prophète c'est de voir plus loin, plus haut. C'est d'ouvrir les esprits et les coeurs de ceux vers lesquels il est envoyé à une autre dimension, à donner une dimension sacrée à leur imagination. A rappeler, comme le fait Esaïe ici, que Dieu prend plaisir en nous, que le fait de nous ramener à lui lui donne de la joie. Est-ce que vous vous souvenez de Proverbes 8.31? La Sagesse de Dieu (Sophia) s'y décrit comme « jouant avec le monde, avec la terre, et trouvant mes délices parmi les humains. »

Oui, je crois que le défi que ce texte nous lance ce matin, c'est d'arriver à nous représenter un Dieu joyeux qui veut nous donner la joie. Comme la sagesse de Dieu, puissions-nous trouver nos délices parmi nos frères humains, parce que nous saurons voir dans leurs visages celui de notre Père.
Puissions-nous être auprès d'eux les témoins de ce Dieu que nous connaissons, un Dieu qui veut bannir en nous tout esprit de jugement parce que lui seul est parfaitement juste. Un Dieu dont la Parole agit, aujourd'hui encore, dans vos vies, dans le monde, dans l'univers entier et accomplit ce qui fait sa joie: faire de nous le peuple des arbres qui battent des mains et des collines qui poussent des cris de joie.

Béni soit le Dieu de la joie.


dimanche 24 juillet 2011

1 ROIS 2.10-12; 3.3-14

Le Roi Salomon (icône russe)
10 David se coucha avec ses ancêtres et il fut enterré dans la ville de David.
11 Le règne de David sur Israël dura 40 ans. Il régna 7 ans à Hébron, et 33 ans à Jérusalem.
12 Salomon s'assit sur le trône de son père David, et sa royauté fut solidement établie.
3 Salomon aimait l'Eternel, suivant ainsi les prescriptions de son père David. Toutefois, c'était sur les hauts lieux qu'il offrait des sacrifices et des parfums.
4 Le roi se rendit à Gabaon pour y offrir des sacrifices, car c'était le principal des hauts lieux. Salomon offrit 1000 holocaustes sur l'autel.
5 A Gabaon, l'Eternel lui apparut en rêve pendant la nuit et Dieu lui dit: «Demande-moi ce que tu veux que je te donne.»
6 Salomon répondit: «Tu as traité avec une grande bonté ton serviteur David, mon père, parce qu'il marchait en ta présence dans la fidélité et la justice, et avec un coeur droit envers toi. Tu lui as conservé cette grande bonté et tu lui as donné un fils pour siéger sur son trône, comme on le voit aujourd'hui.
7 Maintenant, Eternel mon Dieu, tu m'as établi roi, moi ton serviteur, à la place de mon père David. Or je ne suis qu'un jeune homme, je n'ai pas d'expérience.
8 Ton serviteur se trouve au milieu de ton peuple, celui que tu as choisi, et c'est un peuple immense, si nombreux qu'il ne peut être ni compté ni recensé.
9 Accorde donc à ton serviteur un coeur apte à écouter pour juger ton peuple, pour distinguer le bien du mal! En effet, qui serait capable de juger ton peuple, ce peuple si important?»
10 Cette demande de Salomon plut au Seigneur.
11 Et Dieu lui dit: «Puisque c'est cela que tu demandes, puisque tu ne réclames pour toi ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu demandes de l'intelligence pour exercer la justice,
12 je vais agir conformément à ta parole. Je vais te donner un coeur si sage et si intelligent qu'il n'y a eu avant toi et qu'on ne verra jamais personne de pareil à toi.
13 Je te donnerai en outre ce que tu n'as pas demandé: des richesses et de la gloire en si grande quantité qu'il n'y aura pendant toute ta vie aucun roi qui soit ton égal.
14 Et si tu marches dans mes voies en respectant mes prescriptions et mes commandements, comme l'a fait ton père David, je te donnerai une longue vie.»



Chers frères et soeurs en Christ,
chers amis,

Le roi David était mort. Son fils Salomon monta sur le trône. Dieu lui dit « que veux-tu? » et Salomon demanda la sagesse. Et Dieu lui donna non seulement la sagesse, mais aussi la richesse et la gloire toute sa vie.

Moralité: soyons tous comme Salomon, ça vaut vraiment le coup.

Fin de ce sermon; allez en paix.

En fait, non.
Si nous faisons l'effort d'aller au-delà de la surface des choses, nous voyons bien que l'histoire de Salomon est infiniment plus compliquée que cela et qu'elle ne nous incite pas à tomber dans le moralisme. Nous devons prendre garde à ne pas créer une sorte de légende dorée, car ne considérer qu'une partie de la vérité, c'est souvent déjà tomber dans le mensonge. Non, clairement non, Salomon ne saurait être considéré comme un exemple, et la Bible ne le présente certainement pas comme un homme qui aurait tout bien fait dans sa vie.

Oui, c'est vrai, Salomon a demandé la sagesse. Mais il y a l'autre côté de l'histoire. Car Salomon, la Bible ne permet pas de l'oublier, était une personnalité bien déficiente, qui a commis bien des erreurs, et qui a été loin de toujours utiliser la sagesse que Dieu lui avait promis. Jamais, jamais, la Bible ne décrit ses personnages comme des héros immaculés, sans peur ni reproche et nous le voyons bien dans la vie de Salomon.

Au moment où débute notre texte, Salomon vient de prendre le pouvoir. Mais si vous lisez le chapitre précédent, vous réaliserez que cela a été au prix de l'exécution d'un certain nombre de rivaux directs ou indirects...Et puis, Salomon vient de faire alliance par mariage avec le Pharaon d'Egypte. Oui, l'Egypte, l'ennemie historique, le pays aussi des faux dieux. Et notre texte de préciser: « Salomon aimait l'Eternel, suivant ainsi les prescriptions de son père David. Toutefois, c'était sur les hauts lieux qu'il offrait des sacrifices et des parfums. »
Toutefois, parce que, malgré son attachement à Dieu, Salomon continuait à offrir des sacrifices sur ces « hauts lieux » qui étaient souvent liés à des lieux de culte païens. Salomon aimait Dieu, mais d'un coeur partagé. Ce coeur partagé, c'était en fait le grand problème de Salomon, son talon d'Achille. Il en a témoigné plus tard au cours de son règne en tolérant, voire même en encourageant le culte des faux dieux dans son pays.
Mais Salomon était aussi un homme de l'excès. Bien sûr, il a construit un temple à l'Eternel, mais il ne faut pas oublier que son palais personnel (sans doute construit par des esclaves) était bien plus magnifique. Salomon a aussi écrasé son peuple sous les impôts et dilapidé l'argent public dans des dépenses « de prestige » tout simplement parce qu'il voulait avoir « toujours plus ». Salomon avait 700 épouses et 300 concubines, et ce n'est pas avec son argent que ce harem, composé en grande partie de femmes étrangères et païennes, était entretenu.

Oui, quand on regarde le règne de Salomon avec attention on y voit: des meurtres, une recherche éperdue de la puissance et de la gloire, la promiscuité sexuelle, l'indifférence aux pauvres et l'idolâtrie. En fait, la règne de Salomon a été un de ces « âges d'or » qui se terminent en catastrophe, et la guerre civile et l'invasion égyptienne vinrent frapper le pays rapidement après sa mort. En fait, par bien des aspects, on peut dire avec le théologien Frederick Buechner que Salomon a été l'un des « fous les plus sages à avoir jamais porté une couronne ».

Mais voilà que d'un seul coup, j'ai l'impression d'avoir trop chargé la barque dans l'autre sens. Car il faut aussi dire que Salomon a fait preuve durant son règne de décisions réfléchies, d'un sens de l'écoute, d'une capacité à distinguer le bien du mal.
Alors, pouvons-nous vraiment appeler « sage » quelqu'un qui s'est autant trompé? Oui!
Je pense que non seulement nous le pouvons mais que l'histoire de Salomon nous rappelle aussi que c'est le fait d'apprendre de nos erreurs qui peut nous rendre sages.
Dieu a dit à Salomon « Je vais te donner un coeur sage et intelligent ». Nous lisons cette phrase et nous avons l'impression que cela s'est passé sur le coup, instantanément.
Mais ce n'est pas ainsi que la sagesse fonctionne. Dieu a donné à Salomon la possibilité d'acquérir la sagesse. Parfois (souvent), Salomon a agi avec sagesse. Parfois (souvent) Salomon a agi follement. Mais ses erreurs, et surtout les leçons qu'il en a tirées, l'ont rendu plus sage. Bien sûr, hélas pour lui et pour son peuple, Salomon n'a pas toujours appris de ses erreurs. Salomon était un sage, Salomon était un pécheur: l'un n'empêche pas l'autre.

De toute façon, nous devons aussi comprendre que l'histoire de Salomon s'inscrit dans celle de tous les rois d'Israël et de Juda.
Déjà à l'époque de Saül, le premier roi, Dieu avait averti le peuple de ce qui les attendait: « si vous vous donnez un roi, il vous taxera, gouvernera durement sur vous, enrolera vos fils dans ses armées... ». Mais le peuple voulait un roi, comme tous les autres peuples voisins. Dieu accéda à leur demande. Et, bien sûr, les rois d'Israël et de Juda ont été, pour la plupart, de' mauvais rois. Les livres de 1 et 2 Rois racontent les règnes de 40 rois et une reine sur une période de 400 ans. Seuls deux rois reçoivent une approbation sans limite du narrateur. Pour les autres, dans 30 cas sur 41, revient la monotone litanie « il fit ce qui était mal aux yeux de l'Eternel ».

Et pourtant, malgré ces échecs, ces catastrophes, Dieu a continué d'agir dans l'histoire du peuple d'Israël. Dieu a continué à agir et à développer avec patience son plan de salut. Salomon a fait erreur après erreur, et cela n'a pas empêché Dieu d'agir à travers lui et malgré lui. Car Dieu n'est pas limité par nos fautes, nos insuffisances ou même nos rebellions.

C'est que le royaume de Dieu n'est pas le royaume de Salomon et de David. C'est que la sagesse de Dieu n'est pas ce que les puisssants et les riches appellent sagesse.
Dans l'Evangile, Jésus parle du royaume de Dieu, et nous voyons que ce dernier part de choses aussi insignifiantes qu'un grain de moutarde pour prendre des dimensions énormes, nous voyons que le royaume de Dieu est caché, comme un trésor dans un champ. Non, vraiment, Dieu ne pense pas et n'agit pas comme nous. Il l'a ultimement prouvé à la croix.

Mais revenons au cas plus personnel de Salomon.

Salomon avait reçu de grands dons de la part de Dieu. Il ne les a pas toujopurs utilisés au mieux. Et nous? Que faisons-nous de ce que Dieu nous a donné (que ce soit certaines capacités, un talent, de l'argent)? Est-ce que nous sommes en train de le gâcher, est-ce que nous l'utilisons pour notre seul profit? Est-ce que nous l'utilisons, tout simplement?
Alors demandons la sagesse au Seigneur, en sachant qu'il oeuvrera toujours dans nos vies malgré toutes nos erreurs, parce qu'il est patient et plein de grâce. Savoir cela, laisser cette vérité illuminer nos vies, c'est le commencement de la sagesse, une sagesse dont Paul dit en Corinthiens qu'elle s'est pleinement révélée en Jésus-Christ, à côté duquel toute la sagesse et la gloire de Salomon ne sont rien:

« 22 Les Juifs demandent un signe miraculeux et les Grecs recherchent la sagesse.23 Or nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les non-Juifs,24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, qu'ils soient juifs ou non.25 En effet, la folie de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. »


Au 17ème siècle, le poête japonais Matsuo Basho a écrit à l'un de ses amis "quand tu chemines sur le sentier de la sagesse, ne cherche pas à suivre les pas des sages: cherche plutôt ce qu'ils cherchaient".
Salomon aimait Dieu, et Dieu l'aimait. Comme tous les croyants de l'Ancien Testament, le roi de d'Israël cherchait quelque chose qu'il n'a fait qu'entrevoir, mais qu'il a saisi par la foi. Aujourd'hui, la sagesse de Dieu (et sa puissance) ont été pleinement révélées en Christ.
Ne cherchons pas à suivre les pas de Salomon: il est loin d'avoir été toujours un exemple. Mais cherchons celui qu'il cherchait: Jésus-Christ. Il se laisse trouver.






En hommage aux victimes des attentats en Norvège



Je sais une forteresse céleste
Qui luit aussi brillante qu'un soleil,
Où il n'y a ni péché ni peine,
Où jamais une larme est versée.

Je suis un voyageur épuisé;
Puisse le chemin me conduire
D'ici au pays de mon père
Que Dieu protège mon chemin

Nous Te remercierons éternellement
Dieu le Père, de la sainte Trinité,
Car Tu nous es tendre et doux
En Jésus Christ !
Amen.







jeudi 21 juillet 2011

Rencontre imaginaire avec… LE PROPHÈTE ELIE

Texte : 1 Rois 17 à 21



Le nouveau voyage dans le passé que je me décidais à faire n'allait pas être facile. Je voulais essayer, en effet, de rencontrer l'un des plus anciens et des plus grands parmi les prophètes d'Israël : Elie. Mais comme nous ne connaissons que peu de choses de sa vie, il fallait me risquer dans une aventure qui n'aboutirait peut-être qu'à un échec. C'est bien ce qui faillit m'arriver. Grâce à mon excellente machine à remonter le temps (voir les numéros précédents de Tant qu'il fait jour), je pouvais atteindre la période approximative de 850 avant Jésus-Christ, date probable de l'existence du prophète. Mais où le trouver ? Ne sachant pas s'il avait un lieu de résidence fixe, j'hésitais de toute façon à avoir quelques bons kilomètres à franchir à pied avant de trouver mon personnage.

Je pris donc des provisions de voyage et une bonne canne de marche, avant d'établir la machine dans le pays d'Israël, à proximité de la vallée du Jourdain, quelques kilomètres au sud du lac de Tibériade, dans une région peu habitée de l'ancien royaume d'Israël dont nous parle la Bible. Sans difficulté, la machine me transporta sur place, à environ 2825 ans en arrière, et la région me parut vraiment bien déserte.


Je ne raconterai pas mes efforts et mes échecs dans ma recherche du prophète. Pendant plusieurs jours, je sillonnai le pays, allant vers l'ancienne ville de Samarie, puis dans la vallée de Jizréel, et même sur le mont Carmel, sans succès. Je revins vers le Jourdain pour le traverser et entrer dans la région appelée autrefois Galaad. Enfin, après bien des fatigues et des découragements, j'appris un jour que le prophète Elie était en ce moment-même dans son village natal de Thisbé de Galaad où je me rendis aussitôt. C'est là que j'ai pu enfin, avec grande joie, le rencontrer.


C'était un homme à l'aspect étrange. Vêtu d'une sorte de robe en peau d'animal garnie de longs poils, une ceinture de cuir autour des reins, la figure barbue, maigre et tannée par le soleil, Elie semblait sortir du désert où il vivait comme un ermite. Mais son regard était d'une telle intensité qu'on pouvait à peine le soutenir.


— Grand prophète de Dieu, lui dis-je, pourquoi est-il si difficile de te rencontrer ? Pourquoi personne ne peut-il savoir où te trouver, parce que tu es toujours... ailleurs ? On te voit à Samarie, près du palais royal, puis tu disparais. Tu vas à Sarepta, mais tu es déjà parti pour ton lieu de retraite près du torrent du Kérith. On veut t'y rencontrer, et l'on apprend que tu prophétises sur le mont Carmel. Qu'est-ce qui te pousse ainsi à courir partout ?


Il y eut un temps de silence. Puis j'entendis une voix grave, nette et coupante comme une lame de couteau :

— Quand Dieu parle, il faut entendre. Quand il ordonne, il faut obéir. Quand il dit : Va !... il faut aller. C'est lui qui dirige. C'est lui qui appelle. Parfois je ne sais pas pourquoi il me dit d'aller à tel endroit, mais je sais qu'il me le commande et, quand j'arrive, je comprends ce qu'il me demande de dire ou de faire.

Je repris la parole. — Certes, je comprends qu'un prophète soit avant tout disponible pour exécuter les ordres de Dieu. Mais est-il nécessaire que toute sa vie soit comme une lutte, un combat contre les hommes, même contre les rois ?


— S'il y a combat, répondit Elie, ce n'est pas surtout entre les hommes, mais c'est plutôt entre les dieux. La grande lutte est celle qui provient de l'incapacité à décider de quel dieu on veut être l'adorateur et le serviteur. Ou bien c'est Dieu, ou bien ce sont les Baals. Mais la plupart proclament qu'ils veulent servir Dieu, et en même temps ils se soumettent aux Baals. On ne peut pas boiter des deux côtés à la fois ! Il faut choisir et, ensuite, marcher à fond selon le choix qu'on a fait...


— Pour le prophète de Dieu, le choix est fait, bien entendu. Mais qu'est-ce qui peut faire pencher la décision d'un côté ou de l'autre, pour l'homme du peuple, et même pour un responsable, fût-il roi ? Quelle est la différence essentielle entre Dieu et Baal ?


— Comment peut-on ignorer cette différence ? Elle est pourtant simple ! C'est toute la différence entre la vie et la mort. Dieu est vivant, les Baals sont morts, inexistants. C'est se moquer du monde que de croire qu'ils sont capables d'agir, d'intervenir, de répondre. Quand les prophètes de Baal ont invoqué leur dieu, sur le mont Carmel, je n'ai pas pu m'empêcher de me moquer d'eux : « Criez plus fort ! Il dort peut-être... ou bien, il est parti en voyage ! ». Mais quand j'ai prié le Dieu vivant, il m'a répondu aussitôt et la foudre est venue consumer le sacrifice. Des dieux qui dorment, qui meurent comme la végétation en hiver et qui reprennent vie au printemps, qui ne répondent pas à la prière, qui sont incapables d'agir, comment peut-on les prendre au sérieux ? Ce sont des faux dieux, des idoles mortes. Un roi est coupable s'il conduit son peuple à les adorer, alors qu'il connaît fort bien le vrai Dieu vivant.


— Prophète du Dieu vivant, je connais ta conviction et ta fidélité au Dieu d'Israël. Qu'est-ce qui te fait surtout croire que Dieu est vivant ?


— Oh, c'est facile à comprendre ! Dieu est vivant parce que c'est lui qui nous donne la vie et nous la renouvelle jour après jour. Il peut envoyer une famine, et c'est la mort. Il envoie la pluie, et la nourriture revient. Au plus fort de la sécheresse et de la famine, il m'a nourri, dans ma retraite cachée, grâce aux corbeaux qui m'apportaient de quoi manger. Quand j'ai été hébergé chez la pauvre veuve de Sarepta, il nous a nourris quotidiennement comme par miracle, et quand le fils de la veuve a été malade à la mort, Dieu lui a rendu la vie. Est-ce que les Baals ont jamais fait cela ?


— Cette certitude ne peut-elle parfois être ébranlée ? N'y a-t-il pas des moments de doute ?


— Bien sûr, j'ai connu le doute et le découragement. Or, Dieu m'a suivi lorsque je me suis enfui vers le Sinaï, découragé par mes échecs, et il m'a rendu courage et force pour reprendre ma lutte.


— Cependant, lui dis-je encore, ce n'est pas tous les jours famine, maladie mortelle, fuite. La vie courante connaît moins d'événements graves. Dieu y intervient-il quand même ?


— Certainement. Il intervient dans notre vie quotidienne, parce que nous n'obéissons jamais complètement à ses commandements. Et même, il nous arrive de désobéir avec pleine conscience, et sans vergogne, comme le roi Achab voulant prendre la vigne de Naboth et s'imaginant que Dieu ne dirait rien ! Achab a violé tous les commandements : convoitise, faux témoignage, vol, meurtre, mépris des parents, insulte à Dieu... Dieu l'a puni rudement, parce que le Dieu vivant est un Dieu juste qui ne peut souffrir l’injustice de la part de ses serviteurs. Quel est le Baal qui aurait réagi à cette conduite révoltante ? Quelle est l'idole qui aurait puni de telles injustices ? Ce sont tous des dieux morts. Un seul est le Dieu vivant, le Dieu des Pères, de Moïse, de David. S'il n'était pas vivant, nous serions tous morts !... Dieu est vivant !... Dieu est vivant !...


J'entends encore cette voix martelant une telle certitude : Dieu est vivant !


La figure du prophète Elie ne disparaîtra pas de mon souvenir et, en revenant à mon point de départ, c'est-à-dire à notre temps d'aujourd'hui, je ne manquai pas de me poser la question : pourquoi n'y aurait-il pas, aujourd'hui, des hommes de Dieu, comme Elie, pour proclamer au monde que Dieu n'est pas mort, mais qu'il est toujours bien vivant ?
 
Auteur : Franck MICHAËLI
Source : Tant qu’il fait jour (mensuel protestant), n° 165, mais 1976 (p. 8).